Un plan de résilience nécessaire mais peu ciblé

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iconeExtrait de l’hebdo n°3818

Annoncé le 16 mars par le Premier ministre, le “plan de résilience économique et sociale” visant à aider les entreprises et les particuliers à affronter les conséquences de la guerre en Ukraine entre dans sa phase concrète. La CFDT regrette qu’il ne soit pas davantage fléché vers les publics qui en ont le plus besoin.

Par Jérôme Citron— Publié le 05/04/2022 à 12h00

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© Laurent Grandguillot/RÉA

C’est la mesure la plus visible du plan de résilience économique et sociale du gouvernement pour faire face à la guerre en Ukraine. Depuis le 1er avril et jusqu’à la fin juillet, tous les automobilistes bénéficient d’un coup de pouce de 18 centimes par litre pour limiter l’impact de la hausse des carburants. Dans le détail, la remise est de 15 centimes d’euro (hors taxe) par litre pour les véhicules fonctionnant à l’essence ou au gazole, de 15 euros par mégawattheure pour les gaz naturels carburant et de 29,13 euros pour 100 kg net de GPL-c (gaz de pétrole liquéfié - carburant).

Ce bouclier tarifaire coûtant 22 milliards d’euros

Forcément populaire, cette mesure, estimée à trois milliards d’euros par le gouvernement, vient en complément de toutes les mesures prises courant 2021 afin de faire face à l’augmentation des coûts de l’énergie. En tout, le gouvernement estime à 22 milliards d’euros l’ensemble de ces mesures. Rappelons que le tarif du gaz est bloqué depuis octobre 2021, et que ce bouclier tarifaire a été prolongé jusqu’à la fin de cette année. Le tarif de l’électricité a lui aussi été bloqué en 2021, et la hausse limitée à 4 % en 2022. De plus, 38 millions de Français (soit environ un sur deux) ont bénéficié d’une « indemnité inflation » de 100 euros à la fin 2021. Enfin, un chèque énergie exceptionnel de 100 euros a été versé à la fin de l’année dernière à 5,8 millions de Français.

Un certain défaut de ciblage de l’aide

Toutes ces mesures soulèvent la question du ciblage de la politique gouvernementale. Remplir le réservoir de sa voiture pour aller travailler, partir en vacances ou gagner sa résidence secondaire, ce n’est pas tout à fait la même chose. Une mesure générale revient à aider presque tout le monde sans se donner les moyens d’accompagner vraiment les personnes qui en ont le plus besoin. Dans la perspective de faire face à l’augmentation des prix des carburants, la CFDT a laissé entendre qu’elle aurait préféré une mesure inspirée du chèque énergie. « Dans l’urgence, il faut débloquer une aide très rapide et ciblée, en élargissant par exemple le chèque énergie et en augmentant son montant », explique Paul Busi, du service économie et société de la CFDT. Cela n’a clairement pas été le choix du gouvernement, qui a misé sur une mesure très générale pendant quatre mois tout en affirmant réfléchir à mettre ensuite en place un mécanisme plus ciblé.

Le recours à l’APLD est prolongé

Outre ces mesures liées à l’énergie, le plan de résilience gouvernemental comporte aussi un arsenal de mesures techniques tournées vers les entreprises qui avaient majoritairement déjà été mises en place lors des premiers confinements telles que les prêts garantis par l’État, les avances de trésorerie ou le report de charges… Par ailleurs, la possibilité de recours à l’activité partielle de longue durée (APLD) est prolongée. Les entreprises ont la possibilité de prolonger jusqu’à douze mois supplémentaires le bénéfice de l’APLD en ce qui concerne les accords déjà signés. Elles ont également la possibilité de négocier des accords APLD jusqu’au 31 décembre au lieu du 30 juin 2022. Alors que le coût économique dû à la guerre en Ukraine est encore difficile à apprécier, le gouvernement a identifié quatre secteurs qui risquent d’être particulièrement impactés (parce que très dépendants des coûts de l’énergie) et qui feront l’objet d’une attention particulière : l’agriculture, la pêche, le transport et le BTP.

Libéré du pétrole russe en 2027 ?

Hormis ces mesures d’urgence en vue d’éviter les faillites des entreprises et de protéger le pouvoir d’achat des Français, ce plan comporte également des mesures plus structurelles à moyen et long terme pour mieux accompagner les entreprises, notamment en matière énergétique. L’objectif affiché par le gouvernement consiste à ne plus dépendre du tout du gaz et du pétrole russes au plus tard en 2027. Pour y parvenir, l’accent est mis sur l’innovation et des politiques sectorielles permettant d’aider les entreprises à s’engager dans cette transition énergétique.

Sans remettre en question la nécessité d’aider les entreprises, tant dans l’urgence que dans le plus long terme, la CFDT insiste quant à elle pour que toutes les aides publiques dont elles bénéficieront soient conditionnées à des engagements d’amélioration de leurs pratiques sociales et environnementales – ce qui n’est malheureusement pas clairement indiqué dans le plan de résilience.

Besoin de négociations vertueuses

Par ailleurs, la CFDT pointe quelques domaines où il devient urgent d’avancer : l’isolement des logements ou la négociation de plans de mobilité durable en entreprise mais aussi inter-entreprises et inter-administrations pour trouver des alternatives à la voiture. Les objectifs sont connus : développer l’usage des transports collectifs, aménager les horaires de travail, mettre en place des locaux destinés aux vélos, verdir la flotte des véhicules de fonction, etc. Autant de bonnes pratiques qui peuvent naître au plus près des réalités des salariés grâce à un dialogue social renouvelé.

Dernier point de vigilance selon la CFDT : l’alimentation. Jusqu’à présent, la hausse des prix des denrées alimentaires reste limitée, mais il existe un véritable risque de voir augmenter la pauvreté alimentaire si les aides aux entreprises ne permettent pas de contenir la hausse des prix payés par les consommateurs. Il faudra alors prendre en urgence des mesures pour les publics fragiles. Et là encore, la CFDT revendiquera des mesures ciblées.