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Extrait de l'hebdo n°3993
Le ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du pouvoir d’achat, Serge Papin, a détaillé sa mesure de déblocage exceptionnel de l’épargne salariale. Or, selon la CFDT, l’amélioration du pouvoir d’achat passe surtout par les salaires.

Peut-on concilier amélioration du pouvoir d’achat et développement de la consommation ? Selon Serge Papin, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, oui, c’est possible. Lundi 5 janvier, son entourage a détaillé les pistes envisagées pour un déblocage anticipé de l’épargne salariale. Cette mesure, que le ministre porte depuis déjà plusieurs semaines, concernerait les salariés touchant un salaire maximal équivalant à deux fois le Smic. Ils pourraient ainsi débloquer jusqu’à 2 000 euros de leur plan d’épargne entreprise (PEE) en 2026 et les dépenser comme bon leur semble. Cette somme serait défiscalisée mais demeurerait soumise aux prélèvements sociaux (CSG et CRDS). Trois millions de personnes seraient concernées, et quatre milliards d’euros pourraient être débloqués.
« Ça nous laisse dubitatif », réagit Luc Mathieu, secrétaire national chargé des rémunérations, qui a échangé avec le cabinet du ministre, le 6 janvier dernier. « Ce n’est pas une mesure de pouvoir d’achat, plutôt une mesure d’affichage car c’est de l’argent que les salariés ont déjà sur leur plan d’épargne entreprise. La question du pouvoir d’achat ne peut se résoudre que par le salaire. Nous n’avons d’ailleurs aucune certitude que ces 2 000 euros iront bien dans la consommation », souligne-t-il, rappelant que de précédentes mesures similaires n’ont jamais atteint leur objectif.
Une proposition de loi examinée à la fin janvier
Quoi que décide Serge Papin, le débat relatif au déblocage anticipé de l’épargne salariale risque de se poursuivre. Une proposition de loi a été déposée début décembre par des députés du groupe Droite républicaine (DR). Ce texte, qui doit être examiné à la fin du mois de janvier par l’Assemblée nationale, prévoit un déblocage défiscalisé de l’épargne salariale avec un plafond nettement plus élevé, allant jusqu’à 50 000 euros par personne, sans conditions de revenus. Cette mesure est présentée comme étant susceptible de « financer l’achat d’un ou de plusieurs biens, en particulier dans le secteur de l’automobile, ou la fourniture d’une ou de plusieurs prestations de services ». Luc Mathieu voit les choses tout autrement : cela « permet surtout aux salariés percevant de hauts revenus d’encaisser des avantages fiscaux » !
En outre, selon le secrétaire national, la portée de ces mesures se révèle plutôt restreinte puisque ne sont concernés que les salariés qui bénéficient de l’épargne salariale, ce qui exclut presque tous ceux des entreprises comptant moins de 50 salariés. Pourtant, une solution avait été trouvée en vue de remédier à cette situation : l’accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur, signé en février 2023, proposait d’élargir la participation aux petites entreprises, avec un accord-type de participation à négocier en branche. « Les organisations patronales n’ont pas joué le jeu. Une seule branche a signé un accord de ce style à ce jour. » Bien loin, donc, de l’objectif initial.