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La recherche de la rentabilité met les transporteurs de fonds sous pression

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iconeExtrait de l’hebdo n°3851

Un récent décret porte de 30 000 à 80 000 euros le transport de fonds sans mesure particulière de protection. Les organisations syndicales sont vent debout contre une mesure qui met en péril les salariés et menace leurs emplois.

Par Claire Nillus— Publié le 29/11/2022 à 13h04

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© Laurent Cérino/RÉA

C’est peu dire que les organisations syndicales sont en colère. Contrairement aux promesses faites pendant le confinement lors des différentes concertations (avec le ministère de l’Intérieur) relatives aux conditions d’exercice de leur profession, un décret datant du 7 novembre dernier a été signé sans qu’elles soient consultées. Or ce décret pèse sur l’avenir du secteur car il porte à 80 000 euros le montant en deçà duquel les sociétés de transport de fonds peuvent recourir à des « modalités simplifiées » pour le transport de monnaie fiduciaire. Ce qui signifie un conducteur, seul et non armé, dans un véhicule léger, une mesure présentée comme une « optimisation » du transport de fonds et valeurs, et destinée à réduire le nombre de véhicules en circulation.

C’est un changement majeur pour un métier à risque bénéficiant d’un accord national professionnel au sein de la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport – qui stipule que « tout convoyeur de fonds, dans l’exercice de ses fonctions, doit être titulaire d’un port d’armes ». Face à la recrudescence d’attaques violentes contre des transporteurs de fonds, de nouvelles dispositions liées à la sécurité avaient d’ailleurs été négociées au début des années 2000, au terme d’une longue grève du secteur. Le protocole de fin de conflit reconnaissait explicitement que « les convoyeurs de fonds exercent leurs missions dans des conditions de plus en plus difficiles et souvent au péril de leur vie » et autorisait le transport dans un véhicule banalisé avec un conducteur solo et non armé lorsque le montant total des fonds transportés (pièces et billets) ne dépassait pas 30 000 euros. Au-delà, il prévoyait un véhicule blindé agréé avec trois hommes armés à bord, conducteur inclus. Ce protocole est donc aujourd’hui balayé par la publication de ce nouveau décret.

Une rencontre prévue le 1er décembre

« C’est ce qu’on craignait, s’alarme Pascal Quiroga, coordinateur national transport de fonds et valeurs pour la CFDT-Transports et Environnement. Les entreprises du transport ont fait du lobbying pour que le seuil passe de 30 000 à 80 000 euros. Un seul véhicule pour transporter plus de valeurs et un seul convoyeur, ce sont autant d’économies réalisées et la possibilité pour des entreprises non spécialisées jusqu’ici dans le transport de fonds d’investir ce marché. »

Ces derniers jours, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO et CFTC a demandé à être reçue au plus vite par le ministère de l’Intérieur. Une réunion avec les organisations patronales et les différents acteurs du secteur doit avoir lieu le 1er décembre. À suivre…