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Extrait de l'hebdo n°4009
À l’occasion du 1er-Mai, la Confédération syndicale internationale (CSI) et Oxfam, ONG qui lutte contre les inégalités, dénoncent le recul des salaires des travailleurs tandis que les revenus des grands patrons se sont considérablement accrus.

L’écart est saisissant : en 2025, l’augmentation moyenne de la rémunération des dirigeants des 1 500 plus grandes entreprises mondiales était de 11,5 % quand celle des travailleuses et des travailleurs pendant la même période plafonnait à 0,5 %. En France, la rémunération des PDG du CAC 401 a, elle, bondi de 18 % entre 2024 et 2025.
Indécente démesure
Sur une période plus longue, l’écart se révèle plus frappant. Car depuis 2019, les travailleurs ont subi une baisse de 12 % de leur salaire réel, tandis que les grands patrons ont vu leur rémunération augmenter de 54 %, détaillent Oxfam et la CSI2 dans une note d’analyse conjointe. Quand 1 % des personnes les plus riches du monde détiennent près de 50 % des richesses mondiales, ce sont deux milliards de personnes qui souffrent de la faim et quatre milliards qui vivent dans la pauvreté. Signe de cette indécente démesure, le rapport souligne qu’un salarié devrait travailler 490 ans pour gagner l’équivalent de ce que gagne un PDG en une année.
Pis, pointe la note d’analyse, partout dans le monde, ces profits sont mis au service d’une idéologie réactionnaire et d’extrême droite. Ils soutiennent financièrement des projets politiques visant à renforcer le contrôle des travailleurs et des populations, avec l’objectif d’une remise en question du modèle démocratique. « Cela passe par des investissements visant à influencer la vie politique et à façonner l’opinion publique, en particulier via les médias et les nominations politiques, afin de promouvoir des politiques régressives qui affaiblissent les droits des travailleurs et des syndicats », détaillent Oxfam et la CSI – qui représente plus de 200 millions de travailleurs dans le monde, et à laquelle est affiliée la CFDT.
Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Aux États-Unis, Peter Thiel, le cofondateur de PayPal, Mark Zuckerberg et son groupe Meta (Facebook, Instagram…) ou encore Jeff Bezos, patron d’Amazon et propriétaire du Washington Post, n’ont pas hésité pas à afficher leur proximité avec Donald Trump. En France, le milliardaire Vincent Bolloré détient le groupe Canal+, Le Journal du dimanche et la radio privée Europe 1, pour ne mentionner que quelques-uns de ses médias.
“Un coup d’État des milliardaires contre les travailleurs”
La CSI et Oxfam rappellent enfin que les milliardaires ont « 4 000 fois plus de chances d’occuper une fonction politique que les citoyens ordinaires ». Cette proximité avec le pouvoir leur permet « de mettre en œuvre des politiques économiques qui leur sont favorables, comme des baisses d’impôts accompagnées de réductions des services publics ».
« Nous ne pouvons pas continuer à laisser une poignée de personnes extrêmement riches continuer d’accaparer les fruits du travail de millions de personnes », s’exclame Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International. « Face à un coup d’État des milliardaires contre la démocratie et contre les travailleurs, il y a urgence à agir », poursuit Luc Triangle, secrétaire général de la CSI.
Au vu de ces constats, les deux institutions appellent les gouvernements à agir rapidement. Parmi les principales recommandations figurent notamment une taxation des superprofits, l’encadrement des rémunérations des dirigeants ou le renforcement des droits des travailleurs et des syndicats. En outre, elles estiment nécessaire de renforcer l’encadrement du lobbying et du financement des campagnes politiques par les plus riches en garantissant une plus grande indépendance des médias.