Pénuries de recrutement : le gouvernement alloue des moyens supplémentaires à la formation professionnelle

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iconeExtrait de l’hebdo n°3792

Le Premier ministre a dévoilé le 27 septembre son “plan de réduction des tensions de recrutement”. Ce plan repose sur la très controversée réforme de l’assurance chômage, sur le travail des branches pour revaloriser les métiers et sur un plan d’investissement de 1,4 milliard d’euros pour former les salariés et les demandeurs d’emploi.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 28/09/2021 à 12h00

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© Arnaud Hébert/RÉA

Lors d’un déplacement à Châtellerault le 27 septembre, Jean Castex a précisé la stratégie du gouvernement en vue d’aider les entreprises à faire face à leurs problèmes de recrutement et de réduire le chômage de longue durée. « Les pénuries touchent aujourd’hui tous les secteurs, tous les niveaux de qualification ; c’est le sujet numéro un des entrepreneurs », indique son cabinet. « La reprise est beaucoup plus forte que prévu et le chômage atteint un niveau qui ne peut pas être satisfaisant. » Les derniers chiffres font état de près de 5,9 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C, en baisse de 0,7 % au mois d’août.

Face à cette situation paradoxale, le gouvernement veut faire jouer trois leviers, à commencer par l’entrée en vigueur de sa réforme de l’assurance chômage, alors même que toutes les organisations syndicales, CFDT en tête, y sont opposées. Une récente étude de la Dares en montre d’ailleurs l’inutilité. Les deux autres volets du plan gouvernemental sont plus consensuels. Le travail sur l’attractivité des métiers et la revalorisation des salaires se poursuit, selon le cabinet du ministre : « Quelques branches professionnelles ont déjà commencé un cycle de négociation. »

Investir dans les compétences, une parade contre le chômage

Mais le principal objectif, « le cœur des mesures nouvelles », affirme Jean Castex, est l’investissement dans la formation professionnelle : « Celle des salariés en poste mais aussi de ceux qui passent d’une entreprise à une autre dans le cadre de reconversions, avec le dispositif des transitions collectives, qui sera simplifié, et celle des demandeurs d’emploi. » À cet effet, le gouvernement débloque une enveloppe de 1,4 milliard d’euros supplémentaires, qui doit être mobilisée en 2021 et 2022.

Sur ce montant global, 600 millions sont disponibles « dès maintenant » dans le cadre du FNE-Formation, pour les salariés des entreprises de 51 à 300 salariés qui, depuis la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, étaient exclus des fonds de mutualisation. C’est d’ailleurs un motif de satisfaction pour la CFDT, qui avait pointé cette difficulté. Le gouvernement table sur 300 000 formations courtes, de 40 heures en moyenne, et 50 000 formations longues, de 400 heures environ.

Une autre partie de l’enveloppe globale, à hauteur de 560 millions d’euros, est consacrée à la formation des demandeurs d’emploi. Le gouvernement estime à 1,4 million le nombre de personnes sans emploi qui pourraient en bénéficier en 2022. Une attention particulière est portée aux chômeurs de longue durée, qui représentent aujourd’hui plus de 50 % des personnes inscrites à Pôle emploi.

Un contrat pro pour les chômeurs de longue durée

En effet, les 240 millions d’euros restants financeront une nouvelle prime à l’embauche de 8 000 euros, destinée aux entreprises qui recrutent un demandeur d’emploi de longue durée (ayant connu plus d’un an de chômage) en contrat de professionnalisation, dispositif d’alternance ouvert aux adultes. Cette mesure est valable toute l’année 2022 (contrairement à la prime à l’embauche de jeunes alternants, de 5 000 ou 8 000 euros selon l’âge, récemment reconduite jusqu’au 30 juin 2022).

« Ces annonces sont un signal positif, et la cible, petites entreprises et demandeurs d’emploi de longue durée, est pertinente, indique-t-on au service emploi et sécurisation des parcours professionnels de la CFDT. Après, tout est une question d’accompagnement des personnes, mais aussi des entreprises ; il serait intéressant de réinterroger la façon dont les entreprises investissent dans le développement des compétences, et de veiller à l’efficacité des parcours de formation des personnes. »

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

En ce qui concerne les demandeurs d’emploi de longue durée, la CFDT a, dans un récent document, indiqué ses pistes de solution au gouvernement : « Une assurance chômage qui sécurise le revenu d’une grande partie des chômeurs de longue durée, un accompagnement renforcé pour accéder à l’emploi et y rester, assorti de périodes d’immersion et de tutorat, et une responsabilisation de tous, particulièrement des entreprises, par le biais notamment d’accords RSE. »