“Dépoussiérer” les conditions de travail

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iconeExtrait de l’hebdo n°3863

À La Chapelle-Saint-Luc (Aube), les militantes d’Éveha ont fait des conditions de travail et de la qualité de vie au travail leur cheval de bataille. Avec en ligne de mire les élections professionnelles du 9 mars, que la section souhaite remporter.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 28/02/2023 à 13h00

De gauche à droite : Marion, Florence et Émilie.
De gauche à droite : Marion, Florence et Émilie.© Stéphane Vaquero

« Nous voulons faire comprendre que ce n’est pas parce que nous faisons un “métier passion” que nous devons accepter tout et n’importe quoi », affirme Marion Bernard, élue au comité social et économique (CSE), déléguée syndicale depuis 2015 et responsable du pôle conservation-restauration de cette entreprise de fouilles préventives et de restauration. « Nous avons un travail mais nous avons aussi un code du travail ! », poursuit Florence Demarly Cresp, responsable d’opération et chargée de projet, adhérente depuis 2019 qui a rejoint la CFDT autant par sensibilité intellectuelle que par affinité : « Je m’y retrouvais dans les valeurs et dans la vision. » C’est d’ailleurs avec ce leitmotiv que la CFDT agit au quotidien pour les 300 salariés de l’entreprise.

La CFDT présente dans tous les services et métiers

La section est passée de trois adhérents en 2015 à dix-huit aujourd’hui et se révèle représentative dans les différents services et métiers (logistique, administration, édition…). Une dynamique qu’elle compte amplifier en renforçant sa présence dans l’ensemble des quatorze sites répartis sur neuf des treize régions du territoire métropolitain, ainsi qu’en Martinique et en Guyane. Évidemment, un tel éparpillement géographique nécessite une sérieuse coordination des militants. Avec deux objectifs principaux : faire circuler les informations et changer la donne lors des élections professionnelles en améliorant le score obtenu en 2019 (à l’époque, la CFDT recueillait 48,5 % des voix, derrière Solidaires). La section peut pour cela s’appuyer sur un solide bilan et un cahier revendicatif très rempli.

1. Crédit d’impôt recherche.

Il faut savoir qu’en 2017-2018, l’action de l’équipe a participé à l’évitement d’une liquidation judiciaire de l’entreprise. Pendant ces deux années, les militants n’ont compté ni leurs heures ni la longueur des échanges avec les ministères de la Culture et de l’Économie en vue de faire reconnaître l’éligibilité d’Éveha au CIR1 – un crédit d’impôt destiné aux entreprises dont les activités sont orientées vers la recherche et le développement. « Les représentants du personnel sont devenus l’interlocuteur privilégié du commissaire au redressement productif. Sans cela, c’est bien simple, la boîte mettait la clé sous la porte ! », résume Marion. Et pendant cette période compliquée, la section a massivement mobilisé le collectif. C’est d’ailleurs à la suite d’un déplacement organisé par la CFDT devant le ministère de la Culture, à Paris, qu’Émilie Morin, responsable d’opération, a rejoint l’équipe. « Nous avons été sensibilisés sur les enjeux et ça m’a donné envie de m’investir. »

En finir avec l’image de l’archéologue chasseurs de vestiges

Et ça tombe bien parce que les sujets sur lesquels il faut avancer, il y en a beaucoup chez Éveha. « L’entreprise est relativement jeune, ce qui est à la fois un inconvénient et un avantage ; on construit en avançant, et il y a encore beaucoup à faire », explique Marion. Port de charges lourdes, postures pénibles, travail en extérieur avec des conditions météorologiques pas toujours favorables, déplacements de longues durées… : tous ces éléments ont incité la section à investir les groupes de travail centrés sur les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques – un chantier dans lequel la CFDT est la seule organisation syndicale à s’être engagée. « Il faut en finir avec l’image de l’archéologue chasseurs de vestiges, s’exclame Florence. C’est enrichissant mais difficile. Les collègues sur le terrain se sacrifient pour la recherche. »

« Alors que nous sommes en plein débat concernant le report de l’âge de départ à la retraite, la pénibilité et sa prise en compte sont au cœur de nos problématiques », insiste Marion. C’est logiquement que la section participe à chaque journée d’action et mobilise les salariés sur le sujet, avec succès. Entre 30 et 40 % des salariés étaient présents lors des journées des 31 janvier et 7 février. « On lance d’ailleurs une pétition de soutien aux grévistes auprès de nos collègues, pétition que l’on remettra à notre direction, lui demandant l’étalement du non-paiement des jours de grève. »

Préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle

Autre priorité de la section, une meilleure prise en compte des temps de déplacements. « Nous sommes parfois amenés à partir plusieurs semaines, voire plusieurs mois, c’est souvent difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle », explique Florence. Il existe ainsi un point de discorde avec la direction : le départ des salariés le dimanche dans l’après-midi pour un chantier qui débute le lundi matin. « Nos week-ends sont amputés. On ne peut pas réellement se reposer. On se retrouve avec les autres collègues dans un gîte choisi par la boîte. On n’a pas vraiment de temps à soi… », regrette Émilie. À cela s’ajoutent des conditions de récupération trop peu satisfaisantes. « On récupère moins d’heures que le temps que l’on passe de manière effective dans nos voitures personnelles », complète Florence. Et c’est un autre point d’achoppement puisque la direction ne répond pas favorablement à la demande de mise à disposition de véhicules professionnels pour ces personnels. « Nos frais, nos temps de récupération deviennent des variables d’ajustement », déplore Marion.

De petites victoires qui participent à changer la donne

Cet état de fait, la section ne l’accepte plus et compte bien changer la donne. Une première alerte s’est d’ailleurs produite en novembre 2022, à l’occasion des négociations annuelles obligatoires : plus de 50 % des salariés se sont mobilisés. Résultat, une revalorisation du forfait repas des midi et soir, une augmentation de 60 centimes de la valeur des titres-restaurant ainsi que le versement d’une prime. Enfin, et c’est une première réponse aux revendications CFDT, une journée de congé supplémentaire a été obtenue après vingt nuitées en déplacement.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Ces victoires, les militantes entendent les valoriser. Cela a commencé par la présence d’un stand CFDT à La Chapelle-Saint-Luc, le 26 janvier, et d’un autre à Limoges, le 15 février. « Nous devons cesser de travailler dans l’ombre, avec pudeur, déclare Émilie. D’autres “vendent” des trucs qu’ils n’ont pas faits. » Une page LinkedIn et une page Facebook (il y a deux mois) ont également vu le jour afin de relayer les différentes informations auprès des collègues. En ce qui concerne l’initiative auboise, il s’agissait de la fin de l’évènement « sapin de noël » organisé par la section. Dans la perspective des prochaines NAO, les militantes ont souhaité recueillir les attentes de leurs collègues ; une action très appréciée.

« L’idée était que chacun puisse déposer un Post-it® et exprimer ses propres besoins », précise Émilie. « Nous présenterons une synthèse des résultats aux salariés. C’est aussi pour nous l’occasion de faire de la pédagogie, de rappeler le rôle du CSE, de redire ce que sont les NAO », détaille Marion. Ce travail en proximité souligne la détermination de l’équipe à la veille des élections professionnelles de 2023.