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Extrait de l'hebdo n°4024
Défendre la culture, la liberté de création et les conditions de travail des artistes : autant de bonnes raisons qu’a la CFDT d’être présente au festival de théâtre d’Avignon, créé par Jean Vilar il y a tout juste quatre-vingts ans. Une occasion précieuse pour aller à la rencontre des comédiens, artistes et salariés des théâtres qui vivent, le temps du festival, un véritable marathon.

Une température proche des 40 °C n’a pas découragé les militants CFDT de tracter dans les rues d’Avignon, en ce 14 juillet caniculaire. « Entre les restrictions budgétaires de l’État, le désengagement de nombreuses collectivités territoriales et les incertitudes qui pèsent sur les financements publics, c’est toute la filière de la culture qui est sous tension », explique Jean Garcia, responsable du Snapac (Syndicat national des artistes et des professionnels de l’animation, du sport et de la culture), venu avec en renfort des militants du Syndicat Communication Conseil Culture Provence Alpes. Ce n’est pas seulement la culture qu’ils sont venus défendre à Avignon mais aussi la liberté de création.

La récente censure dont a fait l’objet le metteur en scène Alexis Michalik par la municipalité RN de Castres (Tarn) a fait l’effet d’un électrochoc. En avril dernier, la municipalité a en effet décidé de déprogrammer la pièce d’Alexis Michalik intitulée « Passeport », qui aborde la thématique du parcours des réfugiés. « S’attaquer à une œuvre parce que le sujet déplaît à une ligne politique, c’est s’attaquer directement à la liberté d’expression, au statut des artistes et à l’émancipation par la culture. Celle-ci doit rester un espace de débat, de rencontre et d’ouverture sur le monde », complète Jean.
La culture, un pilier démocratique essentiel
« L’année qui vient va être charnière, or la culture est essentielle pour la démocratie, alerte Isabelle Godefroy, tracts en main, en entrant dans un petit théâtre d’une ruelle d’Avignon. Nous venons rencontrer les artistes et les salariés des théâtres afin de mieux connaître leurs besoins et leur parler de la CFDT. » À la billetterie du théâtre, justement, deux jeunes femmes sont présentes. La discussion s’engage à propos des conditions de travail mais aussi des violences sexistes et sexuelles. Une affiche présentant une charte contre ces violences a beau être placardée au mur, les deux jeunes femmes témoignent de « comportements et/ou remarques déplacés de la part de certains spectateurs ». Isabelle prend des notes. Tout comme elle le fera en rencontrant des comédiens et des artistes au cours de la journée. « On entend des choses très difficiles sur les conditions de travail durant ce festival », note la militante.

Rythme d’enfer
« On m’avait dit qu’Avignon était un marathon. Hier, je me suis sentie épuisée comme jamais », confie Anaïs Saunier, ex-avocate et désormais artiste circassienne de 36 ans, qui vient pour la première fois à Avignon présenter son seule-en-scène, « De l’air ! ». « Lors de mon premier festival, j’avais perdu 6 kilos en trois semaines », abonde Nicolas Laurent, acteur et metteur en scène, qui vit cette année sa neuvième expérience du festival avec sa compagnie de théâtre.
Il faut dire que pendant les trois semaines, les comédiens et artistes vivent sur un rythme de folie : outre le fait qu’ils montent sur scène tous les jours, ils parcourent les rues afin d’assurer la promotion de leur spectacle le reste de la journée : parades diverses, distribution de prospectus, passage au stand des professionnels au Village du Off, où ils peuvent espérer rencontrer des journalistes, des producteurs et les convaincre de venir voir leur spectacle… « Pendant le festival, on doit prendre le temps de démarcher les professionnels, poster des vidéos sur les réseaux sociaux pour faire connaître son spectacle, s’échauffer physiquement, installer la scène pour jouer… Difficile d’être sur tous les fronts ! », explique Anaïs.
Des frais à la charge des artistes
Économiquement aussi, le festival est éprouvant. Si venir à Avignon en vue de présenter son spectacle est un passage quasi obligé pour se faire connaître et se faire remarquer par un producteur ou un diffuseur (et ainsi espérer remplir les obligations liées au régime de l’intermittence1), l’opération représente un coût financier très lourd… En effet, les compagnies (ou les comédiens, lorsqu’ils jouent seuls en scène), doivent tout prendre à leur charge : la location de la salle et du créneau horaire auquel ils vont pouvoir jouer (les créneaux du matin sont moins chers que ceux du soir) ; l’inscription de leur spectacle dans le catalogue du festival Off ; leur communication, etc.

Sans compter le logement, difficile à trouver en cette période, et souvent hors de prix. Au total, Anaïs Saunier a dû débourser 24 000 euros de sa poche. Sans savoir, le jour où on l’a rencontrée, si elle pourrait rentrer dans ses frais. D’autant plus que la concurrence est extrêmement rude entre artistes : cette année, le Off proposait plus de 1 700 spectacles dans les quelque 180 théâtres ouverts le temps du festival, du 4 au 25 juillet. « 1 700 spectacles, c’est inhumain ! », commente Jean Garcia. Cela dit, les artistes en conviennent : « Même si on doit parfois serrer les dents, on puise notre énergie lorsque le public est là dans la salle ! », explique Anaïs. Ce constat est partagé par Nicolas, avec toutefois une petite réserve : « On pousse parfois nos limites pour jouer, avec cet adage qu’on nous a inculqué selon lequel “the show must go on”. Mais nous ne sommes pas des machines », explique-t-il. Les militants CFDT en ont pris bonne note…