Quand les agents de services hospitaliers deviennent aides-soignants

Depuis plus de cinq ans, le Syndicat Santé-Sociaux du Cher (18) a mis en place un dispositif d’accompagnement pratique et technique afin d’aider ses adhérents à progresser dans leur carrière. Ainsi, 80 agents des services hospitaliers (ASH) ont déjà pu valoriser leur savoir-faire, obtenir leur diplôme d’aide-soignant et changer de poste grâce à la validation des acquis de l’expérience (VAE). 

Par Guillaume LefèvrePublié le 11/05/2026 à 12h38

De gauche à droite : Magali Tauleron, Cybelia Serpin et Habiba Azouzi.
De gauche à droite : Magali Tauleron, Cybelia Serpin et Habiba Azouzi.© Cyril Badet

 «Je suis excitée à l’idée d’être diplômée et j’ai hâte de pouvoir faire partie de l’équipe soignante », explique Cybelia Serpin, 23 ans, agente des services hospitaliers au sein de l’Ehpad de Graçay (Cher). Présente dans l’établissement depuis plus de trois ans, la jeune femme, qui est aussi maman d’une petite fille de six mois, s’est engagée, avec le soutien de la CFDT Santé-Sociaux du Cher, dans une démarche de validation des acquis de l’expérience (VAE). Ce dispositif national permet de faire reconnaître officiellement les compétences acquises « sur le tas » dans le cadre de l’expérience professionnelle, afin d’obtenir tout ou partie d’un diplôme, sans avoir à reprendre une formation classique.

Encore faut-il franchir le pas. Les freins sont nombreux : dossier à constituer, peur de l’échec, sentiment d’illégitimité ou encore manque de temps. « Parce que ce n’est jamais facile de se lancer, parce qu’il y a toujours une raison de ne pas le faire, résume Habiba Azouzi, secrétaire départementale de la CFDT Santé-Sociaux du Cher. C’est pourquoi nous avons voulu faire en sorte de donner les moyens à nos collègues d’évoluer dans leur carrière grâce à un accompagnement sur mesure, du montage du dossier au passage devant le jury. »

“Toute seule, j’aurais peut-être osé mais je me serais loupée ”

« Je ne me voyais pas du tout retourner sur les bancs de l’école, ce n’est pas vraiment fait pour moi », explique Cybelia Serpin, qui a quitté le lycée avant le bac, après une fin de scolarité perturbée par la pandémie de Covid-19. Quand les cours étaient maintenus, l’enseignement à distance a rendu le suivi difficile. Rien ne prédestinait alors celle qui souhaite aujourd’hui devenir aide-soignante à se diriger vers le soin. Après avoir été préparatrice de commandes puis avoir été recalée de l’armée pour un motif médical, elle découvre par une offre d’emploi le métier d’agent des services hospitaliers.

« J’ai tout de suite aimé ce travail, mais j’ai aussi rapidement su que je voulais pouvoir en faire plus pour les résidents », explique Cybelia. Elle exerçait alors dans un établissement lyonnais, mais s’est heurtée à la réticence de sa hiérarchie. Un déménagement dans le Cher plus tard, elle retrouve un poste… et rencontre la CFDT. « Les filles m’ont tout de suite encouragée à passer mon diplôme d’aide-soignante,
se souvient la jeune femme. Toute seule j’aurais peut-être osé, mais je me serais sûrement loupée. »

Ce changement de cap n’est en effet pas évident. Il suppose de se former et de faire reconnaître ses acquis pour pouvoir passer d’un métier à un autre, dont les contours sont, en théorie, bien définis : l’agent de services hospitaliers (ASH) intervient dans l’entretien des locaux, l’hygiène des chambres, la gestion du linge ou encore la logistique des repas, tandis que l’aide-soignante contribue aux soins d’hygiène et de confort (toilette, habillage, aide aux repas), accompagne les personnes dans les gestes de la vie quotidienne, surveille leur état de santé et transmet les informations au reste de l’équipe soignante.

Glissement de tâches

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Guillaume Lefèvre
Journaliste

En théorie, donc, les deux métiers restent bien distincts. Dans la pratique, la réalité est plus nuancée, et les frontières tendent à s’estomper, que ce soit à l’hôpital ou en Ehpad. Faute de personnel, avec des effectifs en tension, il n’est pas rare que les ASH prêtent main-forte au reste de l’équipe et développent de fait des compétences proches de celles des aides-soignants. « Certaines missions sont transférées vers les ASH sans que cela corresponde à leur qualification initiale ni à leur niveau de rémunération, détaille Magali Tauleron, secrétaire adjointe de la section CFDT du Centre hospitalier de Vierzon. C’est ce que l’on appelle le glissement des tâches. » Cette aide-soignante et référente VAE pour le syndicat sait de quoi elle parle.

Elle-même a bénéficié de cet accompagnement quelques années auparavant.

Autre point important, l’obtention du diplôme d’aide-soignant permet une évolution statutaire et financière. Il ouvre l’accès à plus de responsabilités, à des missions centrées sur le soin et à une intégration pleine et entière au sein de l’équipe soignante. En plus d’être une juste reconnaissance du travail, le changement de poste s’accompagne d’un passage de la catégorie C à la catégorie B et d’une revalorisation salariale d’environ 300 euros mensuels.