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En pleine crise, les équipes CFDT de Renault sont sur le pont

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iconeExtrait de l’hebdo n°3835

Extrêmement fragilisé par la fin de l’ère Carlos Ghosn puis par la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, le groupe Renault doit pourtant relever le défi du tout-électrique. Afin d’obtenir les financements nécessaires, le constructeur s’apprête à se transformer radicalement. Une période délicate pour les équipes CFDT, qui doivent s’assurer que le social ne sera pas oublié dans la période.

Par Jérôme Citron— Publié le 05/07/2022 à 12h00

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© Syndheb

C’est peu de dire que le défi pour les constructeurs européens d’automobiles est gigantesque. À partir de 2035, la vente des voitures neuves à moteur thermique en Europe ne sera plus possible. Cette décision historique, prise par les 27 pays de l’Union en juin, va encore accélérer les mutations dans le secteur. Douze ans, autant dire demain pour les constructeurs, qui vont devoir à la fois maintenir leur production dans le thermique (destinée aux pays émergents) et investir massivement dans l’électrique afin de rester présents sur le marché européen.

Défi colossal

Toute la filière automobile est impactée, mais le défi pour Renault se révèle particulièrement difficile à relever. Affaibli par la gouvernance de Carlos Ghosn, pénalisé par l’embargo en Iran et aujourd’hui en Russie (deux de ses principaux marchés), le constructeur français est aujourd’hui très fragilisé. Il a perdu 8 milliards d’euros en 2020 et a tout juste redressé la barre en 2021 avec un bénéfice légèrement inférieur à 900 millions d’euros. Par comparaison, le groupe Stellantis (issu de la fusion de PSA Peugeot-Citroën et de Fiat Chrysler Automobiles) annonçait cette même année des bénéfices record de 13,4 milliards. « Nous sommes dans une situation extrêmement compliquée, résume le délégué syndical central CFDT Jean-François Nanda. Nous manquons de cash alors que les besoins en investissements sont gigantesques. »

Malgré ces difficultés, la CFDT (22 sections, environ 2 000 adhérents) est parvenue à négocier avec la direction un accord ambitieux en décembre 2021 en vue d’accompagner socialement la transition qui s’annonce. Baptisé « Re-Nouveau France 2025 », cet accord – signé par la CFE-CGC (première organisation syndicale, à 34 %), la CFDT (25 %) et FO (11 %) – prévoit une production de 700 000 véhicules en France à l’horizon 2025 (contre 380 000 aujourd’hui), le maintien de l’ensemble des usines d’assemblage en France, 2 000 embauches en trois ans chez Renault et 3 000 embauches dans la filière automobile. En contrepartie, l’accord prévoit un plan d’économie de 2 milliards et de profondes restructurations dans l’ingénierie ainsi que des modifications significatives dans les organisations de travail du manufacturing. « L’idée est de passer d’une stratégie de gros volumes héritée de l’ère Ghosn à une politique de marge en misant sur les véhicules à haute valeur ajoutée et des services annexes », explique Jean-François Nanda.

Un volume d’activité garanti dans les sites français

En cette période de crise, les salariés de Renault peuvent paradoxalement être rassurés en ce qui concerne les trois ans à venir grâce à ce texte qui garantit un volume d’activité dans tous les sites français. « Après six mois de discussions, ce que nous avons réussi à obtenir à travers l’accord “Re-Nouveau France 2025” est quasiment inespéré, complète Jean-Michel Tisseyre, membre CFDT du comité mondial du groupe Renault. Alors que certains sites étaient sur la sellette, nous avons fini par obtenir non seulement qu’il n’y ait pas de fermeture mais que la production augmente ! »

La création d’un grand pôle dédié aux véhicules électriques dans le nord de la France (Douai, Maubeuge et Ruitz) est certainement l’aspect le plus spectaculaire de cet accord qui jette les bases de ce que va devenir Renault en France dans les années à venir. « Six mois après la signature de l’accord, nous constatons que la direction joue le jeu, complète Jean-François Nanda. Grâce à des commissions de suivi de l’accord, nous pouvons constater que les engagements sont tenus en matière d’emplois comme d'investissements. »

Mais si l’activité à court terme semble assurée, il reste beaucoup d’incertitude à moyen et long terme. La direction de Renault estime aujourd’hui avoir besoin de quelques milliards d’euros pour assurer la survie du groupe après 2027, investir massivement dans le passage à l’électrique et ne pas se faire dépasser par les autres constructeurs, tous engagés dans cette révolution industrielle. Le passage à l’électrique oblige en effet à revoir tout un modèle économique. Les marges ne se font plus uniquement sur le véhicule mais aussi sur les services qui l'accompagnent. En conséquence, les besoins en matière de compétences vont changer radicalement. L’électronique et l’informatique vont monter en puissance, au détriment de la mécanique. Quelque 3 000 salariés seraient d’ailleurs déjà prêts à se repositionner, selon la direction du groupe.

La scission de Renault en deux entités

Afin de financer cette transition, la direction de Renault envisage de diviser le groupe en deux entités. L’une (baptisée Horse), regroupant toute l’activité thermique, s'établirait en Espagne ; l’autre (baptisée Ampère), réunissant toutes les activités électriques, resterait en France. L’intérêt de l’opération, selon le constructeur français, serait de mieux valoriser l’entité électrique notamment par une introduction en Bourse (à l’image de Tesla) et de pouvoir faire appel à un partenaire extérieur pour la partie thermique. Annoncé au début de 2022, ce projet, encore en phase d’études, doit très prochainement faire l’objet d’une information-consultation du CSE. De quoi donner des sueurs froides aux organisations syndicales, qui vont devoir renégocier 22 accords nationaux si ce projet aboutit. « Tous les accords que nous avons signés deviendraient caducs, souligne Jean-François Nanda. Il faut que l’on s’assure que la direction reprenne leur contenu dans de nouveaux accords. »

De plus, l’évolution des dispositifs conventionnels dans la métallurgie décidée par les partenaires sociaux  nécessite concomitamment de revoir toute la classification des métiers dans le groupe. Et cet autre chantier titanesque est à mettre en œuvre dès le début de 2024… Décidément, pas de chômage partiel en vue pour les militants CFDT de Renault.