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Quel avenir pour la formation professionnelle ?
Les entreprises françaises misent toujours sur la formation professionnelle pour rester compétitives et répondre aux évolutions de leurs activités. Mais, depuis la crise sanitaire, la manière de former semble évoluer, tout comme le contenu des formations. Explications avec Agnès Checcaglini, économiste, ingénieure au Céreq.

Vous étudiez le comportement des entreprises européennes en matière de formation professionnelle. Quelle sont les spécificités en France ?
Les entreprises françaises font partie des bonnes élèves de l’Europe. La dépense en matière de formation professionnelle se situe dans la moyenne haute, même s’il est vrai que notre avance tend à se réduire. Les pays de l’Europe de l’Est comblent en effet progressivement leur retard pour atteindre le standard des pays les plus avancés de l’Union.
En France, comme dans la plupart des pays, une grande inégalité d’accès à la formation des salariés existe, selon la taille des entreprises. Seule consolation : lorsque les petites entreprises forment leurs salariés, elles ont tendance à le faire sur des durées plus longues que dans les grandes entreprises.
Quelles sont les évolutions majeures que vous avez pu constater ?
La pratique des entreprises françaises se caractérise depuis toujours par une place importante donnée aux formations dites classiques, c’est-à-dire des formations en cours (en présentiel ou à distance) que l’on distingue des formations sur le poste de travail.
En 2020, 63,3 % des entreprises françaises de plus de 10 salariés ont formé leurs salariés au moyen de cours (en Europe, 50,7 % des entreprises) contre 38,8 % des entreprises qui ont formé dans des situations de travail (en Europe, 43,1 % des entreprises). Les dernières études montrent toutefois que la France s’ouvre de plus en plus aux formations sur le poste de travail, même si on ne sait pas encore s’il s’agit d’un changement structurel de pratique ou d’une parenthèse due à la crise sanitaire.
“Dans l’agriculture et dans l’hébergement-restauration, le taux de participation financière des employeurs à la formation s’élève à moins de 2 % de la masse salariale.”
Le contenu des formations a-t-il aussi changé ?
Depuis la réforme de 2018, les entreprises françaises ont tendance à davantage financer des formations techniques, spécifiques aux postes de travail, pour répondre à leurs besoins immédiats et à maintenir les compétences de leurs salariés. Les formations en langues étrangères, par exemple, sont en net repli. Les salariés qui souhaitent en suivre sont encouragés à mobiliser leur CPF [compte personnel de formation]. Il y a une forme de partage des rôles qui s’est installé entre les formations à l’initiative de l’employeur et celles à l’initiative des salariés.
Les entreprises n’ont donc pas délaissé la formation professionnelle, comme certains discours le laissent entendre ?
Non, l’investissement des entreprises dans la formation n’a pas baissé. Selon les derniers chiffres de l’Insee, les entreprises consacraient 3,7 % de leur masse salariale à la formation en 2023 (3 % en 2020) avec de fortes disparités selon les secteurs.
Dans l’agriculture et dans l’hébergement-restauration, le taux de participation financière des employeurs à la formation s’élève à moins de 2 % de la masse salariale.
À l’inverse, les secteurs des transports et de l’industrie présentent des taux de participation financière supérieurs à la moyenne (près de 5 %). L’effort de formation est maximal dans les services financiers et d’assurance (5,6 %). Pour résumer, plus le secteur compte des entreprises de grande taille et de cadres, plus l’investissement
en formation est important.