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Chez KaliStrut Aerospace, une APLD au lieu d’un PSE

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iconeExtrait de l’hebdo n°3763

À l’automne 2020, la direction avait annoncé un PSE visant 80 suppressions de postes. Finalement, c’est un accord APLD qui sera signé en décembre, avec des engagements en matière d’emploi et de formation. Une belle victoire pour le dialogue social.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 02/02/2021 à 13h00

Les trois négociateurs CFDT (de gauche à droite) : Serge Coissieu, élu au comité social et économique de KaliStrut Aerospace, François Ménétrieux et Luc Martin (délégué syndical).
Les trois négociateurs CFDT (de gauche à droite) : Serge Coissieu, élu au comité social et économique de KaliStrut Aerospace, François Ménétrieux et Luc Martin (délégué syndical).© DR

Les fêtes de la fin de l’année 2020 ont sans doute eu une saveur particulière pour les 196 salariés de KaliStrut Aerospace du site de Saint-Vallier (Drôme) et leurs familles. À la mi-décembre, la CFDT en intersyndicale avec la CGT ont réussi à obtenir de la direction la signature d’un accord d’activité partielle de longue durée (APLD) d’une durée de deux ans en lieu et place du PSE annoncé trois mois plus tôt. Ce revirement de situation, inespéré, est le fruit d’une intense mobilisation et d’un travail acharné pour démontrer la pertinence d’une solution d’évitement du plan social.

Un risque de pertes de compétences

Depuis des mois, l’entreprise spécialisée dans la fabrication de bielles métalliques destinées à l’aéronautique (pour avions et hélicoptères, avec Airbus comme principal client) ne cachait pas ses difficultés : carnet de commandes trop peu rempli, baisse du chiffre d’affaires… « On fonctionnait en mode dégradé, avec une perte de plus de 40 % du chiffre d’affaires », résume Serge Coissieu, élu au comité social et économique (CSE), l’un des trois négociateurs CFDT.

« Avec 80 postes en moins sur 196, on a mis au défi la direction de prouver qu’il était possible de continuer à tourner. Nous aurions perdu trop de compétences. Sur notre site, nous avons des machines modernes mais aussi de très anciennes, qui nécessitent des savoir-faire particuliers et longs à acquérir. »

Serge Coissieu, l’un des trois négociateurs CFDT de KaliStrut Aerospace

L’annonce, en septembre dernier, d’un plan social éliminant 80 postes n’en est pas moins brutale et pousse la CFDT à réagir vite : « Avec 80 postes en moins sur 196, on a mis au défi la direction de prouver qu’il était possible de continuer à tourner. Nous aurions perdu trop de compétences. Sur notre site, nous avons des machines modernes mais aussi de très anciennes, qui nécessitent des savoir-faire particuliers et longs à acquérir. »

Les syndicats pointent très tôt le risque qui consiste à se séparer de salariés dont les compétences seraient impossibles à retrouver une fois venu le temps de la reprise. La direction s’entête, revient quelques semaines plus tard avec un nouveau PSE, réduit à 52 suppressions de postes. « Pour l’équipe, ce n’était toujours pas acceptable. Lors de la réunion extraordinaire du CSE, nous avons demandé l’intervention d’un expert. C’est ce qui a marqué un tournant… », indique Serge.

Des économies faites grâce à l’APLD

« Dès le départ, la force de l’équipe syndicale a été de se positionner en faveur de scénarios évitant plan social », reconnaît Florian Delvaux, expert chez Secafi, qui a accompagné l’équipe tout du long. Il a tôt fait d’apporter des arguments qui vont peser dans la décision de la direction d’engager la négociation d’une APLD. Il parvient d’abord à démontrer plusieurs insuffisances du plan social, qu’il estime largement sous-évalué : les frais associés aux mesures d’accompagnement n’ont clairement pas été suffisamment pris en compte. « Grâce à l’APLD, l’entreprise pouvait à l’inverse faire des économies suffisantes lui permettant de passer ce cap difficile », précise Serge.

Résultat, « en six semaines et une dizaine de réunions avec la direction et l’expert, nous avons réussi à boucler l’accord ». Soulignant l’intense travail des négociateurs – y compris auprès des salariés quand il s’agissait de les consulter et les tenir informés des avancées des pourparlers, Florian Delvaux en pointe aussi l’importance : « L’équipe a fait un remarquable travail de sondage auprès des salariés afin d’organiser au mieux le futur fonctionnement de l’entreprise, dans la configuration d’activité partielle, pour que celle-ci s’organise de manière équilibrée et équitable. »

Les négociateurs CFDT ovationnés par les salariés

Pour Serge, cela ne fait aucun doute : « Notre implication dans la négociation, notre attachement à l’entreprise et notre détermination à montrer qu’il y avait une alternative possible et rentable au PSE ont été déterminantes. » Le soutien sans faille du Syndicat CFDT de la Métallurgie Drôme-Ardèche a également compté. Son secrétaire général, Marc Bénistand, n’a pas ménagé ses efforts et à alerter les acteurs du territoire en faveur de la filière aéronautique. « Nous ne voulons pas rester les spectateurs d’une crise hors norme mais acteurs, pour redonner une dynamique à cette filière fortement touchée », plaide-t-il.

Le 15 décembre 2020, jour de la signature, les négociateurs ont été ovationnés par les salariés. Après des semaines intenses, « extrêmement stressantes », les syndicalistes savourent cette victoire. Et entre militants, la lutte a resserré les liens. De même avec les salariés, qui « ont pris la mesure de l’intérêt du syndicalisme », conclut Serge. En tout cas, la belle victoire des KaliStrut fait d’ores et déjà école puisque Permaswage (une société du groupe américain Precision Castparts Corp. [PCC], à l’instar de KaliStrut Aerospace), basée aux Clayes-sous-Bois, dans les Yvelines, a également négocié un accord APLD d’une durée de deux ans qui remplace le plan social initialement prévu. Ainsi, 73 personnes ont pu passer de joyeuses fêtes de fin d’année…