52 % des étudiants travaillent pendant leurs études

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icone Extrait de l'hebdo n°4013

Selon une enquête inédite de la Dares, plus d’un étudiant sur deux travaille durant ses études, dont 12 % presque toute l’année. Cette réalité massive illustre la précarisation croissante de la vie étudiante et pose avec acuité la question des conditions d’études, de travail et de réussite universitaire.

Par Sabine IzardPublié le 02/06/2026 à 12h00

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© Simon Lambert/Haytham-RÉA

La Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), organisme rattaché au ministère du Travail, s’est penchée, à l’occasion d’une enquête inédite1 sur l’emploi des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur au cours de l’année universitaire 2022-2023 (hors filières agricoles et formations paramédicales non universitaires). Publiée le 28 mai dernier, « Travailler en parallèle de ses études : quels étudiants, dans quels emplois ? » distingue plusieurs formes d’activité professionnelle étudiante : les stages, l’alternance et le doctorat, tous directement liés aux études ; les étudiants déjà insérés dans la vie active qui suivent une formation à titre secondaire ; enfin, les emplois sans lien avec le cursus universitaire, plus communément appelés jobs étudiants.

C’est sur cette dernière catégorie que l’enquête se concentre. Et les chiffres sont éloquents : parmi les 2,1 millions d’étudiants inscrits dans une formation sans parcours professionnel intégré, 52 % ont exercé au moins un emploi salarié sans rapport avec leurs études au cours de l’année universitaire.

Le “petit boulot occasionnel” ne correspond plus à la réalité

Les plus jeunes sont particulièrement concernés : 60 % des étudiants de 19 ans exercent une activité salariée en parallèle de leurs études, contre 43 % des 24 ans et 35 % des étudiants de plus de 30 ans. Les femmes sont également un peu plus nombreuses à occuper un emploi étudiant, avec 54 % d’entre elles contre 50 % des hommes.

L’image du « petit boulot occasionnel » ne correspond plus à la réalité observée. Parmi les étudiants salariés, un tiers travaille au moins six mois au cours de l’année, 12 % travaillent presque toute l’année et près de 80 % exercent une activité pendant au moins deux mois.

L’étude de la Dares met aussi en évidence une forte multiplication des contrats : 54 % des étudiants salariés cumulent au moins deux contrats au cours de l’année universitaire. Le CDD reste la forme d’emploi dominante : 66 % des étudiants signent au moins un contrat de ce type, tandis que 24 % passent par l’intérim – une situation légèrement plus fréquente chez les hommes. Mais 28 % occupent également un CDI à un moment de l’année, une proportion qui atteint 39 % parmi les étudiants âgés de 23 ans ou plus. Ces données traduisent une insertion durable dans le salariat, souvent indispensable en vue de financer le logement, l’alimentation, les transports et les frais liés aux études.

Des secteurs marqués par la flexibilité et la précarité des contrats

Sans surprise, le secteur qui recrute le plus d’étudiants restent celui du tertiaire : 30 % travaillent dans le commerce, 29 % dans les services non marchands et 26 % dans l’hébergement-restauration. Grande distribution, vente, restauration rapide, service en salle, postes administratifs ou de surveillant dans la fonction publique constituent l’essentiel des emplois occupés. Des secteurs où les horaires atypiques, une forte flexibilité et des contrats précaires constituent la norme.

L’étude confirme également le poids important des emplois saisonniers. Parmi les étudiants qui travaillent en parallèle de leurs études, 59 % occupent au moins un job d’été, c’est-à-dire un contrat qui débute entre le 1er juin et le 31 août et se termine avant le 30 septembre. Pour 29 % des étudiants salariés, l’activité professionnelle est même exclusivement concentrée sur la période estivale.

Là encore, les différences sont marquées selon l’âge et le genre : les plus jeunes et les hommes travaillent davantage uniquement durant l’été, tandis que les femmes occupent plus fréquemment des emplois tout au long de l’année universitaire.

Les auteurs de l’étude soulignent toutefois une limite à leur exploration : les données ne prennent en compte ni le travail non déclaré, ni les activités menées via des plateformes numériques, ni les emplois auprès de particuliers employeurs (comme la garde d’enfants, le ménage et le soutien scolaire indépendant). La réalité du travail étudiant est donc probablement différente de celle mesurée par l’enquête.

Sécuriser les emplois pour qu’ils restent compatibles avec la durée des études

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Derrière ces chiffres, se dessine une transformation profonde de la condition étudiante : travailler pendant ses études est devenu une réalité structurelle. Si la CFDT n’est pas opposée à l’emploi étudiant, celui-ci ne doit pas nuire à la réussite universitaire, « ce qui devient compliqué quand on fait plus de dix-sept heures par semaine », souligne Lydie Nicol, secrétaire nationale confédérale chargée du dossier jeunes. Cette évolution met en lumière les limites des politiques publiques en matière de bourses, de logement et de financement des études.

Sur ce sujet, la CFDT revendique une réforme systémique des bourses, une individuation des droits des étudiants « découplés de la situation de la famille afin de faciliter leur émancipation » et une amélioration de l’accès au logement. « Le logement constitue parfois un obstacle tellement important que certains jeunes ne peuvent pas poursuivre leurs études ou sont obligés de changer de cursus », explique la militante.

Elle rappelle également que les étudiants salariés doivent bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs, notamment en matière d’examens, et plaide pour une meilleure sécurisation de ces emplois afin qu’ils restent compatibles avec la poursuite des études. « Ce sera l’un des enjeux de la future négociation nationale sur l’emploi des jeunes, qui doit s’ouvrir prochainement », conclut Lydie Nicol.