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Extrait de l'hebdo n°4010
Le 5 mai 2026, la CFDT accueillait à Paris le Sommet du Labour 7 (L7), l’instance qui réunit les organisations syndicales des pays membres du Groupe des sept (G7). Ensemble, elles appellent les grandes puissances mondiales à changer de modèle et à placer les travailleurs et la justice sociale au cœur de la politique commerciale.

Dans un mois tout juste, Évian-les-Bains (Haute-Savoie), accueillera le sommet du G7, une réunion des chefs d’État et de gouvernement de sept des principales puissances économiques mondiales. Ce grand raout annuel se déroule cette année en France, puisque c’est elle qui en assure la présidence tournante pour l’année 2026. Le Japon, le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne complètent ce groupe. Il intervient surtout dans une période de fortes tensions géopolitiques et de retour des logiques de domination entre grandes puissances, souvent au détriment des travailleurs, des droits sociaux et de la démocratie. Or le mouvement syndical mondial entend bien faire entendre sa voix.
La politique commerciale ne doit plus être dissociée des résultats sociaux.
« À la CFDT, nous sommes convaincus d’une chose : le repli national, la logique du chacun pour soi et la mise en concurrence des travailleurs ne sont jamais des solutions, insiste Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT. Dans ce contexte, faire entendre la voix des travailleurs n’est pas simplement utile, c’est indispensable. Les grands équilibres économiques et géopolitiques ne peuvent être durables sans justice sociale et sans droits. »

Aussi les 14 organisations syndicales du L71 enjoignent le G7 à « s’attaquer aux déséquilibres structurels inhérents à ce modèle et à prendre des mesures coordonnées pour garantir que le commerce soit source d’emplois décents et de prospérité partagée, peut-on lire dans la déclaration commune transmise aux sept ministres du commerce du G7. Le modèle commercial actuel a entraîné un nivellement par le bas, caractérisé par la compression des salaires, le recul de la négociation collective, l’expansion des formes de travail précaires, la déréglementation du marché du travail et l’affaiblissement des normes fiscales et environnementales, il est temps d’agir pour inverser cette tendance ».
Un plan d’action sur les emplois décents
Le L7 juge ainsi indispensable l’adoption d’un plan d’action sur le commerce et les emplois décents, « afin de construire un nouveau modèle commercial qui soit plus équitable, inclusif et durable [dans lequel] la politique commerciale ne doit plus être dissociée des résultats sociaux ». Pour la CFDT cela ne pourra se faire qu’à trois conditions.
Elle propose d’abord de réformer les règles du commerce international pour faire primer les droits des travailleurs, les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Accord de Paris sur les règles commerciales. Elle estime également nécessaire de conditionner les accords commerciaux au respect effectif des droits sociaux et environnementaux, avec des mécanismes de contrôle et de sanction.
Elle appelle enfin à garantir une concurrence équitable par de meilleurs salaires, des normes sociales et écologiques communes et le renforcement de la négociation collective. Rappelons que la part des travailleurs couverts par une convention collective est passée de 47 % en 1985 à 33,6 % en 2024, dans l’ensemble des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Et encore, on ne parle ici « que » des 38 pays membres de cette institution.
Une présidence américaine en 2027
« Nous nous tenons prêts à contribuer à l'élaboration d'un système commercial mondial qui serve les intérêts du monde du travail », insiste le L7, qui garde en tête qu’au 1er janvier 2027, la présidence tournante reviendra aux États-Unis, où Donald Trump poursuit sa politique de confrontation commerciale et de remise en cause du multilatéralisme, à rebours de son appel à davantage de coopération internationale.