“Virage électrique”, les propositions CFDT

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iconeExtrait de l’hebdo n°3785

La CFDT-Métallurgie, en partenariat avec la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme, a réfléchi à une transition écologique et sociale dans la filière moteur qui ne sacrifie pas l’emploi mais au contraire permette d’enrayer son déclin. Dans un rapport publié le 29 juin, les deux organisations tracent des perspectives et appellent à la tenue d’États généraux de l’automobile.

Par Jérôme Citron— Publié le 06/07/2021 à 12h00

Laurent Berger et Nicolas Hulot ont tenu conférence de presse commune à la Confédération le 29 juin dernier.
Laurent Berger et Nicolas Hulot ont tenu conférence de presse commune à la Confédération le 29 juin dernier.© Syndheb

S’il y a une industrie qui symbolise le défi et la complexité de la transition écologique, c’est bien l’automobile. D’ici à quelques années, elle va vivre une révolution sans précédent en abandonnant ses moteurs thermiques essence et diesel pour la propulsion électrique. Une bascule vertigineuse à laquelle aucun constructeur ne semble pouvoir échapper, et qui percute l’ensemble des pays qui ont des usines sur leur territoire. En France, l’industrie automobile compte aujourd’hui 400 000 emplois (en baisse régulière), et les véhicules électriques ne représentaient que 4 % de la production en 2019. Qu’en sera-t-il demain ?

Enrayer le déclin industriel…

Afin d’éviter un scénario noir (la désindustrialisation) et enrayer le déclin actuel, la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie (FGMM-CFDT) a mené un travail de fond avec la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH) et le cabinet d’expertise Syndex, résumé dans un rapport rendu public le 29 juin : « Automobile, comment relever le défi d’une transition juste ? – Notre scénario pour l’emploi et le climat ».

Ce travail salutaire permet de poser les bases d’une politique industrielle ambitieuse dans le domaine des moteurs électriques. « Concilier climat et emploi est non seulement souhaitable mais possible », y affirment la fédération CFDT et le think tank écologique, prêts à faire cause commune en vue de pousser l’État et les constructeurs à relever ce défi. « Les projections démontrent qu’une politique de transition juste peut enrayer le déclin de la filière moteur à partir de 2035 pour atteindre 33 % d’emplois en plus par rapport à la tendance actuelle. »

Mais cette « transition juste » nécessite que la France s’engage dans une politique industrielle volontariste en restructurant l’appareil productif autour de l’électromobilité. Les objectifs sont clairs et chiffrés : parvenir, en 2030, à produire 2,3 millions de moteurs, 2 millions de véhicules assemblés et près de 100 GW (gigawatts) de batteries au sein d’une filière intégrée. Cette même année, le pays devrait stopper la production de véhicules à essence et diesel et, en 2035, mettre définitivement un terme à la production de véhicules hybrides.

… Et créer une nouvelle dynamique

L’idée maîtresse de ce rapport consiste à miser sur le virage électrique pour créer une nouvelle dynamique dans le secteur de l’automobile et reprendre ainsi la main sur une industrie qui ne cesse de délocaliser sa production. Bien que la fabrication de moteurs électriques nécessite 60 % de main-d’œuvre en moins par rapport à un moteur Diesel et 40 % par rapport à un moteur à essence, le solde en matière d’emplois pourrait se révéler positif si l’on parvient à créer une filière électrique intégrée (de la batterie au moteur).

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

« Chaque année de retard dans le virage vers l’électricité restreint les possibilités », notent les deux organisations. « La filière automobile est en crise. La seule manière de recréer des emplois est de s’engager pleinement dans la transition écologique, résume le secrétaire général de la CFDT-Métallurgie, Stéphane Destugues. La France est une terre de moteurs, y compris électriques. Nous avons une expertise historique, donc une carte à jouer, comme ce rapport le montre. Il est temps d’en prendre conscience et de poser les bases d’une politique industrielle ambitieuse. »