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Extrait de l'hebdo n°4028
Comme il l’avait annoncé fin juin, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a convié les partenaires sociaux à un groupe de travail consacré au risque chaleur. La première réunion a eu lieu le 17 septembre.

« Afin de tirer les enseignements des épisodes récents au travers d’un retour d’expérience partagé », les partenaires sociaux mais aussi plusieurs organismes de prévention des risques professionnels1 se sont réunis au ministère du Travail pour lancer des travaux après l’été 2026, le plus chaud jamais enregistré depuis 1900. Par cette démarche, a précisé le ministre, il s’agit d’« anticiper collectivement » les mesures qui s’imposent avant l’été 2027 pour garantir la protection des travailleurs et assurer la continuité de l’activité économique.
Privilégier la voie du dialogue social
Dans cette optique, Jean-Pierre Farandou privilégie la voie du dialogue social – la proximité de l’élection présidentielle rendant, selon lui, la voie législative plus complexe à mobiliser dans les mois qui viennent. Ce groupe de travail doit ainsi permettre de préparer de futures négociations de branches sur le sujet.
Car en dépit du décret de mai 2025 – qui préconise d’aménager les horaires et les postes de travail, de fournir de l’eau potable et des équipements de protection individuels adaptés en cas de fortes chaleurs –, l’été 2026 a dramatiquement mis en lumière l’absence de prise en compte du risque chaleur dans les plans de prévention des entreprises. En mai 2026, l’inspection du travail a pourtant été sollicitée en urgence par instruction ministérielle pour renforcer les contrôles sur place, et les préfets des départements en vigilance rouge météo ont été incités à faire usage de leur pouvoir de police en vue de stopper des travaux en extérieur aux heures les plus chaudes.
Mais avec 53 jours de chaleur intense relevés par Météo France durant l'été, les travailleurs ont pâti du manque d’anticipation des employeurs lorsque la canicule dure plusieurs semaines. Même si, à ce jour, il n’existe pas de bilan consolidé par la Direction générale du travail et qu’il ne faut pas confondre décès liés à la chaleur et accidents du travail, les données sanitaires disponibles donnent une idée de l’intensité de l’exposition : l’été 2026 a été marqué par une surmortalité exceptionnelle avec près de 8 000 décès enregistrés lors des trois principaux épisodes de canicule, selon les chiffres provisoires de Santé publique France.
Passer de la recommandation à l’obligation
« Un employeur de la métallurgie qui refuse d’acheter des ventilateurs ; 57 °C relevés dans le service de restauration d’un CHU ; une agente du ministère des Armées affectée seule dans un bureau sans climatisation, mise sous perfusion pour déshydratation… : il faut maintenant passer de la recommandation à l’obligation ! », a décrété la CFDT lors de ce premier tour de table. « La question n’est plus de savoir si le changement climatique va transformer le travail, mais à quelle vitesse nous sommes capables d’anticiper ses effets. Chaque entreprise et chaque établissement public doivent élaborer un plan de continuité d’activité en cas de vague de chaleur, au même titre qu’il en existe déjà pour d’autres risques majeurs. »
Le risque chaleur doit, selon la CFDT, être pleinement intégré au Duerp2 afin de déclencher les plans d’action nécessaires visant à adapter l’organisation du travail et des locaux en fonction du niveau d’exposition des entreprises au risque chaleur.
Mais l’évaluation de ce risque, laissée jusqu’ici à la bonne volonté de l’employeur, ne peut pas être conditionnée aux seuls relevés de température : un même seuil peut correspondre à des niveaux de danger très différents selon qu’il s’agit d’un bureau climatisé, d’un chantier extérieur ou d’une cuisine industrielle. Le danger réel pour la santé dépend, in fine, de la combinaison de plusieurs facteurs. « Fixer un seuil unique pourrait faire courir le risque qu’il devienne dans les faits un plafond plutôt qu’un plancher, avertit Isabelle Mercier, secrétaire nationale chargée de la santé au travail. En revanche, dans les secteurs où la présence syndicale est faible ou la négociation collective est peu effective, un seuil légal garantirait un socle minimal de droits et la possibilité qu’aurait l’inspection du travail de sanctionner sur un critère objectif de manquement. »
La CFDT a également mis l’accent sur la nécessité d’organiser un dialogue interministériel afin de prendre en compte la situation de tous les travailleurs. Car mettre en place le « bouclier social climatique » qu’elle appelle de ses vœux suppose que le dialogue social – outil indispensable de construction des réponses face aux risques climatiques – soit activement soutenu par l’ensemble des acteurs privés et publics.
Des conclusions attendues en décembre 2026
Quatre séances seront encore organisées d’ici à la fin de l’année. Cette première session aura permis de recueillir les attentes des organisations d’employeurs et de salariés. En octobre, un plan gouvernemental « températures extrêmes » (incluant les tempêtes et les inondations à la veille de la période hivernale) sera à l’étude, le congé climat faisant aussi partie des pistes à envisager. Les travaux se poursuivront en novembre, fondés sur des retours de terrain et des ateliers participatifs en vue de la remise d’un rapport au ministre à la mi-décembre.
« Mais ce groupe de travail ne peut pas s’arrêter en décembre. Les réponses publiques doivent être suivies, évaluées et corrigées », a fait remarquer la CFDT, le suivi pouvant être confié au CNPST3, déjà mobilisé sur le plan santé au travail 2026-2030. De plus, les effets du changement climatique dépassant très largement les seules questions de santé au travail et de protection des travailleurs, le plan gouvernemental devra s’articuler avec une vision plus globale de l’adaptation au changement climatique à l’échelle des territoires. Parce que la qualité de vie au travail s’avère indissociable de la qualité de vie tout court.