“Nous voulons ancrer la question du travail dans le débat sociétal”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3850

Alors que le gouvernement devrait lancer dans les prochains jours les Assises du travail, revendiquées par la CFDT, que faut-il en attendre ? Catherine Pinchaut, secrétaire nationale chargée du travail, décrypte les enjeux et les modalités de ce rendez-vous incontournable pour le dialogue social.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 22/11/2022 à 13h00

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© Michel Gaillard/RÉA

Depuis quelques mois, la CFDT revendique des Assises du travail. D’où part cette volonté ?

La volonté de parler du travail en tant que tel n’est pas nouvelle à la CFDT. Mais on le voit, si le travail et son organisation occupent une place centrale dans notre vie quotidienne, il est encore trop souvent abordé de manière périphérique, limité aux questions d’emploi. Et puis la crise sanitaire est passée par là et a provoqué un électrochoc : les travailleurs de la deuxième ligne, l’hybridation du travail, son organisation… sont revenus sur le devant de la scène, obligeant les partenaires sociaux mais aussi l’État à faire du travail un sujet de dialogue et d’actions. Plus encore, nous voulons ancrer la question du travail dans le débat sociétal au côté des questions d’emploi ou d’environnement.

Le contexte nous est également propice : les problèmes d’attractivité de certains secteurs, le relatif faible taux de chômage et les remises en question des travailleurs (que ce soit à propos des conditions d’exercice de leur métier, de l’environnement managérial ou du sens du travail) montrent que le rapport de force est peut-être en train de s’inverser en faveur des salariés et de leurs représentants. À nous de savoir profiter de cette fenêtre de tir. Enfin, notre résolution de congrès ne nous invite-t-elle pas à faire du travail « une nouvelle conquête sociale » ?

Aujourd’hui, le gouvernement veut en faire un thème du Conseil national de la refondation. Est-ce une bonne nouvelle ?

Le gouvernement a repris notre idée et nous devons pouvoir nous en féliciter, même si nous ne sommes pas naïfs, sachant qu’entre nos ambitions et leur timing, le gap est réel. Mais nous sommes au début du processus. À nous de faire savoir la manière dont on entend mener ces Assises, sur le fond comme sur la méthode.

Justement, sur le fond, quelles sont les priorités que porte la CFDT ?

Il s’agit en premier lieu de s’interroger sur la conciliation des temps et les aménagements à apporter en matière d’horaires, de gestion et d’organisations de travail. S’il y a un enseignement à tirer de la crise sanitaire, c’est que nous avons peut-être besoin de davantage de souplesse – et c’est d’ailleurs ce que nous portons avec le Cetu (compte épargne-temps universel). Le lien entre les travailleurs et les organisations qui les emploient doit également être réinterrogé : l’individualisation des relations de travail a détourné les salariés des cadres collectifs qui existaient. Nous devons trouver une manière de développer de nouveaux repères et, pourquoi pas, de nouveaux moyens de représentation du personnel. Et puis, évidemment, il y a la question de la démocratie au travail et du droit d’expression des salariés. Il est plus que temps que les travailleurs pèsent sur les conditions de réalisation de leur travail et se fassent entendre !

Quelle forme cela peut-il prendre ?

Sur tous ces thèmes, il va falloir partager le diagnostic, identifier les actions et les déployer. Les enjeux n’étant pas de même nature, certaines solutions nécessiteront du temps et une maturité des acteurs, qui vont devoir sortir de leur zone de confort et envisager des pratiques innovantes. Car, pour nous, le but est bien de produire des solutions opérationnelles qui puissent se concrétiser dans le cadre de l’agenda social, d’expérimentations, de négociations (d’entreprise, interprofessionnelle…) ou d’évolution législative. C’est pourquoi nous préconisons un rendez-vous régulier, par exemple sous la forme d’une « COP travail » annuelle. Pas pour refaire le match à chaque fois, mais pour que chaque thématique trouve sa solution.

Comment embarquer les territoires et, plus largement, les militants ?

Je l’ai dit aux membres du Bureau national de la CFDT [réuni les 15 et 16 novembre], ces Assises ne seront pas un projet porté par la seule Confédération. Le travail fait partie de ces fondamentaux qui intéressent tous les travailleurs et qui constituent notre cœur de métier de syndicalistes. Or pour construire des solutions innovantes, il va falloir partir du réel, partager nos retours d’expérience en débattant du travail avec les militants, et retourner au contact des salariés ! Les enquêtes flash constituent un excellent outil permettant d’explorer pleinement les questions du travail. Les équipes qui s’en saisissent le savent bien. Et, pour ne rien gâcher, c’est aussi un magnifique vecteur de syndicalisation.