Chez Raja, un fonds de secours créé pour les salariés

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icone Extrait de l'hebdo n°3997

Face à l’augmentation du nombre de salariés en difficulté financière ou sociale, la CFDT a négocié une aide exceptionnelle. Deux mois et demi après sa mise en place, ce fonds de secours a déjà été débloqué. Une victoire pour la section qui veut faire du lien social le moteur de son action syndicale.

Par Anne-Sophie BallePublié le 10/02/2026 à 13h00

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© Syndheb

« C’est le genre d’accord que l’on signe mais que l’on espère secrètement ne jamais avoir à mobiliser », admet François Doyennel, délégué syndical chez Raja, leader de la distribution d’emballages et de fournitures de bureau. Pourtant, face à la multiplication des situations de précarité qui leur étaient remontées au sein de l’entreprise, la CFDT1 a demandé et obtenu la mise en place, via un accord collectif, d’un fonds de secours exceptionnel. « On est plutôt bien lotis par rapport aux salaires pratiqués dans le secteur, précise d’emblée Samir Kebli, lui aussi délégué syndical chez Raja. Ici comme ailleurs, l’augmentation du coût de la vie a beaucoup impacté nos collègues. Mais pour ceux qui sont fragilisés par une épreuve personnelle, l’escalade a été dramatique. » À l’image du taux de pauvreté qui ne cesse de progresser dans le pays, les élus remarquent sur le terrain de plus en plus de salariés en difficulté. « Certains en parlent ouvertement mais, parfois, il faut savoir être attentifs à certains détails. Le cas d’un salarié qui ne peut pas payer tout de suite les 10 euros de places de cinéma qu’il a prises pour sa famille, par exemple, doit nous alerter. »

Les limites des solutions de fortune

Devenus avec le temps (et la confiance des salariés) des « capteurs sociaux » de l’entreprise, les élus CFDT se font ainsi l’écho auprès de la direction de salariés qui dorment dans leur voiture ou qui se trouvent dans l’incapacité de payer leur chimio, car le maintien de salaire par l’entreprise en cas de maladie longue durée est plafonné à six mois. Des solutions de fortune sont trouvées, « l’entreprise allant jusqu’à consentir des prêts sans frais aux salariés, que ces derniers remboursaient mensuellement ; ou à offrir des nuits d’hôtel aux collaborateurs qui dormaient dans leur voiture », se souviennent les deux élus. Mais cette solidarité, réelle, a ses limites – et se pose alors pour ces militants la question de négocier « un cadre et un budget dédiés » afin de faire face à de telles situations. « La commission RPS2, mise en place quelques années auparavant et visant à détecter les salariés fragilisés par un retour de congé maladie, des problèmes de logement ou d’alcool, par exemple, mais sans moyens pour fonctionner, ne suffisait plus », argue François Doyennel.

Fin novembre 2025, la section demande à la direction de mettre le sujet sur la table, ce qu’elle accepte. « En une réunion, l’affaire était pliée », résume Samir. Les parties prenantes partagent également une conviction : « Personne n’est à l’abri, et un salarié bien dans sa tête est aussi bien au travail. » C’est dans cet esprit qu’est né le fonds de secours.

Une procédure claire, un CSE à la manœuvre

Depuis le 1er décembre 2025, les salariés du groupe confrontés à des difficultés personnelles majeures et urgentes (endettement, violences conjugales, catastrophe naturelle, frais médicaux non remboursés…) peuvent ainsi, sans condition d’ancienneté ou de statut, demander à bénéficier d’un soutien financier exceptionnel dont le montant est plafonné à 3 000 euros. Celui-ci est attribué après examen de la situation du requérant par une commission de suivi paritaire (deux représentants élus du personnel et deux de la direction), qui doit se réunir et statuer dans les quinze jours suivant la saisine et la transmission des pièces nécessaires à la constitution du dossier. « Les fonds, eux, ne sont pas versés au salarié mais directement aux créanciers », précise Samir.

Dans l’optique d’alimenter le fonds de secours, l’entreprise a octroyé une dotation exceptionnelle de 15 000 euros par an au CSE, chargé d’en assurer la gestion dans le cadre de son budget dédié aux activités sociales et culturelles (ASC). « Un symbole pour nous », assure la section, selon laquelle « le lien social est ce qui motive notre engagement syndical. On a la passion des gens et le “s” dans activités sociales et culturelles prend tout son sens ».

Deux mois et demi après sa mise en place, le fonds de secours a déjà été utilisé. Le premier cas qui s’est présenté à la commission est celui d’une mère de trois enfants victime de violences conjugales et en situation d’endettement avancé. « Elle a vécu cette aide comme une vraie bouffée d’oxygène, raconte fièrement François. Cela lui a permis de payer des factures d’eau, d’électricité et la cantine des enfants, dont ils étaient privés faute d’un paiement… »

La solidarité, valeur pleinement véhiculée par la section

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Cette politique de la main tendue, la section veut la mettre à l’actif de l’esprit d’entraide qui règne dans l’entreprise. Début janvier, lorsqu’une couche de neige a recouvert la France, la section a organisé une distribution de lots de produits de toilette voués à la destruction par l’entreprise qui avait récupéré des palettes endommagées. « Ce sont des petites choses qui font la différence. L’économie est de l’ordre de vingt à trente euros, mais ça aide, note Samir. Et les salariés sont contents. » Cette solidarité, valeur cardinale de la CFDT pleinement véhiculée par la section, est aussi ce qui pousse « de plus en plus de sympathisants à vouloir nous rejoindre et d’adhérents à vouloir s’investir ». Ça tombe bien, les prochaines élections professionnelles sont prévues en décembre 2026.