Renouer avec l’accord de Paris

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iconeExtrait de l’hebdo n°3797

La COP26, qui s’est ouverte à Glasgow le 1er novembre, va-t-elle permettre de relancer le combat planétaire contre le réchauffement climatique ? C’est tout l’enjeu de cette conférence marquée par le retour des États-Unis sur ce dossier. Selon Philippe Portier, secrétaire national chargé de la transition écologique, il y a des raisons d’être optimiste. Interview.

Par Jérôme Citron— Publié le 02/11/2021 à 13h00

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© Laurent Grandguillot/RÉA

Quels sont les enjeux de la COP26 ?

L’accord de Paris, en 2015, a fixé des enjeux, notamment celui de la neutralité carbone en 2050. Depuis, les État comme les entreprises ont pris des initiatives mais on est bien obligé de constater que l’on a pris du retard sur la trajectoire prévue. Un des enjeux de la COP26, qui se tient à Glasgow (Écosse) ces jours-ci, est d’étudier les mesures à prendre pour recoller à cette trajectoire ; rattraper le temps perdu, en quelque sorte. Pour le dire autrement, l’enjeu de la COP26 est de savoir comment on met en œuvre l’accord de Paris. Rappelons-nous que les États à Paris étaient convenus de contenir le réchauffement climatique mondial en deçà des 2 °C, l’objectif étant 1,5 °C.

Est-il possible de rattraper le temps perdu ?

Toute décision qui permettrait de rectifier la trajectoire pour se rapprocher de celle prévue dans l’accord de Paris est bonne à prendre. À Glasgow, les État pourraient par exemple décider de nouveaux financements pour les pays du Sud. Je suis plus optimiste qu’il y a deux ou trois ans. Donald Trump a été remplacé par Joe Biden, qui s’est ressaisi de l’enjeu climatique. Les États-Unis sont de nouveau dans le jeu, ce qui change la donne. Par ailleurs, la Chine s’est engagée sur une neutralité carbone en 2060, et l’Europe a renforcé ses engagements. Il y a donc des éléments qui laissent penser que des décisions importantes peuvent être prises.

Quelles peuvent en être les conséquences pour l’économie française ?

Dans la période, beaucoup d’études cherchent à voir comment la France peut respecter ses engagements, notamment sur la question du mix énergétique. Ce qui est sûr, quels que soient les scénarios, c’est que l’on va devoir se transformer radicalement. Il va falloir développer très fortement les énergies renouvelables, toutes : l’éolien onshore et offshore ainsi que le photovoltaïque. En 2050, nous ne devrons plus utiliser de carburant fossile, d’où la question centrale de l’électricité, de sa production et de son stockage.

Cette révolution de l’énergie créera des opportunités dans certains secteurs et des restructurations dans d’autres. On sait par exemple que l’automobile va perdre des emplois dans les années à venir, et qu’il faut s’y préparer en misant sur l’accompagnement et la formation des salariés. C’est tout l’enjeu de la transition, qui doit être à la fois écologique et sociale.

Quel est le rôle de la CFDT dans cette transition écologique et sociale ?

Tout d’abord, la CFDT soutient totalement l’accord de Paris et la lutte contre le réchauffement climatique. Il n’y a aucune discussion là-dessus. Cela dit, notre rôle est de tout faire pour que cette transition soit juste socialement. Nous devons notamment faire en sorte que les entreprises anticipent les changements afin que les salariés qui verront leurs emplois supprimés puissent se reconvertir. Nous devons aussi veiller à ce que cette transition n’aggrave pas les inégalités au sein de la société. Rappelons que les hauts revenus émettent davantage de CO2 car leurs maisons sont plus grandes, leurs voitures plus grosses et qu’ils prennent plus souvent l’avion. C’est une donnée à prendre en compte lorsqu’on réfléchit à la transition. Les efforts doivent être équitablement répartis.

L’ensemble du monde syndical est-il sur cette ligne ?

À l’échelle européenne, la question est difficile car les pays n’ont pas les mêmes efforts à fournir. Quand on pense, par exemple, à l’Allemagne ou à la Pologne, c’est très compliqué car elles ont encore une économie qui dépend beaucoup du charbon. Plusieurs dizaines de milliers d’emplois sont en jeu, ce qui rend la transition écologique particulièrement difficile. Il existe donc des résistances qui se comprennent très facilement.
Si on réfléchit à l’échelle de la France, il n’y a pas une organisation syndicale qui remette en cause l’accord de Paris. Après, c’est toujours plus facile de tenir ce discours quand on se trouve dans un bureau à la Confédération – et ce, quelle que soit l’organisation syndicale, d’ailleurs – que quand on est représentant des salariés dans une boîte qui va fermer.

Sur la question du réchauffement, la CFDT a fait le choix de travailler avec des associations environnementalistes dans le cadre du Pacte du pouvoir de vivre. Qu’est-ce que cela apporte à l’organisation ?

Le Pacte du pouvoir de vivre constitue un cadre dans lequel on peut se parler, et on a eu beaucoup d’échanges avec des associations comme la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme (FNH), France Nature Environnement (FNE) ou encore le Réseau Action Climat (RAC). C’est en échangeant et en se parlant que l’on arrive à trouver une voie vers la transition juste. Les associations ont un tropisme environnemental très fort, et la CFDT est pour sa part très orientée sur le social. La confrontation des deux visions donne quelque chose d’équilibré et de praticable. C’est évidemment tout l’intérêt du Pacte du pouvoir de vivre. On apprend à se connaître, à se parler, à respecter la parole de l’autre… même quand on ne partage pas complètement son point de vue. On va au fond des choses.

Quel rôle peuvent jouer les élus CFDT dans les entreprises ? La question du réchauffement paraît tellement hors de portée…

La loi climat qui vient d’être votée fait entrer officiellement la question environnementale dans le dialogue social. Tout dépend de la qualité du dialogue social, mais il est certain que les élus du personnel ont un rôle à jouer pour alerter les directions, les pousser à anticiper et s’assurer que tout soit mis en œuvre pour ne pas laisser les salariés sans solution.
Il faut à mon sens distinguer les entreprises qui sont directement impactées, parce que leurs produits sont plus gris que verts, des entreprises pour lesquelles les efforts doivent porter sur la décarbonation de leur activité. Le rôle des élus ne sera pas tout à fait le même.
Enfin, les élus peuvent aussi agir à travers les activités sociales et culturelles du comité social et économique. Il peut y avoir une réflexion sur les activités proposées. Peut-être que le voyage de trois jours en avion n’est pas ce qu’il y a de mieux pour la planète… Il y a aussi des choses à inventer dans les territoires en matière de circuit court notamment. On peut s’emparer de ce sujet syndicalement aussi bien dans l’entreprise et en dehors d’elle. C’est extrêmement riche.

Pourtant, ne ressent-on pas souvent comme une forme d’impuissance ou de malaise sur cette question du réchauffement ?

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

Il n’est pas anormal qu’un tel bouleversement suscite des réactions contrastées. Il me semble qu’une des principales difficultés aujourd’hui est la défaillance du politique, qui ne parvient pas à dessiner un chemin clair et cohérent. Il n’y a pas de discours enthousiasmant pour porter cette transition écologique et sociale. Le risque est alors de ne retenir de cette période que les difficultés. N’oublions pas les opportunités.