Restructurations Sodiaal-Candia : les salariés ne lâchent rien !

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iconeExtrait de l’hebdo n°3822

Le 26 avril, la moitié des salariés du site de Campbon (Loire-Atlantique), menacé de fermeture, ont fait le déplacement jusqu’au siège du groupe, à Paris, pour dénoncer le mépris de la direction et exiger des négociations loyales. Soutenus par la CFDT-Agri-Agro, les salariés n’entendent pas lâcher l’affaire.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 03/05/2022 à 12h00

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© Syndheb

Un faux cercueil, un énorme ballon orange, un camion sono crachant « On lâche rien » et trois fourgons de CRS et gendarmes déployés : l’entrée du siège du groupe Sodiaal Candia, dans le 14e arrondissement, était étrangement occupée, le mardi 26 avril après-midi. Et pour cause : 83 salariés du site de production de Campbon (Loire-Atlantique) – soit la moitié des effectifs de l’usine (qui produit des packs et des bouteilles de lait) – sont venus dire leur détermination de ne pas subir la fermeture annoncée de leur usine à l’horizon 2023.

La disparition d’un site planifiée de longue date

« Début février, la direction a annoncé que le site fermerait l’année prochaine et elle voulait que l’on se remette au boulot comme si de rien n’était ! », fulmine Olivia Depirou, la déléguée syndicale CFDT du site de Campbon. « Cela fait longtemps qu’on alertait sur le manque d’investissements et le fait que l’usine était systématiquement écartée des possibilités de nouveaux développements alors que d’autres sites du groupe bénéficiaient de nouveautés comme les laits aromatisés, les laits végétaux, etc. Nous nous étions aussi inquiétés de la fin d’un contrat d’approvisionnement en lait avec notre principal fournisseur. Les dirigeants nous disaient : “Ne vous inquiétez pas !” », explique Olivia, qui voit là le signe que l’usine avait été délibérément condamnée, et que sa disparition était planifiée de longue date.

Comme elle, de nombreux salariés présents pointent le mépris avec lequel la direction a mené les affaires. Tout récemment, une grève de trois jours a été décidée afin de protester contre « des négociations très mal entamées, avec des propositions indécentes de la part de la direction à propos des indemnités et de l’accompagnement des salariés », souligne Olivia.

“Voilà comment on est remerciés !”

« Nous allons nous battre sur deux fronts : chercher un repreneur, ce qui est une obligation découlant de la loi Florange, et négocier des mesures d’accompagnement dignes ! Vous n’êtes pas seuls ! », clament au micro les avocats des salariés, approuvés par la CFDT-Agri-Agro. Des salariés installés sous le barnum, où l’on discute en attendant le retour de la délégation reçue par la direction du groupe, ne semblent ni croire en l’éventuelle reprise du site ni aux possibilités de reclassement dans d’autres sites du groupe. « Mais, au moins, on se mobilise pour être respectés, après toutes ces années à bien faire notre boulot, à faire tourner l’usine, souvent au détriment de notre santé », affirme Rémy, qui a passé plus de trente années au conditionnement, travaillant en trois-huit. « J’ai 58 ans, j’en ai passé trente-trois à Campbon… » « Voilà comment on est remerciés ! », lâche un de ses collègues, amer.

Redonner des gages de respect

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Le retour de la délégation, aux alentours de 16 h 15, redonne un petit coup de boost. Au pied du grand immeuble du siège, on tend l’oreille aux annonces. « La direction a pris trois engagements lors de cette rencontre », explique Alexandre Dubois, secrétaire national de la fédération. « Renouer le dialogue, après des semaines de tensions, afin que revienne un climat de confiance permettant la suite des négociations. Redonner de la transparence dans ces négociations, tant les décisions ont jusqu’alors été prises dans une totale opacité à l’égard des salariés et de leurs représentants. Enfin, redonner des gages de respect, avec des mesures à la hauteur de l’investissement des salariés dans leur travail et dans l’usine. » Hormis le site de Campbon, la CFDT se bat pour que les autres usines du groupe concernées par les restructurations – deux sites d’Euroserum, l’un à Saint-Martin-Belle-Roche (Saône-et-Loire), l’autre à Benestroff (Moselle) ainsi que le site de séchage de Malestroit (Morbihan) – puissent bénéficier du meilleur accompagnement possible.