Une COP26 qui a manqué de courage et d’ambition

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iconeExtrait de l’hebdo n°3799

La COP26, qui s’est tenue du 1er au 13 novembre à Glasgow (Écosse) s’achève sur un échec patent, sans la moindre mesure contraignante pour limiter le réchauffement climatique. Que ce soit en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), de solidarité avec les pays du Sud ou de l’abandon de toutes les énergies fossiles, la COP a manqué sa cible… et les pays riches n’ont pas tenu leurs promesses.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 16/11/2021 à 13h00

Alok Sharma (à droite), président britannique de la COP26, s’est dit « profondément désolé » du fait du manque de portée de la 26e Conférence des parties.
Alok Sharma (à droite), président britannique de la COP26, s’est dit « profondément désolé » du fait du manque de portée de la 26e Conférence des parties.© Rod Harbinson/Zuma Press/Zuma/RÉA

Bien que personne n’en attendait des miracles, la COP26 s’est achevée sur un cuisant constat d’échec. Au terme de deux semaines de négociations, du 1er au 13 novembre, ce n’est d’ailleurs pas un véritable accord mais le « Pacte de Glasgow pour le climat », très décevant, dont a accouché cette conférence des parties des Nations unies, au cours de laquelle devaient être discutées les modalités de mise en œuvre de l’Accord de Paris (signé en 2015). Le président britannique de la COP26, Alok Sharma, s’est d’ailleurs dit, les larmes aux yeux, « profondément désolé » de la manière dont le processus s’est déroulé et achevé.

Une évidente difficulté à prendre des engagements

Manifestement, « l’urgence n’est pas intégrée par les États », regrette Philippe Portier, secrétaire national chargé du développement durable. Près de six ans après l’Accord de Paris, « on n’est toujours pas entré dans une véritable mise en œuvre de l’Accord. On constate les difficultés des États riches à prendre des engagements qui permettraient de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ». Durant toute la durée de la Conférence des parties (également dite des États signataires), les témoignages et les alertes concernant les ravages que provoque le réchauffement climatique dans certains pays du Sud, notamment de la part de l’Alliance des petits États insulaires (Aosis), se sont pourtant succédé.

1. En 2020, les États-Unis, l’Union européenne et la Chine ont émis près de 50 % des émissions de CO2 mondiales.

« Pour survivre, nous avons besoin de limiter le réchauffement à + 1,5 °C ; 2 °C serait une condamnation à mort des populations d’Antigua et Barbuda, des Maldives, des Fidji, du Kenya ou du Mozambique, des Samoa ou de la Barbade. Nous ne voulons pas de cette condamnation à mort, et nous sommes venus ici pour dire “redoublez d’efforts, redoublez d’efforts”, car nous voulons être là dans cent ans », avait même lancé la première Ministre de la Barbade, Mia Mottley, en ouverture de la COP26. L’image du ministre des îles Tuvalu s’adressant aux négociateurs les pieds dans l’eau aura aussi fait partie des images marquantes. En vain… Au final, l’égoïsme des pays les plus riches – et les plus émetteurs de GES1 – l’aura emporté.

Soutien aux pays du Sud, les promesses non tenues

En matière de solidarité avec les pays les plus vulnérables, la COP26 a manqué sa cible. Exit la promesse faite en 2009 (COP15, de Copenhague) de créer un fonds de 100 milliards par an pour permettre aux pays pauvres de s’adapter au changement climatique, puisque ce dernier n’est toujours pas entièrement doté. Quant au dossier des pertes et dommages (un dispositif devant garantir aux pays les plus vulnérables une prise en charge des dommages et pertes causés par le dérèglement climatique), il a tout simplement été renvoyé à des pourparlers ultérieurs. « Comme redouté, la COP26 s’est avérée être une COP de pays du Nord, qui reflètent donc les priorités des pays riches », a dénoncé Aurore Mathieu, du Réseau Action Climat, citée par Novethic (filiale de la Caisse des dépôts et consignations).

Attendre encore la sortie des énergies fossiles

Autre forte déception liée au Pacte de Glasgow : dans la dernière version du texte, il n’est plus question de « sortie » du charbon, mais de « réduction ». Tandis qu’une version précédente évoquait le fait de « supprimer progressivement le charbon et les subventions aux combustibles fossiles », l’Inde a fait pression pour revenir sur cette formulation jugée « trop ambitieuse » – en guise de mesure de rétorsion quant au manque d’engagement des États du Nord vis-à-vis des États du Sud. Et même si une douzaine de pays et régions se sont alliés pour créer l’alliance internationale « Beyond Oil and Gas Alliance » (BOGA), annonçant leur intention de mettre fin à l’exploitation des énergies les plus polluantes (le charbon d’ici à 2040 mais aussi le gaz et le pétrole), cette alliance n’inclut pas les plus gros producteurs que sont les États-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, le Canada…

Au rang des timides avancées visant à limiter le recours aux énergies fossiles, notons tout de même l’initiative d’une coalition de trente pays et banques publiques (dont la France, qui a finalement rejoint le mouvement) qui se sont engagés à ne plus financer les projets d’exploitation à l’étranger d’énergies fossiles d’ici à la fin de l’année 2022. Mais, on le voit, ces initiatives sont limitées à quelques pays, et pas reprises dans le texte final de la COP26.

Les risques liés au peu d’ambition des États du Nord

Au final, le Pacte de Glasgow n’impose pas de contraintes supplémentaires aux pays quand il s’agit de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. « De toute façon, continuer d’observer les émissions pays par pays, ce n’est pas la bonne solution. Il faut que les États se dotent d’outils communs de réduction des émissions », défend Philippe Portier, selon qui « la neutralité carbone ne s’obtiendra qu’à la condition d’un prix du carbone mondial. Il faut un signal fort. Tant que sur le plan économique il sera rentable de produire avec des énergies fossiles, on n’y arrivera pas ».

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Pour le secrétaire national, le temps perdu de COP en COP fait courir d’énormes risques. « On parle des risques climatiques, bien sûr. Mais il s’agit aussi de risques politiques. Ces efforts que l’on refuse de faire maintenant vont nous revenir en boomerang. Et ce que nous avons déjà du mal à gérer aujourd’hui, comme les flux migratoires, aura, il faut s’y attendre, des conséquences bien plus graves d’ici à quelques années ». Combien de COP faudra-t-il encore pour prendre la mesure du problème ?