Un lieu tremplin vers la vie active

Olivier, membre du Clubhouse de Paris, Christine Jugeau, Coordinatrice de la cogestion et de l’insertion professionnelle du Clubhouse parisien et Jean-Noël, 61 ans, ancien haut-cadre de la SNCF.
Olivier, membre du Clubhouse de Paris, Christine Jugeau, Coordinatrice de la cogestion et de l’insertion professionnelle du Clubhouse parisien et Jean-Noël, 61 ans, ancien haut-cadre de la SNCF.@Joseph Melin

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Travail & handicap : la grande défiance

En France, le réseau des Clubhouse a ouvert 5 lieux d’accueil pour les personnes souffrant de troubles psychiques. Objectif : rompre leur isolement et les accompagner vers une réinsertion sociale et professionnelle. Dans un climat positif, ils y trouvent les ressources pour reprendre leur vie en main. Reportage dans le Clubhouse du 19e arrondissement de Paris.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 28/10/2022 à 09h13 et mis à jour le 28/10/2022 à 13h50

Il s’exprime posément. Parle avec des mots choisis. Dans sa vie professionnelle, Jean-Noël, 61 ans, a été haut cadre à la SNCF, chargé des relations avec les agences de notations financières. Mais au moment de prendre sa retraite, en 2019, c’est le vertige. La décompensation. Sa pathologie anxieuse, qu’il a soigneusement tenue à l’écart toute sa vie, ressurgit. Il est hospitalisé. Une première fois pendant 6 semaines. Puis 10 mois.

« Quand on sort d’une hospitalisation, il n’y a pas vraiment de structure de suite. On voit son psychiatre, on suit son traitement. On se retrouve seul. Un lieu comme le Clubhouse permet de retrouver un cadre, un collectif aussi », explique ce grand monsieur au sourire avenant qui vient au Clubhouse de Paris une fois par semaine depuis début 2021.

Rompre l’isolement et redonner un cadre à des personnes qui ont parfois connu de très longues périodes d’hospitalisation du fait de leurs troubles psychiques (troubles bipolaires, schizophrénie, troubles compulsifs, dépression, burn-out…) est donc l’un des principaux objectifs de cette structure, la première du genre en France. Le premier lieu a ouvert à Paris il y a dix ans sur le modèle ce qui avait été fondé à New York en 1948 par des patients au sortir de l’hôpital.

« Le Clubhouse est une passerelle, un lieu non médicalisé où reprendre les réflexes de la vie quotidienne », explique Christine Jugeau, Coordinatrice de la cogestion et de l’insertion professionnelle du Clubhouse parisien. Comme « se lever le matin, prendre soin de son hygiène, de son apparence, prendre les transports… ». Toutes ces choses de la vie qui ne sont plus si évidentes après une hospitalisation ou du fait de traitements lourds.

« Cogestion »

À la différence des structures de soin, où « l’on décide pour vous » – comme le précise Carina, 49 ans, qui fréquente le Clubhouse depuis 2018 – , ici les « membres » participent pleinement et activement à la gestion et au fonctionnement du lieu, au même titre que les sept salariés de la structure. « Tout est fait en cogestion, décidé en commun, de la plus petite tâche aux décisions plus importantes », tient à souligner Christine Jugeau.

D’ailleurs chaque journée est rythmée par deux réunions (une le matin et une en début d’après-midi), qui permettent de définir les tâches de chacun : courses, préparation du repas (qui est pris en commun, dans la grande salle), nettoyage des sanitaires, accueil, gestion des mails, etc. Et chaque tâche est accomplie en binôme : un membre avec un salarié du staff ou avec un autre membre. Ce soutien mutuel, cette entraide participe à réactiver la confiance et l’estime de soi. « Ainsi, on est actif dans notre rétablissement, par le biais du collectif », résume Olivier, 51 ans, l’un des membres les plus impliqués au Clubhouse, et qui vient quatre fois par semaine.

Comme lui, 30 à 35 personnes entre 18 et 80 ans, fréquentent le lieu quotidiennement (pour un total de quelque 400 adhérents). Seules conditions à remplir : être majeur, être suivi à l’extérieur par un médecin psychiatre, adhérer aux valeurs du Clubhouse et « avoir envie de s’impliquer », rajoute Christine. Car bien entendu, la motivation est aussi une énergie positive et une condition nécessaire pour se remettre en route…

Tremplin vers l’emploi

Le Clubhouse propose également de nombreux ateliers (sport, yoga, sorties culturelles ou randonnées) mais aussi des ateliers d’écriture (soulignons que l’autrice Delphine de Vigand est marraine du lieu) ou de recherche d’emploi, pour « préparer la suite, le retour à l’emploi », précise Christine Jugeau. Des entreprises partenaires, des managers ou des salariés dans le cadre d’un mécénat d’entreprise viennent animer ces ateliers, des DRH viennent faire passer des « entretiens blancs » pour entraîner les futurs candidats. Grâce au réseau des entreprises partenaires, les membres ont aussi accès à des stages, là-encore pour remettre le pied à l’étrier, se réhabituer au monde du travail et renforcer leurs compétences professionnelles.

En retour, le Clubhouse est très actif dans des actions de sensibilisation et de « destigmatisation » (telle que le DuoDay), pour faire mieux connaître les troubles psychiques et déconstruire les représentations. Il est en cela un lieu ressource pour les directions, les managers, les Missions handicap des entreprises. Car, comme estime Jean-Noël : « Le handicap psychique fait encore peur. Il est encore plus tabou que les autres formes de handicap. » En cela, une structure comme le Clubhouse apporte sa précieuse pierre pour faire évoluer les mentalités.

Chloée, salariée du Clubhouse de Paris explique aux membres Emmanuel et Brahima la recette du jour, pour la préparation de repas.
Chloée, salariée du Clubhouse de Paris explique aux membres Emmanuel et Brahima la recette du jour, pour la préparation de repas.©Joseph Melin
Emmanuel et Brahima, deux membres du Clubhouse préparent le repas du jour.
Emmanuel et Brahima, deux membres du Clubhouse préparent le repas du jour.© Joseph Melin
La caisse ouvre un peu avant l’heure du déjeuner. Le repas coûte 2 euros à chaque membre, 2,30 avec un café.
La caisse ouvre un peu avant l’heure du déjeuner. Le repas coûte 2 euros à chaque membre, 2,30 avec un café.© Joseph Melin
Chloé, salariée, lance le service du déjeuner.
Chloé, salariée, lance le service du déjeuner.© Joseph Melin
Emmanuel s’occupe du service ce jour là. Un tableau des tâches définit le rôle de chacune et chacun au quotidien.
Emmanuel s’occupe du service ce jour là. Un tableau des tâches définit le rôle de chacune et chacun au quotidien.© Joseph Melin
Bertrand, salarié, aide Yannis, un membre à accéder au serveur interne.
Bertrand, salarié, aide Yannis, un membre à accéder au serveur interne.© Joseph Melin
Samir est salarié, il aide Emmanuel à cherche une recette sur internet.
Samir est salarié, il aide Emmanuel à cherche une recette sur internet.© Joseph Melin
Dorothée (au centre), salariée, Annie et Nathalie, membres, travaillent sur une publication de la page Facebook.
Dorothée (au centre), salariée, Annie et Nathalie, membres, travaillent sur une publication de la page Facebook.© Joseph Melin
Dorothée, salariée, aide Annie, membre du Clubhouse à finaliser son CV.
Dorothée, salariée, aide Annie, membre du Clubhouse à finaliser son CV.© Joseph Melin
Carina, membre du Clubhouse, qui fréquente le Clubhouse depuis 2018, vient trier ses e-mails du travail.
Carina, membre du Clubhouse, qui fréquente le Clubhouse depuis 2018, vient trier ses e-mails du travail.© Joseph Melin
Atelier jardin sur la terrasse pour Bertrand, salarié et Yannis, membre.
Atelier jardin sur la terrasse pour Bertrand, salarié et Yannis, membre.© Joseph Melin