Algérie : mobilisation contre la répression qui frappe la société civile

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iconeExtrait de l’hebdo n°3813

Alors que le troisième anniversaire du Hirak (mouvement de protestation prodémocratie) a été célébré le 16 février, 21 organisations algériennes, européennes et internationales alertent sur les menaces qui pèsent sur les journalistes, les syndicalistes indépendants et les militants des droits de l’homme qui se mobilisent depuis trois ans pour défendre la démocratie dans le pays.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 01/03/2022 à 13h00

Le 22 février 2021, à Alger, lors du deuxième anniversaire du Hirak…
Le 22 février 2021, à Alger, lors du deuxième anniversaire du Hirak…© Str/ZUMA Press/ZUMA/RÉA

« Nous dénonçons l’intensification dangereuse des manœuvres répressives pour museler le mouvement citoyen pacifique et étouffer les voix de la société civile en Algérie », écrivent 21 organisations dans un communiqué dénonçant l’escalade de la répression contre la société civile indépendante depuis ces trois dernières années et l’élection d’Abdelmadjid Tebboune – après la démission d’Abdelaziz Bouteflika sous la pression populaire. interpellée par le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), la CFDT a décidé de s’associer à cet appel. Parmi les signataires, la Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie (CGATA), la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), la CGIL (Confédération générale italienne du travail) ou encore la Confédération syndicale des commissions ouvrières (CCOO, Espagne).

À la mi-février 2019, des millions d’Algériens étaient descendus dans les rues afin de dénoncer la candidature à sa propre succession du président Bouteflika, qui visait un cinquième mandat. Si un espoir est né au lendemain du départ du dirigeant historique, il a rapidement été contrarié. « Rien n’a changé, résume Didier Szliwka, secrétaire confédéral du service international à la Confédération. Il n’y a aucune différence avec le précédent régime. La jeunesse qui s’était fortement mobilisée en a aujourd’hui ras-le-bol. »

Toujours plus de prisonniers d’opinion

Ces organisations déplorent la multiplication des poursuites arbitraires pour terrorisme et les actions en justice contre les organisations civiles. Elles dénoncent une augmentation du nombre de prisonniers d’opinion. Actuellement, 340 personnes sont incarcérées, et 46 d’entre elles ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention arbitraire. Elles appellent d’ailleurs à lutter contre le manque d’indépendance de la justice algérienne. « Ce manque d’indépendance a contribué à une longue histoire d’impunité qui rappelle tristement les années 90, avec près de 8 000 disparitions forcées. »

Pour soutenir les combats de la société civile, un groupe de travail dédié à la défense des droits humains réunissant les signataires a vu le jour le 11 février dernier. « Nous appelons le gouvernement algérien à mettre fin de toute urgence à la criminalisation systématique de l’activisme pacifique, du journalisme indépendant, du syndicalisme autonome et de la dissidence, et à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées arbitrairement. »