Peur sur les prix

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icone Extrait de l'hebdo n°4010

Avec le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, le spectre de l’inflation revient hanter l’économie française. Selon l’Insee, la situation ne semble pas identique à celle de 2022. Mais la hausse des prix est suffisamment importante pour qu’une augmentation du Smic se profile en juin. Explications.

Par Fabrice DedieuPublié le 12/05/2026 à 12h00

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© Michel Gaillard/RÉA

Deux mois après le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les conséquences sur l’économie française continuent, sans surprise, de se faire sentir. L’augmentation des prix des produits pétroliers apparaît désormais dans les statistiques officielles.

L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a ainsi publié, le 30 avril, une estimation de l’augmentation des prix pour le mois d’avril. Avec une hausse de 14,2 % des prix de l’énergie (+ 7,4 % en mars), l’indice des prix à la consommation progresserait de 2,2 % entre avril 2025 et avril 2026, après une hausse de 1,7 % observée en mars, sur un an. Ce qui demeure en deçà ce que l’on peut observer ailleurs dans la zone euro, où l’inflation estimée pour avril est de 3 %.

Faut-il craindre un retour à la situation de 2022 et de 2023, quand l’inflation tutoyait les 6,5 %, en raison de la reprise post-Covid-19 et des conséquences de la guerre en Ukraine ? Pas pour le moment. L’Insee insiste : c’est bien la hausse des prix de l’essence, du fioul ou encore du gaz de chauffage qui est responsable de ce + 2,2 %. Et par répercussion, cette augmentation de l’énergie touche aussi le transport aérien. Mais les prix des autres secteurs demeurent plutôt stables pour le moment. « Toutefois, dans les enquêtes de conjoncture de mars et d’avril, les industriels des secteurs consommateurs d’énergie (verrerie, chimie, sidérurgie…) ainsi que les grossistes en matériel industriel sont nettement plus nombreux qu’en début d’année à estimer qu’ils vont relever leurs prix dans les prochains mois », met en garde l’institut.

Une situation des entreprises très différente

En regardant plus loin, l’Insee ne voit pas se profiler le début d’une vague inflationniste telle que celle connue ces dernières années. La conjoncture de 2026 est très différente de celle de 2022.

D’abord parce que l’augmentation des prix constatée en mars et en avril 2026 « est concentrée sur les hydrocarbures, alors qu’en 2022, le prix de l’ensemble des matières premières (y compris alimentaires en particulier le blé dont l’Ukraine est grande productrice) avait flambé », explique l’Insee. Même si le gaz a augmenté récemment, il reste encore très éloigné des prix constatés en 2022, et le prix de l’électricité n’a pas augmenté.

Ensuite, « en 2022, l’économie était en phase de reprise post-Covid-19, avec une très forte demande et des industriels contraints par de fortes difficultés d’approvisionnement. Les entreprises étaient ainsi en situation favorable pour augmenter rapidement leur prix. Ce n’est pas le cas actuellement », souligne l’Insee.

Enfin, les difficultés de recrutement étaient plus importantes en 2022. « Le pouvoir de négociation des salariés était ainsi plus élevé en 2022 et leur permettait de négocier des hausses de salaires. Au contraire, les difficultés de recrutement rapportées par les entreprises dans les enquêtes de conjoncture sont désormais inférieures à la moyenne historique en France et il est ainsi moins probable que les salaires réagissent rapidement à la hausse des prix (en dehors des effets de revalorisation automatique du salaire minimum). »

Vers une augmentation du Smic

Le salaire minimum, lui, pourrait bien être augmenté si le pronostic de + 2,2 % d’inflation pour avril est bien confirmé. C’est en effet prévu par la loi : le Smic doit être automatiquement revalorisé, en cours d’année, lorsque l’inflation dépasse les 2 %. Cela a déjà été le cas ces dernières années : le 1er octobre 2021, le 1er mai et le 1er août 2022, et le 1er mai 2023. Le gouvernement anticipe donc une revalorisation au 1er juin prochain. Elle pourrait être d’au moins 2 %, estimait le ministre de l’Économie, Roland Lescure, fin avril, sur RTL. « Cela veut dire que les faibles rémunérations sont protégées contre la hausse de l’inflation », soulignait-il alors.

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Attention, prévient toutefois l’Insee, car cette hausse du Smic « devrait entraîner des hausses de prix dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre (hôtellerie-restauration, protection sociale…) Cette diffusion est toutefois lente et aurait surtout lieu au second semestre 2026 et en 2027 ». L’inflation n’a pas dit son dernier mot.