“Notre combat ? L’équité… pour tout le monde !”

temps de lectureTemps de lecture 7 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3843

À Saumur, l’équipe du centre hospitalier a négocié et signé deux accords déclinant localement les avancées du Ségur de la santé. À la clé, une vague de 118 titularisations d’agents et la création d’un pool de remplacement. Une bouffée d’oxygène pour les personnels et un signal fort envoyé aux agents à l’approche des élections professionnelles.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 04/10/2022 à 12h00

image
© Syndheb

Le tract réalisé par la section au lendemain de la signature, fin avril, des accords relatifs à la résorption de l’emploi précaire et à la création d’effectifs trône en bonne place dans les couloirs du centre hospitalier de Saumur (Maine-et-Loire) ainsi qu’aux portes du local syndical. Un mémo visuel, comme pour ne pas oublier les mois de travail, « sans doute les plus éreintants qu’on ait connus depuis les 35 heures », lâche Dominique Lamotte, titulaire au CTE (comité technique d’établissement).

Aux coups de chaud cet infirmier aux soins intensifs est pourtant habitué. Mais à se remémorer ces cinq mois de négociation, il en a encore des sueurs froides. « Lorsqu’on se retrouve avec de telles enveloppes à gérer, cela interroge notre responsabilité, voire notre légitimité », poursuit-il. Au total, le budget global alloué par l’ARS1 et l’hôpital pour ces accords frôle le million d’euros. Alors, très vite, s’est posée la question de la répartition d’une telle somme. La section, elle, n’avait qu’une obsession : « La recherche de l’équité pour l’ensemble des personnels de l’hôpital, et pas uniquement des soignants. Notre combat est à l’image de notre section : loin des corporatismes », résume Olivier Degorce, brancardier de formation et élu au CHSCT2.

Identifier les priorités

Lorsque, à la fin 2021, l’ARS notifie au centre hospitalier de Saumur les crédits alloués à la suite des engagements pris dans le cadre du Ségur de la santé, la direction propose aux organisations syndicales d’avancer sur la prime d’engagement collectif1. « De notre côté, on s’est basé sur ce que nous disaient les personnels pour avancer nos priorités : résorber la précarité et renforcer les effectifs afin d’améliorer les conditions de travail, note José Guion, le secrétaire de la section. Quand on interroge les soignants, les conditions de travail reviennent systématiquement. Ils sont contents d’avoir obtenu les 183 euros mais beaucoup seraient prêts à les donner pour avoir un collègue en plus et travailler plus sereinement. » Un accord de méthode est conclu en décembre 2021, assorti d’un engagement moral entre les parties à respecter la confidentialité des échanges tout au long du processus. Il faudra ensuite neuf séances de négociation pour parvenir à un accord, signé par la CFDT (28,33 %) et FO (25,62 %) – Sud (38,18 %) ayant choisi de quitter la table des négociations dans la dernière ligne droite.

118 titularisations en deux années…

Fait suffisamment rare pour être souligné, la direction a consenti à fournir tous les éléments demandés par les organisations syndicales en amont de la négociation en vue de pouvoir opérer un travail de fond : coût de la création de postes et de la titularisation, nombre d’agents à temps partiel, en CDD… « Cette transparence permet un climat de confiance, et c’est indispensable. Du début à la fin, on peut dire qu’on a été dans la codécision », assure Olivier. Au total, l’accord sur la résorption de l’emploi précaire prévoit 118 titularisations en deux ans, 58 d’ici la fin 2022 et 60 en 2023. « Tous les grades et tous les métiers sont concernés », insiste Céline Lebrun, infirmière en psychiatrie et suppléante au CHSCT. La « mise en stage » professionnelle, elle, fera l’objet d’un concours ou d’un examen sans concours pour une effectivité des premières titularisations en novembre 2022. « Ce qu’on aimerait d’ici là, c’est pouvoir accompagner les candidats dans leur démarche de rédaction ou autre », poursuit-elle.

… Et des contractuels revalorisés

La revalorisation des contractuels est également inscrite dans l’accord. Car depuis le protocole PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations), la rémunération des fonctionnaires évolue sur des grilles qui ne sont plus destinées aux contractuels, ce qui alimente un écart de rémunération de base entre contractuels et titulaires. L’accord prévoit donc pour les contractuels l’application des niveaux de rémunération indiciaires équivalents aux fonctionnaires, qu’ils soient infirmiers, aides-soignants, techniciens, puériculteurs ou personnels de catégorie C.

L’autre volet de ces accords, c’est la création de postes. « En juin 2022, il manquait 17 IDE [infirmiers en soins généraux] sur 200. Or nous savons bien que le Ségur existe du seul fait de la crise sanitaire. On a donc voulu aller chercher de quoi résorber ce problème d’effectif sur le plus long terme », explique José. Dans la dernière ligne droite de la négociation, la CFDT et FO obtiennent la mise en place d’un pool de remplacement (composé de quatre aides-soignants et un agent de service hospitalier) ainsi que la création de cinq postes d’IDE. Une belle victoire pour la section, qu’il faut maintenant présenter aux salariés.

« Du fait de la clause de confidentialité, il y avait une certaine angoisse quant à la réaction des personnels. Est-ce qu’on avait bien réparti les postes selon les besoins, par exemple ?, se souvient Dominique. Les retours que nous avons jusqu’à présent sont très bons, les agents apprécient, même s’il reste encore beaucoup de problèmes d’organisation du travail à régler. » Reste à voir comment cela se traduira lors des prochaines élections. La CFDT, passée deuxième organisation syndicale derrière Sud en 2018, entend bien reprendre la première place le 8 décembre prochain.

Le passage en douze heures ne convainc pas

Comme dans de nombreux centres hospitaliers, la question des fermetures s’est posée à Saumur. « Ici, on n’a pas la culture de la grève, souligne José Guion, mais nous sommes allés au bout de ce que nous pouvions faire. » Pour éviter le plan blanc et un rappel sur les congés annuels des soignants, l’hôpital a choisi de fermer du 15 juin au 18 septembre son service de médecine polyvalente. Les horaires, eux, sont passés de dix à douze heures pour les infirmiers de nuit, et de sept heures trente à douze heures pour les infirmiers de jour. « Ça n’a pas été sans poser de gros problèmes en matière d’organisation du travail, avec des transmissions de soins décalées, notamment », explique la section CFDT. Alors que cette « période estivale » s’est achevée, les membres de la section ont fait le tour des équipes de nuit et s’apprêtent à rencontrer les équipes de jour avant de faire des remontées à la direction. « Ces changements soulèvent des problèmes de sommeil, de perte de poids mais aussi de conciliation avec la vie de famille. À ce jour, un tiers des personnes interrogées nous ont dit être prêtes à partir si cela devait continuer ainsi. »