Opération solidarité avec les étudiants

iconeExtrait du magazine n°482

La crise sanitaire a durement impacté les étudiants et fragilisé bon nombre d’entre eux. Dans les Hauts-de-France, région qui compte 230 000étudiants dont un tiers de boursiers, l’Union régionale interprofessionnelle (URI) CFDT se mobilise. Après une première édition à Lille, en septembre dernier, elle organisait une distribution de produits d’hygiène sur le campus d’Amiens, le 2mars dernier. D’autres opérations devraient suivre…

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 01/04/2022 à 09h00

La CFDT des Hauts-de-France organise une distribution de produits d'hygiène à destination des étudiants, à Amiens, Mars 2022.
La CFDT des Hauts-de-France organise une distribution de produits d'hygiène à destination des étudiants, à Amiens, Mars 2022.© Emmanuelle Marchadour

Une file de plusieurs dizaines de mètres s’étire devant le stand installé aux portes du restaurant universitaire du campus d’Amiens. Il est midi, ce mercredi 2 mars, et la distribution bat son plein. Sur les tréteaux, des produits d’hygiène : savon, shampooing, tubes de dentifrice, serviettes hygiéniques, coton… Munis de sacs orange floqués CFDT, que leur a remis l’équipe de militants qui s’active depuis le matin, les étudiants, un peu intimidés, s’avancent.

Chloé, Lauriane, Lukas et leurs camarades de la filière génie mécanique avec leur sac bien rempli.
Chloé, Lauriane, Lukas et leurs camarades de la filière génie mécanique avec leur sac bien rempli.© Emmanuelle Marchadour

« Bonjour, vous connaissez la CFDT ? Nous savons que cela a été compliqué pendant la crise sanitaire… Les produits d’hygiène sont chers et les budgets des étudiants pas extensibles ; c’est pourquoi nous avons décidé d’organiser cette distribution. Il n’y a pas de caisse au bout, tout est gratuit. Bien sûr, vous ne prenez que ce dont vous avez besoin, pour que le maximum d’étudiants en profite aussi », répète Perrine Mohr, de l’URI CFDT des Hauts-de-France, chargée du dossier Jeunes.

Perrine Mohr, de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Hauts-de-France.
Perrine Mohr, de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Hauts-de-France.© Emanuelle Marchadour

Océane, étudiante en première année de psycho, retient difficilement son émotion : « Vraiment, ça fait du bien au moral de voir qu’on n’est pas tout seul, qu’il y a du soutien, une solidarité. » Elle et son amie Albanne, également en première année de psycho, sont boursières.

En rupture avec leur famille, elles n’ont d’autres subsides que leur bourse (570 euros mensuels pour Océane, 490 euros pour Albanne), quelques baby-sittings et un emploi de vendeuse de temps à autre. « À la fin du mois, c’est galère », résume Océane. « Heureusement, on se soutient. » Mais, pour l’instant, la jeune fille ne peut pas envisager de passer le permis. « Je n’en ai pas les moyens. »

Elle s’inquiète également pour l’été prochain, car le versement des bourses est interrompu pendant deux mois l’été. Alors oui, « une telle distribution, c’est très utile ».

L’URI CFDT des Hauts-de-France a choisi de
distribuer des produits d’hygiène souvent trop
chers pour les petits budgets des étudiants.
L’URI CFDT des Hauts-de-France a choisi de distribuer des produits d’hygiène souvent trop chers pour les petits budgets des étudiants.© Emmanuelle Marchadour

Chaque euro compte

Même écho auprès de Jenifer, Manon et Maurane, trois étudiantes en première année de Staps, aux sacs CFDT bien remplis. « Cela nous a permis d’économiser entre 30 et 40 euros. » Et pour chacune, ce n’est pas rien. Jenifer est boursière (570 euros). Elle travaille deux jours chez Lidl pour compléter. Ainsi, le lundi matin, elle prend son poste à 6 heures et enchaîne avec une journée de cours.

Pour Maurane et Manon, qui habitent à plus d’une vingtaine de kilomètres et viennent en voiture, le prix du carburant s’ajoute aux préoccupations, au point de renoncer à certains cours. « Nous avons des cours six jours sur sept. On ne peut pas venir tous les jours sinon cela nous coûterait trop cher. On en est déjà à deux pleins d’essence par mois », indiquent les étudiantes.

La majorité des étudiants rencontrés, qu’ils soient en médecine, commerce, ou autre, évoquent les mêmes difficultés, tiennent très précisément les comptes de leurs dépenses. Rares sont les étudiants dont les parents financent tout.

Sarah, Tracy et Euriell, trois étudiantes en cinquième année de médecine, boursières (au premier échelon, soit 100 euros par mois), apprécient elles aussi l’initiative. Vu le salaire de leur mi-temps au CHU d’Amiens (250 euros !), chaque euro compte. L’idée d’offrir des kits de protections périodiques réutilisables leur semble judicieuse. « À l’achat, cela fait un gros trou dans le budget », estiment-elles. Elles n’avaient donc jamais franchi le pas.

Ces kits ont été conçus et fabriqués par les salariés d’une entreprise d’insertion (lire ci-dessous), à laquelle l’Union régionale CFDT a commandé 500 lots spécialement pour la distribution du 2 mars.

Roger Deaubonne, proviseur à la retraite, et Stéphane Postel, responsable
du Syndicat des services de Picardie.
Roger Deaubonne, proviseur à la retraite, et Stéphane Postel, responsable du Syndicat des services de Picardie.© Emmanuelle Marchadour

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

« C’est une belle chaîne de solidarité, et on se sent utile », témoigne l’équipe de militants présents dans le cadre de l’opération – dont plusieurs membres du très actif Syndicat des services de Picardie. C’est d’ailleurs ce dernier qui avait été à la manœuvre lorsqu’il s’est agi d’organiser trois collectes de produits d’hygiène devant les hypermarchés d’Amiens en janvier et février dernier, afin de constituer les stocks en vue de la distribution. « Nous avons sollicité la générosité des citoyens d’Amiens », rappelle Stéphane Postel, secrétaire général du syndicat. « À la CFDT, on défend la solidarité intergénérationnelle. Là, on la fait vivre », conclut Roger Deaubonne, ancien proviseur à la retraite. Et, ce jour-là, 320 étudiants ont pu bénéficier de cette solidarité.

Atelier couture de kits de protection périodique  - Samiullah, jeune Afghan réfugié, dessine les futurs kits d’hygiène. Elise, en insertion au sein du Kiosque à couture – l’une des nombreuses activités de la structure d’insertion Ozange.
Atelier couture de kits de protection périodique - Samiullah, jeune Afghan réfugié, dessine les futurs kits d’hygiène. Elise, en insertion au sein du Kiosque à couture – l’une des nombreuses activités de la structure d’insertion Ozange. © Emmanuelle Marchadour

Le Kiosque à couture, un atelier d’insertion partenaire

Samiullah, jeune Afghan réfugié, dessine avec application les patrons des futurs kits d’hygiène. Élise, elle aussi en insertion au sein du Kiosque à couture – l’une des nombreuses activités de la structure d’insertion Ozange –, pique et coud avec précaution. Elle est heureuse de participer à ce projet de kits de protections périodiques lavables pour les étudiantes d’Amiens, dont l’idée initiale revient à Nathalie Lachambre, adhérente CFDT et membre du collectif « Règles solidaires », qui l’a proposée à l’Union régionale interprofessionnelle CFDT desHauts-de-France.

« Nous étions en train de monter un projet de distribution de produits d’hygiène quand Nathalie nous a contactés. Nous avons donc décidé de commander 500 kits », explique Nathalie Cagny, secrétaire générale adjointe de l’URI Hauts-de-France.

Le kit, composé de trois serviettes et d’une jolie housse en tissu, est produit localement. La réalisation de la commande a mobilisé l’atelier pendant plusieurs mois. « Nous avons travaillé sur le prototype puis réalisé les tests. La réalisation a occasionné de nombreux échanges avec les salariés, très impliqués dans le projet », souligne Brigit Morien, cheffe de service chez Ozange. Outre ces kits, les salariés de l’atelier proposent des retouches, confectionnent de très jolis ouvrages (pochettes, sacs, trousses…) avec des tissus recyclés (anciens vêtements, draps, rideaux…)et déclinent des créations originales, toujours grâce à la récupération de textiles.