Salaires, attractivité, dialogue social : les multiples difficultés des services à la personne du secteur privé

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iconeExtrait de l’hebdo n°3824

Les récentes négociations au niveau de la branche concernant les salaires et l’indemnité kilométrique ont été décevantes pour la CFDT-Services. Pourtant, il y a urgence : le secteur est de moins en moins attractif.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 17/05/2022 à 12h00

Le secteur dédié aux services à la personne, qu'elle soit âgée ou handicapée, a de plus en plus de mal à recruter.
Le secteur dédié aux services à la personne, qu'elle soit âgée ou handicapée, a de plus en plus de mal à recruter.©Lydie Lecarpentier/RÉA

Les 150 000 salariés des entreprises de services à la personne ont, eux aussi, soif de reconnaissance. Mobilisés pendant la pandémie de la Covid-19 pour continuer à prendre soin des personnes âgées ou handicapées, ils attendent une amélioration de leur rétribution et de leurs conditions de travail. Mais au niveau de la branche, « on a du mal à avancer », reconnaît Aurélie Flisar, secrétaire nationale à la Fédération CFDT-Services, en charge de ce secteur. « Des négociations ont abouti en entreprise, ce qui donne des arguments aux organisations patronales pour ne rien faire au niveau de la branche. On ne peut pas être d’accord avec ça : il y a beaucoup de TPE dans le secteur où il n’y a pas de dialogue social. Donc il en faut au niveau de la branche. »

Imbroglio patronal

Un autre problème vient freiner toute initiative : l’opposition entre les deux principales organisations patronales, la Fédération du service au particulier (FESP) et la Fédération des services à la personne et de proximité (Fédésap). Lors des négociations de ce début d’année, elles ont chacune proposé un accord sur les salaires minimums conventionnels et un sur l’ancienneté et l’indemnité kilométrique, soit quatre accords au total. « La proposition de la Fédésap était mieux disante sur les salaires et l’indemnité kilométrique. Mais la FESP, avec le Synerpa1, a menacé de s’opposer à l’extension des accords si l’on signait ceux de la Fédésap », explique Aurélie Flisar. Ambiance. « La FESP argue que les propositions de la Fédésap ne sont pas tenables financièrement pour les entreprises membres. Ce qui est inquiétant car on parle d’un ou deux centimes, par-ci, par-là. Donc demain, s’il y a une nouvelle augmentation du Smic, ces entreprises vont fermer ? »

Finalement, la CFDT-Services (première organisation syndicale de la branche, avec 39,66 %) a décidé de signer, fin avril, la proposition salariale de la Fédésap, au terme d’une « mise à jour » prenant en compte la hausse du Smic intervenue le 1er mai. Sur le volet indemnité kilométrique et ancienneté en revanche, c’est plus compliqué : la proposition de la Fédésap, avec 35 centimes du kilomètre et une augmentation de la prime d’ancienneté, est plus intéressante que celle de la FESP. Mais elle n’inclut pas la prime d’ancienneté dans le salaire minimum hiérarchique, au niveau de la branche. La CFDT n’a donc signé aucune des deux propositions.

D’autres négociations à venir

Aurélie Flisar espère avancer sur d’autres chantiers comme les classifications, la prévoyance, le temps et les conditions de travail, pour améliorer l’attractivité du secteur, car il y a urgence. « La branche perd des salariés pour différentes raisons, analyse la secrétaire nationale. Ce n’est pas un secteur de destination. Généralement, ce sont des femmes avec des parcours de vie hachés qui ont besoin de trouver un emploi rapidement et qui se retrouvent dans ces entreprises. Comme souvent, ce sont des femmes seules avec enfants. Elles réfléchissent à deux fois avant de quitter leur emploi et les employeurs en profitent. Le secteur est aussi très accidentogène, ce sont des métiers qui abîment. »

Sandrine Papot, déléguée syndicale chez O2, la principale entreprise du secteur avec 9 800 salariés, confirme : « Le métier est fatiguant. On examine une quinzaine d’inaptitudes pour reclassement en CSE chaque mois. Et ce sont des personnes plutôt jeunes : la moyenne d’âge des inaptitudes étudiées en CSE l’année dernière tourne autour des 40 ans. On voit aussi beaucoup d’accidents du travail, des mauvais déplacements, des chutes dans les escaliers ». Elle constate aussi un important turnover : « On recrute 5 000 personnes par an. Donc on a 5 000 départs par an. » Et la situation ne s’est pas améliorée à la suite du Ségur de la santé et de la mission Laforcade, qui ont permis de revaloriser le salaire des aides à domicile du secteur associatif. « Durant les mois d’octobre et de novembre 2021, on a vu le départ de salariés qui étaient là depuis un moment pour aller travailler ailleurs… »

Salaires et inflation

La déléguée syndicale ajoute : « Ça fait des années qu’ils nous parlent de fidéliser les salariés. On leur dit qu’il faut alors payer plus. » La situation d’O2 fait que plusieurs revendications ont pu toutefois aboutir. En effet, les prestations de confort (jardinage, ménage…) représentent une très large partie de l’activité de l’entreprise, des prestations sur lesquelles O2 peut se faire une marge, puisque le tarif est libre. À la différence des prestations d’autonomie pour les personnes âgées ou handicapées, dont les tarifs dépendent des remboursements des départements. Ce qui fait que chez O2, les minimums sont un peu plus importants qu’au niveau conventionnel. « Pour l’indemnité kilométrique, ils nous donnent 40 centimes par kilomètre, dès que le trajet domicile-travail est supérieur à 20 km. Une indemnité portée à 43 centimes temporairement. Et là, récemment, ils nous ont accordé des chèques-déjeuner, à 5 euros. Ça fait dix ans que c’était une revendication, on a été surpris. On y croyait plus. » Pour autant, l’inflation galope. « Si elle faisait que des niveaux se retrouvaient sous le Smic, une clause de revoyure inscrite dans nos NAO de janvier permet de rouvrir des négociations. On demande de nouvelles augmentations de salaire, mais la direction est plutôt frileuse… »