Plan d’électrification : un cap, des mesures… mais pas de financements

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icone Extrait de l'hebdo n°4006

Sortir des énergies fossiles, renforcer la souveraineté énergétique du pays et protéger le pouvoir d’achat. Tel est l’objectif du vaste plan d’électrification dont le Premier ministre a détaillé les premières mesures ce 10 avril. S’il donne un cap bienvenu, ce plan suscite encore de nombreuses interrogations, notamment en matière de financements.

Par Emmanuelle PiratPublié le 14/04/2026 à 12h00

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© Arthur Hervé/RÉA

On attendait une vraie feuille de route. C’est finalement un tout petit bout du voile de ce qui doit être un grand plan d’électrification des usages qui a été levé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le 10 avril dernier. Attendu depuis plusieurs semaines, le plan global, censé embrasser le logement, les transports, l’industrie et le numérique, attendra donc encore un peu. Mais le contexte de flambée des prix des énergies fossiles, depuis le début du conflit au Moyen-Orient, a très certainement contribué à cette prise de parole du chef du gouvernement.

L’électrification est en effet un enjeu stratégique : elle doit permettre de sortir des énergies fossiles (dont la France dépend encore pour 60 % dans sa consommation globale d’énergie) et de renforcer la souveraineté énergétique. « Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons à payer les guerres des autres, a d’ailleurs déclaré le Premier ministre. L’énergie n’est pas seulement un marché, c’est un enjeu de sécurité nationale. » Le cap est donc ambitieux.

Le retour du leasing social

En matière de mise en pratique, le gouvernement a annoncé le quasi-doublement du soutien à l’électrification des usages, le faisant passer de 5,5 à 10 milliards d’euros par an. Cela concernera le chauffage (« faire du chauffage électrique la norme là où il est encore l’exception ») mais aussi les transports. Le gouvernement entend ainsi « changer de modèle et changer d’échelle » avec l’objectif, d’ici à 2030, d’avoir « deux voitures neuves sur trois [qui seront] électriques ».

Il est demandé aux constructeurs de mettre 400 000 nouveaux véhicules électriques sur le marché d’ici à 2027 et un million d’ici à 2030. Un dispositif de leasing social sera réactivé d’ici à juin 2026, avec une première offre de 50 000 véhicules électriques. Des aides à l’électrification des outils de travail (destinées aux artisans et commerçants comme les boulangers, les restaurateurs) sont également annoncées. Voilà pour l’essentiel des mesures.

Réorienter les aides

Le questionnement porte essentiellement sur les moyens, le temps du « quoi qu’il en coûte » étant révolu. Le Premier ministre a d’ailleurs insisté pour que cela se fasse « sans moyens supplémentaires » et en réorientant certaines aides, car « il faut tenir les déficits ». L’enveloppe proviendra principalement des certificats d’économies d’énergie, un dispositif non budgétaire payé par les fournisseurs d’énergie (mais indirectement par les ménages).

« Ces choix de financement posent question », réagit la CFDT, qui dénonce le flou autour de la faisabilité du plan. « Ces annonces ne peuvent pas être une fin en soi. La CFDT demande désormais un véritable plan d’action coconstruit avec les partenaires sociaux et les filières, reposant sur une gouvernance démocratique, fondé sur des engagements clairs, vérifiables et ambitieux, et non sur une addition de mesures dispersées. Ce plan devra définir les investissements prioritaires, les besoins en emplois et en compétences, les conditions d’industrialisation ainsi que l’accompagnement social dans les territoires. »

Quid de la sobriété énergétique ?

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Emmanuelle Pirat
Journaliste

Enfin, il manque dans les déclarations du Premier ministre tout un volet sur la nécessaire sobriété, « organisée collectivement », et une efficacité énergétique ambitieuse, « indispensables pour sortir réellement des énergies fossiles », rappelle la CFDT.