Une équipe CFDT qui tient bon le cap

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iconeExtrait de l’hebdo n°3818

À Mont-de-Marsan, la section de la Clinique des Landes fait vivre le dialogue social et veille à la pérennité des emplois. En dix ans, les militantes ont dû faire face à la mise en redressement judiciaire de l’établissement, à l’externalisation d’une partie des activités et à son intégration au sein du Groupement de coopération sanitaire du Marsan. Alors que les élections professionnelles approchent, les militantes s’appuyent sur des résultats concrets pour faire voter CFDT et attirer de nouveaux adhérents.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 05/04/2022 à 12h00

De gauche à droite : Monique Saint-Sevin, Nathalie Noto et Béatrice Jayo.
De gauche à droite : Monique Saint-Sevin, Nathalie Noto et Béatrice Jayo.© Syndheb

« Il y a toujours quelque chose à faire, s’exclame Nathalie Noto, aide-soignante, trésorière du comité social et économique et déléguée syndicale CFDT de la clinique depuis 2019. Comme mes collègues, je suis très attachée à cet endroit. C’est pour cela que nous faisons tout ce qui permet de garantir son fonctionnement. » Cet engagement sans faille de la CFDT – seule organisation syndicale présente au sein de l’établissement depuis plus de vingt ans – est reconnu par les 95 salariés du site, dont plus du quart est adhérent de la section. Il existe bien des tentatives d’implantation de la part d’autres organisations, mais rien n’y fait.

« Nous sommes toujours dans le dialogue, nous ne sommes pas là pour faire du tort à l’établissement, explique Nathalie. Nous disons les choses et sommes capables de partir au clash quand il le faut ! » Un secret de la réussite parmi d’autres. Selon Béatrice Jayo, secrétaire générale du Syndicat CFDT Santé-Sociaux des Landes, la dynamique prend sa source dans le collectif. « Nous ne sommes pas que sérieuses, nous travaillons l’aspect technique des dossiers pour éviter de se faire balader, et ce, avec beaucoup de bienveillance et de solidarité. » C’est d’ailleurs peu dire qu’il en a fallu, ces dernières années.

Réduire la masse salariale, l’obsession de la direction

En 2010, la direction cherche avant tout à satisfaire ses actionnaires. Elle annonce le licenciement de neuf agents. La section dénonce une décision injuste et appelle à la grève. « La mobilisation a été considérable, on les a obligés à reculer », se rappelle Nicole Lamothe, infirmière et déléguée syndicale jusqu’en 2018. Mais le répit fut de courte durée puisque, un an plus tard, en 2011, un autre mauvais coup est commis par la direction : sans la moindre concertation, du jour au lendemain, toujours sous le prétexte de réduire la masse salariale, elle décide d’externaliser les activités de bionettoyage (entretien, repas…). Dix-sept salariés sont touchés par cette mesure unilatérale. « Un choc », se souvient Monique Saint-Sevin, agent des services, adhérente CFDT et élue CSE depuis 2019, qui a subi ce transfert.

Inacceptable pour la section CFDT, d’autant que ce transfert s’est effectué pour les personnels concernés dans des conditions moins-disantes (perte de salaire, complémentaire santé moins intéressante, suppression de la prévoyance…). Ce transfert s’accompagne également du non-renouvellement des collègues en CDD. Résultat : sur les 17 postes externalisés, seuls 12 sont effectivement conservés, et avec une charge de travail identique pour les salariés qui restent. « Il y avait beaucoup de souffrance et d’incompréhension, se souvient Monique. On faisait face à un manque total de considération et de reconnaissance de notre travail. » Pendant trois ans, l’équipe a lutté pour la réintégration de ces personnels. « Lors de chacune de nos réunions d’instances du syndicat ou d’échanges avec la direction, nous remettions le sujet sur la table », détaille Béatrice Jayo.

Dans les couloirs, les manifestations sont bruyantes ; à coups de casseroles, les salariés dénoncent cette mesure. Parallèlement, l’affaire est portée devant les prud’hommes. En 2014, la bonne nouvelle arrive : ce transfert ne s’est pas produit dans les règles. Les salariés concernés sont réintégrés et perçoivent une indemnisation. Un soulagement pour les personnels et une victoire pour la section. « Du bonheur ! », résume Monique. Mais, là encore, pas le temps de se reposer. Un autre problème survient : la clinique subit un redressement judiciaire. La gestion de l’établissement est pointée du doigt.

Être les acteurs des changements plutôt que les subir

En lien avec le cabinet Syndex, la section mène donc une expertise comptable et rencontre le mandataire liquidateur. « Il a fallu convaincre de la viabilité de l’établissement et expliquer que la perte d’activité était notamment liée aux dépassements d’honoraires exorbitants pratiqués par les spécialistes de l’établissement », détaille Nicole Lamothe. Une nouvelle fois, le bateau tangue, mais la section fait le boulot. Le plan de redressement mis en place en 2015 apparaît comme une bouffée d’air. Alors, quand l’intégration de l’établissement au sein du Groupement de coopération sanitaire (GCS) du Marsan, qui regroupe l’hôpital public de Mont-de-Marsan et la clinique d’Aire-sur-l’Adour, est envisagée, la section CFDT approuve.

Cependant, si ce rapprochement est souhaité, il inquiète aussi l’équipe. La section veut s’assurer que les quatorze accords qui s’appliquent dans l’établissement survivront (télétravail, mutuelle, treizième mois, valeur du point…). Après une année d’âpres discussions et la menace d’un dépôt d’un préavis de grève, elle finit par obtenir cette garantie. Encore une victoire à l’actif de l’équipe. « À quoi s’ajoutent les acquis du Ségur de la santé et une négociation annuelle obligatoire conduite avec pugnacité qui porte la valeur du point à 7,51 euros [la valeur du point dans la convention collective nationale étant égale à 7,05 euros] », souligne Béatrice.

Les membres de la section souhaitent ainsi rappeler à leurs collègues que si ces résultats contribuent concrètement à l’amélioration des conditions de vie et de travail, ils s’obtiennent par l’engagement de toutes et tous… qui passe par l’adhésion. C’est évidemment ce message que martèleront les militantes à l’occasion d’une assemblée générale des adhérents, ouverte à tous, qui sera organisée dans les prochains mois. Si plusieurs salariés ont fait part de leur volonté de venir grossir les rangs de la CFDT, ils ne sont pour l’instant qu’une poignée à avoir franchi le pas.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Développement, élections professionnelles, intégration dans le GCS : l’agenda de la section s’annonce dense mais n’effraie pas le collectif. « Puisqu’il y a inévitablement des changements, nous ne voulons pas les subir mais en être les acteurs. ». La direction du Groupement de coopération sanitaire du Marsan est prévenue, elle ne pourra oublier que la section souhaite faire de la Clinique des Landes un des outils de la stratégie de santé territoriale… quitte à ce que les militants CFDT fassent du bruit pour mieux se faire entendre !