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Extrait de l'hebdo n°4008
Un vendredi par mois, le Syndicat Emploi Grand Ouest organise des webinaires à destination de ses adhérents managers. Ces rendez-vous ouvrent un espace de réflexion collective pour des participants de plus en plus nombreux.

Pour certains, ces rendez-vous mensuels sont devenus un rituel. Pour d’autres, c’est un bouche-à-oreille qui a bien fonctionné et leur a donné envie de découvrir la force du réseau CFDT. Le 17 avril dernier, ils étaient encore nombreux à s’être connectés au webinaire mensuel organisé par le Syndicat Emploi Grand Ouest. Qu’ils soient militants, adhérents ou sympathisants curieux, ils viennent prendre de l’info, partager leur expérience de manager… leur souffrance aussi, parfois.
« Ces webinaires sont des temps d’échange précieux qui permettent à la fois de croiser les informations que l’on obtient ici ou là mais aussi de nous nourrir d’autres réalités régionales où le dialogue social n’est pas de même nature », résume Frédérique, une habituée. Manager d’agence depuis vingt-cinq ans, elle voit dans ces rendez-vous du vendredi après-midi un moment de respiration autant que de réflexion collective. « Le planning de ces rendez-vous est établi à l’année. L’ordre du jour, lui, dépend autant de l’actualité que des attentes émanant des participants », précise Brigitte Content, référente manager pour le Sego et cheville ouvrière de ces webinaires mensuels, qu’elle anime avec brio depuis 2022.
Décrypter le dessous des cartes
Ce jour-là, l’essentiel de la réunion est consacré à l’accord seniors, dont la troisième séance de négociation s’est tenue la veille, à la direction générale de France Travail. Jean-Eudes1 y était pour la CFDT, tout comme Frédérique. « On nous avait promis des mesures à impact, budgétisées, mais on n’a rien eu de cela », argue le militant. En lieu et place, la direction propose « la semaine de quatre jours autofinancée via nos RTT et notre PA602, avec un coût égal à zéro pour l’entreprise » et un dispositif de préretraite progressive auquel ne pourraient prétendre que les salariés affiliés à l’Agirc-Arrco (autrement dit les ex-Assédic) – créant de fait une inégalité de traitement entre les agents de France Travail, qui œuvrent aujourd’hui encore sous différents statuts. « C’est décevant et cela va à l’encontre de l’esprit dans lequel les partenaires sociaux se sont mis d’accord au moment de signer l’ANI seniors », confie Frédérique, qui s’évertue à décrypter pour ses collègues les possibles travers de ces mesures. Sur l’écran de la visio, les mains se lèvent. Chacun cherche à comprendre. La proposition sur la préretraite progressive fait tiquer, tout comme celle sur le CET, par laquelle les agents pourraient transformer jusqu’à 25 % de leur indemnité de départ à la retraite en jours d’aménagement de fin de carrière… « C’est une bonne chose ou pas ? », demande Eleanor, perplexe.
“Activer la carte Démocratie”
Au fil des explications, les participants en conviennent : dans le cadre de cette négo, la CFDT va rapidement devoir fixer ses lignes rouges. « Selon moi, il y a dans ces mesures un certain mépris quant à la façon dont les salariés finissent leur carrière et la façon dont l’humain est traité », souligne Jean-Eudes. Cette situation n’est d’ailleurs pas sans lui rappeler la raison pour laquelle il a mis fin à vingt ans de carrière en tant que DRH à Pôle emploi puis à France Travail. « Un conflit de valeurs permanent et ce sentiment de manque de respect vis-à-vis des salariés », développe-t-il.
Brigitte, élue CSE à France Travail Pays de la Loire, a l’habitude de visiter les agences et de prendre le pouls du terrain. Or elle est catégorique : « L’accord est très attendu par les salariés. Il va falloir être dans l’explication de texte car c’est très technique et ça peut paraître, à première vue, presque alléchant. » Jean-Eudes, formé à la technique de la négociation autant qu’au militantisme, va même plus loin : « On ne pourra pas se priver de recueillir l’avis des adhérents. Il est peut-être temps d’activer la carte Démocratie… »
La force du réseau
Dorine, toute nouvelle venue qui s’est inscrite sur les conseils d’un collègue, pensait trouver lors du webinaire mensuel des clés de compréhension concernant l’impact de la réglementation de France Travail. Quelques infos un peu plus fraîches, tout au plus. Elle découvre avec étonnement l’émulation collective qui émane de ces webinaires. « Souvent, en tant que manager, on reçoit l’information une fois qu’elle est actée. C’est bien de pouvoir suivre l’évolution d’une négociation et de savoir qu’on peut alimenter les négociateurs avec ce que l’on entend sur le terrain. » Ce travail « descendant-ascendant » fait la force du Sego et, plus largement, du réseau CFDT. Et puis, estiment les habitués, « c’est un vrai plus de pouvoir échanger avec des collègues non syndiqués et d’écouter leur ressenti. La plupart des militants du Sego ne sont pas managers. Ces webinaires permettent d’avoir une vision globale, plus représentative de ce qui se vit à France Travail », argue Brigitte. D’autant qu’elle le sait parfaitement : « Les managers ne sont pas toujours une population facile à capter. Ils s’accordent trop peu de temps pour prendre du recul par rapport à leur quotidien. C’est donc à nous d’aller les chercher. » Une mission qu’elle mène consciencieusement et qu’elle compte bien poursuivre aussi longtemps que nécessaire.
Sego, quèsaco ?
Créé en février 2009, le Syndicat Emploi Grand Ouest CFDT regroupe l’ensemble des sections France Travail des quatre régions du Grand Ouest (Bretagne, Centre-Val de Loire, Normandie et Pays de la Loire) mais également les sections de l’AGS (le régime de garantie des salaires) et de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Il compte actuellement 705 adhérents. Outre les webinaires à destination des cadres, le Sego organise régulièrement des visios générales afin d’informer l’ensemble de ses adhérents et militants des dernières actualités.