Conférence TER : un outil utile pour le débat public

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icone Extrait de l'hebdo n°4028

Après six mois de débats et de discussions entre partenaires sociaux, les trois garants de la conférence Travail Emploi Retraites ont remis leur rapport au Premier ministre le 16 septembre. Ce travail, salué par la CFDT, remet le dossier à l’endroit en parlant d’abord de travail et d’emploi… avant de parler de retraites.

Par Jérôme Citron Publié le 22/09/2026 à 12h00

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, lors du lancement de la conférence TER (Travail Emploi Retraites) au Cese, le 5 décembre 2025.
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, lors du lancement de la conférence TER (Travail Emploi Retraites) au Cese, le 5 décembre 2025.© Éric Tschaen/RÉA

Lancés le 5 décembre 2025, les travaux de la conférence TER (Travail Emploi Retraites) ont abouti le 16 septembre dernier par la remise au Premier ministre d’un rapport d’une centaine de pages. Saluée par la CFDT (mais fustigée par la CGT, la FSU et Solidaires), cette synthèse, si elle ne fait pas consensus, permet d’éclairer le débat au sujet des retraites en vue de la prochaine élection présidentielle.

« Ce travail confirme ce que nous disons depuis des années : la question des retraites ne peut être abordée de manière isolée. C’est en parlant au préalable de conditions et d’organisation du travail que nous pourrons collectivement avancer, résume le secrétaire général adjoint de la CFDT, Yvan Ricordeau. Remettre le dossier des retraites à l’endroit était une nécessité ; ce rapport y contribue, assurément. »

Des pistes tangibles d’évolution

L’exercice n’était pourtant pas gagné d’avance pour les trois garants. En effet, l’ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, l’ancienne ministre Anne-Marie Couderc et le fondateur du Groupe Alpha, Pierre Ferracci, ne se sont pas contentés d’effectuer une synthèse des discussions (avec, pour certains sujets, des avis très éloignés). Dans ce document, ils ont pointé les quelques « points de convergence » entre les partenaires sociaux et, surtout, « les divergences d’approche et les voies de passage possibles ».

En matière de convergence, les garants ont ainsi identifié l’ambition de développer l’appareil productif en s’appuyant sur la formation professionnelle, l’intelligence artificielle et la transition écologique. « La négociation d’un accord national interprofessionnel [ANI] sur l’IA est apparue comme une piste tangible d’évolution », écrivent-ils, en détaillant ce que pourrait contenir un tel accord. Toujours en matière de convergence, ils ont pointé l’urgence d’avancer sur la question de l’emploi des jeunes et des seniors. À propos de l’emploi des jeunes, ils appellent à la négociation d’un ANI et détaillent le contenu possible d’un accord (réforme de l’orientation, mesures en faveur des décrocheurs, lien entre formation et besoin du marché du travail, etc.).

Redonner du sens au travail

Les travaux de la conférence ont également permis de mettre en évidence la nécessité d’approfondir la question des salaires, de l’égalité femmes-hommes et du management en vue de redonner du sens au travail. Dans le même ordre d’idée, il a été mis en lumière, à l’occasion de ces travaux, que la France devait progresser en matière d’accidents du travail et de prévention. De fait, l’augmentation préoccupante des arrêts de travail ne saurait s’expliquer par l’augmentation des arrêts de complaisance – ce que laissent entendre certains discours, ces derniers temps.

« Les organisations participantes ont communément admis que l’augmentation rapide des arrêts de travail constitue d’abord un enjeu majeur de santé publique et de santé au travail », écrivent les rapporteurs. Toujours en matière de convergence, la CFDT se félicite par ailleurs que tous les partenaires sociaux autour de la table aient affirmé leur attachement au principe de la retraite par répartition. L’introduction d’une dose de capitalisation dans le système n’est abordée qu’à la marge, et non comme une solution magique.

L’instauration d’un âge d’équilibre de départ à la retraite

La partie du rapport sur « les divergences d’approche et les voies de passage » se révèle forcément plus polémique. En tentant de dépasser les clivages pour proposer des pistes de travail, les garants se trouvent naturellement plus exposés à la critique. Le volet consacré aux retraites devrait ainsi faire couler beaucoup d’encre, notamment en ce qui concerne l’âge de départ. En effet, pour sortir par le haut du débat très conflictuel relatif à l’âge minimal de départ, les garants plaident pour l’instauration d’un âge d’équilibre qui viendrait compléter le système. L’idée serait de garder un âge minimum de départ mais d’organiser la décote et la surcote autour d’un âge d’équilibre, à déterminer. « Cet âge d’équilibre pourrait se substituer à la notion d’âge du taux plein », expliquent ainsi les rapporteurs, qui se gardent bien d’entrer dans le détail de cette proposition.

Toujours dans le domaine des « voies de passage possibles », les garants estiment qu’il est important d’avancer sur la pénibilité, la nécessité de redéfinir le dispositif carrières longues ou encore le pilotage du système. Sur ce dernier sujet, ils plaident pour un mix entre des mécanismes d’ajustement automatique (notamment fondés sur l’évolution de l’espérance de vie) et un pilotage stratégique périodique confié (totalement ou partiellement) aux partenaires sociaux afin de déterminer les différents paramètres (âge de départ, niveau des cotisations et des pensions, etc.).

Une contribution précieuse

La synthèse insiste enfin sur la nécessité de se pencher sur l’efficacité de l’État dans un contexte budgétaire tendu. Les garants pointent ainsi « la double insatisfaction et incompréhension des agents et des usagers » sans aller très loin dans les préconisations. Le rapport est, il est vrai, beaucoup plus complet pour le secteur privé que pour le secteur public. Les organisations syndicales ont d’ailleurs regretté, tout au long des travaux de la conférence, que les employeurs publics ne soient pas réellement au rendez-vous ou refusent de jouer le jeu du dialogue.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Selon la CFDT, cette contribution collective est finalement loin d’être parfaite ou exhaustive mais reste précieuse. La qualité du travail accompli est saluée, tout comme la méthode qui a permis aux organisations syndicales et patronales (à l’exception du Medef) de dialoguer sereinement pendant plusieurs mois. « À quelques mois d’une échéance électorale importante pour répondre aux enjeux économiques et sociaux de notre pays, elle pose les bases d’un débat sérieux et argumenté », résume Yvan Ricordeau. Aux candidats à la présidentielle, à présent, de s’en emparer et de faire vivre le débat.