Une bataille culturelle

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icone Extrait de l'hebdo n°4007

Par Luc MathieuPublié le 21/04/2026 à 12h00

Luc Mathieu, secrétaire national.
Luc Mathieu, secrétaire national.© Joseph Melin

À propos de l'auteur

Luc Mathieu
secrétaire national de la CFDT

Ce qui est en train de se jouer autour de la maison d’édition Grasset n’a rien d’anecdotique. En limogeant son directeur et en provoquant le départ massif de ses auteurs, Vincent Bolloré poursuit son combat réactionnaire. Après avoir décimé la rédaction d’i-Télé pour donner naissance à CNews, après avoir sabordé Le Journal du Dimanche pour le transformer en un média d’opinion nauséabond, le milliardaire breton s’attaque à une maison d’édition qu’il possède depuis déjà un certain temps via le groupe Hachette, mais qui lui résistait encore.

Il est encore trop tôt pour en être totalement sûr mais il est à craindre que Grasset suive à présent le chemin des éditions Fayard, devenues en quelques années le refuge d’auteurs comme Éric Zemmour, Jordan Bardella ou encore Philippe de Villiers. On connaît le scénario qui ne cesse de se rejouer. Sous couvert d’une maison d’édition prestigieuse, les pires théories ou idées peuvent être exposées, banalisées sur les chaînes de télé, relayées dans les journaux et vendues dans les boutiques Relay de la galaxie Bolloré. Il s’agit bien d’un système organisé qui s’est mis en place et d’une guerre culturelle qui est menée, une guerre des récits qui fait froid dans le dos.

Dans ce contexte, le choix de nombreux auteurs de claquer la porte de leur maison d’édition n’a rien d’un caprice de privilégiés, comme aimerait le faire croire Vincent Bolloré. Il s’agit d’un cri d’alarme qui nous concerne tous ; on veut même croire à un geste de résistance collectif qui s’organise. La société a besoin de pluralisme – que ce soit à la télévision, dans la presse écrite ou dans l’édition. La place prise par Vincent Bolloré – on peut aussi ajouter le monde de la communication via le groupe Havas – constitue un problème qu’il faut affronter avec détermination et lucidité. Ce qui arrive aujourd’hui à Grasset n’est pas seulement une catastrophe pour l’édition française, c’est une menace pour le débat démocratique.