Agir, soigner, éduquer, inclure… et adhérer !

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iconeExtrait de l’hebdo n°3847

Installée depuis plus de dix ans au sein de l’association ASEI, la CFDT s’est peu à peu imposée dans le paysage syndical et a gagné la confiance des salariés. Boostés par le Ségur de la santé et un développement en hausse, les militants n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 02/11/2022 à 13h00

De gauche à droite : Mourad, Florence et Jean-Yves.
De gauche à droite : Mourad, Florence et Jean-Yves.© Syndheb

Qui va lentement va longtemps ! Cette devise pourrait être celle des militants d’ASEI (Agir, soigner, éduquer, inclure), cette association nationale qui a vu le jour en 1950. Anciennement connue sous le nom d’Association pour la sauvegarde des enfants invalides, elle a vu ses missions et son sigle évoluer. Présente dans trois régions (Île-de-France, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine) et huit départements, elle compte 130 établissements pour près de 4 000 équivalents temps plein. Sa mission consiste en l’accompagnement, l’éducation et l’insertion des personnes en situation de handicap et des personnes dépendantes.

Arrivée en 2006, la CFDT, en constante progression, y est la troisième organisation syndicale. Elle pèse aujourd’hui 15 %, derrière la CGT (25 %) et Sud (60 %). La marche reste encore haute, certes, mais elle n’effraie pas les militants CFDT, qui visent a minima une progression de 5 points lors des élections de novembre et décembre 2022. Les raisons d’être optimistes sont nombreuses. « Nous pouvons nous appuyer sur des résultats concrets, résume Mourad Chettah, éducateur au sein du foyer de vie André-Billoux, à Sérénac (Tarn), élu au comité social et économique (CSE) et délégué syndical central (DSC). Le Ségur et ses effets portent leurs fruits auprès des collègues. Certains, qui étaient loin de voir et de comprendre notre rôle et notre utilité, nous ont rejoints. »

Démêler le vrai du faux

Si les 183 euros mensuels ainsi que la revalorisation des carrières favorisent le développement, ils n’expliquent pas tout. « Nous veillons à communiquer sur nos résultats », explique Jean-Yves Cwiklinski, aide-soignant au foyer d’accueil médicalisé de Cintegabelle (Haute-Garonne), élu CSE et DSC. Et cette communication passe par un canal WhatsApp, ouvert à tous les adhérents, ou par un onglet sur l’intranet de l’association. « Avec le Ségur, nous avons gagné en audience. Nous étions les seuls à diffuser de l’information. » Ou, du moins, les vraies informations. Récemment, alors que la désinformation en provenance des organisations concurrentes se propageait, les militants ont remis l’église au milieu du village avec un tract intitulé « Ce que la CFDT dit, ce que la CFDT obtient, ce que les autres disent, ce que les autres obtiennent ». Une opportunité de faire d’une pierre deux coups : valoriser les acquis CFDT et mettre les autres organisations syndicales face à leurs contradictions, voire à démontrer leur jusqu’au-boutisme qui, par pure idéologie, leur fait rejeter de potentiels acquis pour les salariés.

“La stratégie de l’escargot”

Les deux DSC, en poste depuis seulement deux ans, n’ont pas chômé et ont structuré leur mode de fonctionnement afin de gagner en efficacité. « La stratégie de l’escargot que nous avons mise en place contribue elle aussi à cette bonne dynamique, appuie Jean-Yves Cwiklinski. On ne peut pas être partout alors on prend le temps de faire les choses correctement. » Une stratégie qui consiste à définir des cibles et à s’étendre au fur et à mesure. « La répartition morcelée des établissements sur le territoire national nous oblige à prioriser nos objectifs et à développer une politique des petits pas, pour ne pas se disperser », complète Mourad Chettah. C’est donc la combinaison des résultats concrets et une stratégie de l’encyclie (les cercles qui se forment à la surface de l’eau après un contact avec un corps) qui ont permis à l’équipe de voir son nombre d’adhérents doubler depuis 2018, celui-ci passant de 58 à 110.

Le travail avec les syndicats départementaux

« Le travail en lien avec les syndicats départementaux est aussi primordial », insistent les deux collègues. « C’est essentiel de travailler ensemble, insiste Florence Karbowski, secrétaire générale du Syndicat Santé-Sociaux Haute-Garonne et Ariège mais aussi secrétaire générale adjointe de l’Union professionnelle régionale (UPR) d’Occitanie. On s’entraide, et les liens interpersonnels que nous avons pu tisser contribuent à faire progresser la CFDT. On s’aide, on partage les informations, peu importe le territoire. » Des propos confirmés par Corinne Bornes, la secrétaire générale de l’UPR Occitanie. « On a besoin les uns des autres pour mailler le territoire, savoir ce qu’il se passe dans chaque département et pouvoir connaître les points forts et faibles de chacun pour être dans le soutien et le partage. » Un soutien apprécié par les militants. Et ça paye, comme en témoigne le résultat obtenu à la maison des seniors de Septfonds (Tarn-et-Garonne).

Après un appel de la secrétaire du syndicat département local, les militants se sont rendus sur place à plusieurs reprises. Bilan de cette complémentarité ? Une section a vu le jour et compte quelques semaines plus tard une quinzaine d’adhérents. Le tout en mettant la convivialité et la complicité au centre du collectif. « On passe beaucoup de temps au téléphone ensemble. Nous sommes une famille », témoigne Jean-Yves. « Le syndicalisme CFDT, c’est un espace d’humanité et de camaraderie face à un monde du travail qui ne fait pas de cadeau », rebondit Mourad. Le trio souligne au passage que le syndicalisme offre à chacun une opportunité unique de s’émanciper et de développer des compétences multiples. « On découvre des choses tous les jours », témoigne Jean-Yves. « Les formations que l’on peut suivre en interne sont d’une richesse incroyable. J’encourage tous les nouveaux adhérents à les suivre », réplique Mourad.

Faire vivre le dialogue social

L’été dernier, la direction générale a annoncé la négociation prochaine d’un accord de droit social, au menu duquel doivent être abordées les questions des mobilités, des transports vertueux, de prévoyance, d’évolution professionnelle, de formation ou encore de maintien dans l’emploi. La CFDT, de son côté, demande qu’une partie du parc automobile de l’association passe à l’électrique et que des bornes de recharge soient mises à la disposition de celles et ceux qui utilisent déjà ce mode de transport. Des revendications dans l’air du temps.