“On ne peut pas laisser les intérimaires livrés à eux-mêmes”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3800

La CFDT de Manpower va à la rencontre de ses intérimaires, directement sur leur lieu de travail. L’objectif : nouer un lien avec ces salariés qui ne se sentent pas forcément inclus dans leur entreprise d’accueil. Un contact qui peut mener à l’adhésion.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 23/11/2021 à 13h00

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© Syndheb

« Bonjour, vous êtes intérimaire ? Manpower ? » C’est l’heure de la relève chez Alstom-Bombardier à Crespin (Nord). Les salariés sortent du site au compte-goutte afin de limiter les contacts, Covid oblige. En ce lundi 8 novembre, les militants CFDT de Manpower se tiennent à l’entrée de l’usine où sont fabriqués des trains régionaux mais aussi des RER et métros parisiens, et questionnent les salariés qui passent. Il s’agit là de capter une partie des 500 intérimaires (sur un total de 2 000 salariés) que l’entreprise de travail temporaire met à la disposition de son client Alstom-Bombardier, et de nouer le contact.

Tout est parti d’un constat. « Nos intérimaires ne se sentent pas spécialement intégrés dans l’entreprise utilisatrice ni même chez nous », explique Frédérique Tomczak, déléguée syndicale CFDT Manpower. Pourtant, ces salariés peuvent par exemple compter sur la section CFDT en cas de problème ou bénéficier d’avantages sociaux et culturels de la part du CSE de Manpower, « jusqu’à 1 200 euros par an », précise-t-elle, ce qu’ils ne savent pas, le plus souvent. Un intérimaire s’arrête, Frédérique Tomczak lui donne les explications. Il a deux ans d’ancienneté. « J’étais au courant, mais j’ai cru que c’était terminé », glisse-t-il.

“La CFDT est là, avec eux”

Chaque fois, les militants CFDT proposent aux salariés de laisser leurs coordonnées pour recevoir régulièrement des informations (au moins un SMS par mois) concernant le comité social et économique, les actions de la CFDT ou les résultats de diverses négociations. « Il faut communiquer, appuie la militante. Les salariés ne savent pas que la CFDT est là, avec eux. Ils ont peur de nous voir, peur des conséquences que ça peut avoir, que Manpower ne leur propose plus de mission par la suite. C’est pour cette raison qu’il est difficile de faire adhérer les intérimaires. »

1. La CFDT-Manpower a lancé ces actions. Depuis, des actions similaires sont organisées par les sections de toutes les entreprises de travail temporaire.

L’équipe essaie de tenir le rythme d’une action de terrain par mois en temps normal et d’une à trois actions par semaine en période électorale, avec le soutien du Syndicat des Services Sambre-Escaut et l’Union régionale interprofessionnelle des Hauts-de-France. Mais ces actions à l’entrée des entreprises utilisatrices1 ne sont qu’une facette de l’action de la CFDT vis-à-vis des intérimaires. Pour renforcer l’accompagnement quotidien des salariés, des contacts ont été noués avec les délégués syndicaux CFDT des entreprises utilisatrices. C’est le cas à Alstom-Bombardier.

Une permanence une fois par mois

« Avec Frédérique, on s’est dit qu’il fallait faire une permanence et on s’est mis d’accord », raconte Loïc Szalkowski, l’un des délégués syndicaux du site, où la CFDT est la première organisation syndicale. « On a envoyé un courrier à notre direction pour permettre aux militants de Manpower de venir sur le site. La permanence a lieu une fois par mois, après le 12, jour de paie des intérimaires. » C’est un dispositif nécessaire selon Frédérique Tomczak : « Durant les permanences, on leur explique leur fiche de paie, on les accompagne dans leurs démarches. On constate un défaut d’information. »

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En dehors des heures de permanence, les intérimaires peuvent contacter la CFDT au moyen des informations fournies par le SMS mensuel. « À chaque fois qu’un intérimaire nous contacte, pour un problème de contrat ou de fiche de paie, on envoie une question à la direction via la représentante du personnel et on transmet la réponse au salarié, le plus rapidement possible. Ce qui permet de leur apporter une réponse fiable. » « On essaye de leur montrer qu’il y a un syndicat qui les défend », ajoute Loïc Szalkowski, alors que, trop souvent, « les intérimaires servent de variable d’ajustement entre les commandes ».

Dix-huit nouveaux adhérents

Dans d’autres entreprises, la CFDT-Manpower travaille différemment en vue d’atteindre les intérimaires. « Quand on a une grosse entreprise utilisatrice, on vérifie que la CFDT y est présente. Je m’arrange avec le syndicat ou l’URI pour récupérer un contact et l’on prend rendez-vous. J’explique alors le problème rencontré par les intérimaires et je vois avec la CFDT de l’entreprise comment on peut faire », explique Frédérique Tomczak. Des communications spécifiques peuvent ainsi se retrouver sur les panneaux syndicaux et toucher le public cible, qui ne passe que rarement dans les agences Manpower. Pour la militante, « cette coordination permet de faire passer des messages… mais ça débouche aussi parfois sur une adhésion ».

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

D’ailleurs, la mobilisation porte ses fruits. La section Manpower du Nord a été distinguée lors du challenge confédéral « Le Grand Boost », dans la catégorie « Campagnes originales ». Durant la période, la section a crû de 22,5 %, avec 18 nouveaux adhérents qui ont de fait rejoint le Syndicat CFDT des Services Sambre-Escaut. Récompense suprême : à la suite d’élections complémentaires en juin et juillet 2021, la CFDT est devenue la première organisation syndicale au CSE de la région Nord-Est de Manpower, avec 11 postes et 24 % de représentativité. Un résultat « historique », se félicitent les militants, qu’ils doivent à leur travail de terrain.