“Vaincre cette maladie m’a permis de me révéler”

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Les liaisons dangereuses

Vodka et cocaïne ont longtemps fait partie du quotidien de Nicolas, planneur stratégique dans la publicité.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 03/06/2022 à 10h16

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© REA

Au plus fort de ses années d’addictions, Nicolas pouvait boire entre un litre et demi à deux litres de Vodka par jour et sniffer plusieurs lignes de cocaïne. « La coke m’aidait à tenir l’alcool », témoigne cet homme élégant de 44 ans, sobre depuis six ans. Bon élève, milieu aisé, sa « rencontre » avec l’alcool remonte à ses années de lycée. Ses études en école de commerce, ses responsabilités au BDE (bureau des étudiants) – « où le frigo était toujours plein » – puis ses débuts professionnels comme directeur de planning stratégique dans l’une des plus grandes agences de publicité, vont participer à sa progressive descente aux enfers.

Pour sa première année professionnelle, Nicolas est envoyé à New York. «Mon boss avait comme formule : “Work hard, Play hard” » Nicolas aime et recherche l’intensité dans la vie et au travail, où il s’y sent « déployer [ses] ailes ». « Sous dope, je vivais mon moi idéal. » Quant à son « moi caché », lui, doute et cherche la réassurance. Mais les apparences sont flamboyantes.

« Une affaire de rencontres »

Au tournant de la trentaine, Nicolas affiche tous les signes extérieurs de réussite sociale : un bel appartement, un super job et une compagne. Il va tout perdre.

« Au travail, ça commençait à être difficile. On me donnait des postes un peu protégés, loin des clients. La boîte a été très humaine. Mais le sujet de mes addictions n’a jamais été abordé frontalement, au sens de “nommé”. On me parlait de ma fatigue, de la baisse de la qualité de mon travail… On voit bien combien il est difficile d’aborder ces questions. » Pendant ce temps, son état empire. Les arrêts maladie se succèdent, les crises de panique s’intensifient, il va jusqu’à faire de l’épilepsie.

Son entreprise finit par lui proposer une rupture conventionnelle. Il suit plusieurs cures… la sixième sera la bonne. « D’abord, j’y ai rencontré une addictologue- psychologue absolument géniale, qui m’a sauvé. » Dans le même temps, il fait la rencontre de celle qui deviendra sa femme… et qui lui met le marché en main. « Elle était d’accord pour s’engager avec moi, mais pas dans cet état-là. » Alors, il entre en sevrage, reprend des études, et monte son entreprise de conseil en communication. En parallèle, il se forme à l’addictologie pour devenir patient expert, à l’hôpital Bichat : « J’aide mais je continue à me soigner aussi », explique-t-il. De ces années d’enfer, il retire finalement une grande force. « Vaincre cette maladie m’a permis de me révéler », assure-t-il. D’ici à quelques semaines, il va être papa. La renaissance sous toutes ses formes.