À Dijon, un accord local pour résorber l’emploi précaire

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iconeExtrait de l’hebdo n°3845

La section du Centre hospitalier universitaire de Dijon Bourgogne a signé en mars dernier un accord local actant notamment la titularisation de 550 contractuels et la mise en place de mesures d’attractivité. Ce résultat, elle le traduit dans son développement… tout en veillant à son renouvellement.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 18/10/2022 à 12h00

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© Syndheb

Majoritaire depuis 1986 au CHU de Dijon Bourgogne (qui compte aujourd’hui 5 940 agents), la CFDT bénéficie de la confiance des agents. Lors des élections professionnelles de 2018, elle a recueilli 35,31 % des suffrages, devant la CFE-CGC (25,32 %) et la CGT (23,56 %) ; FO (13,84 %) et l’Unsa (1,97 %) complètent le groupe des organisations syndicales. Parallèlement, les effectifs de la section n’ont cessé d’augmenter : 232 adhérents en 2011, 325 en 2018 et 400 en 2022. « On avait en tête d’atteindre l’objectif de + 10 % fixé au congrès de Rennes [juin 2018]… et puis on a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin ! », plaisante Fabienne Senoble, secrétaire de la section CFDT de l’établissement hospitalier. La section pense également à son avenir et veille à se développer auprès des plus jeunes – trente adhérents ont moins de 30 ans. « Nous ne nous sommes pas éternels ; il faudra que ça suivre derrière, et ça se prépare », insiste Fabienne.

Un engagement sans faille au bénéfice des agents

Ce fort développement n’est évidemment pas dû au hasard. Il est le résultat d’une présence sur le terrain au quotidien couplé à l’engagement de faire vivre le dialogue social, le tout au bénéfice des agents. C’est dans cette logique que la section a signé un accord local en mars 2022 et fait inscrire noir sur blanc un plan de titularisation des contractuels et de résorption de l’emploi précaire. Concrètement, 552 contractuels seront titularisés d’ici à 2023. La section s’est aussi assurée que les infirmiers non concernés par ce plan recevraient une prime d’engagement de service public de 800 euros. Et si à ce jour 427 personnels sont entrés dans le dispositif, la section CFDT veille et se dit prête à rappeler ses engagements à la direction. En fonction des opportunités qui se présenteront, l’équipe ambitionne d’ailleurs d’aller au-delà du nombre annoncé.

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La mise en place du forfait mobilité fait également partie des avancées actées dans l’accord, et l’équipe a fait inscrire l’ouverture d’une réflexion sur la participation de l’employeur au covoiturage ; celle-ci se tiendra dans le cadre du comité de suivi de l’accord. « Cette pratique permettrait d’ailleurs de désengorger les parkings de l’hôpital, souvent saturés – une situation génératrice de stress pour un certain nombre d’agents », détaille Véronique Bondaz, aide-soignante et membre du CHSCT1.

Repenser le temps de travail…

L’accord prévoit aussi de nouvelles modalités d’organisation du temps de travail, notamment en ce qui concerne le passage en douze heures – une organisation que la section a tenu à encadrer autant que possible. « En plus des interrogations relatives à l’organisation de travail à proprement parler, le passage aux douze heures pose des questions sur la santé des agents et la qualité des services », explique Céline Garnier-Coppola, secrétaire adjointe de la section. Si cette évolution semble souhaitée par les agents, il est hors de question de faire n’importe quoi. « Diverses études montrent une augmentation des accidents du travail dès la neuvième heure, un risque accru d’endormissement au travail ou de conduite addictive, une prise de poids et des pathologies dorso-lombaires plus fréquentes », pointe la Fédération Santé-Sociaux dans l’Argumentaire « 12 heures, ça passe ou ça craque » à destination des syndicats et des sections.

… Tout en protégeant les agents

Le collectif a donc veillé à poser de nombreux garde-fous. Le passage en horaire de douze heures doit répondre à un projet de soins et à une typologie précise de patients. Il doit également être approuvé par 80 % des personnels du service concerné et ne s’impose pas à ceux qui refuseraient ces changements d’horaires. Des mesures spécifiques sont prévues pour les agents qui effectuent leur service de nuit. « La durée des postes occupés de nuit ne peut être inférieure à trois semaines afin de coller aux rythmes circadiens, précise Céline. Les temps de repos et les microsiestes doivent être inscrits dans l’organisation de la nuit. »

La section a aussi fait en sorte qu’un suivi médical renforcé des professionnels soit réalisé et que des actions de sensibilisation sur le travail en horaire atypique et ses conséquences soient mises en place. Une vigilance particulière est prévue pour les personnels de plus de 50 ans. De plus, cette transformation ne doit pas entraîner une quelconque désorganisation dans le parcours de l’usager et l’offre de soins. Un retour en arrière est par ailleurs possible. Des résultats, donc, et l’assurance que tout cela ne se fait ni au détriment des agents ni en sacrifiant la qualité du service public. « Nous sommes fiers de ce que nous avons obtenu… mais nous sommes sortis rincés ! », confie les membres de l’équipe CFDT, qui n’a pas économisé son énergie ni compté ses heures, au rythme de deux ou trois réunions par semaine, des heures de préparation en amont de chaque rendez-vous, une multitude de coups de fil, les échanges avec les adhérents, le stress et la crainte de se tromper. Et, bien sûr, sans oublier les débats en interne. « On se dit les choses… », insiste Fabienne.

Incontournable proximité…

Des résultats, des bons… « Le Ségur, les titularisations, c’est nous ! », poursuit l’équipe. Oui, mais encore faut-il assurer le « service après-vente » – c’est l’une des missions de Véronique Bondaz, Pierre Maire et Christelle Boyard, trois atouts maîtres de la section devenus spécialistes du développement. Selon Pierre, jeune infirmier de 29 ans et adhérent depuis six ans, rien ne vaut le terrain. Deux fois par mois, de jour comme de nuit, les militants visitent les différents services de l’établissement et vont à la rencontre des agents, entendent les doléances et effectuent le suivi nécessaire. « Les tournées de nuit sont particulièrement importantes. » Pour les visites diurnes, quatre binômes sont systématiquement envoyés. Avec cette idée qu’a en tête la secrétaire de section : impliquer le plus possible les militants et adhérents et repérer les potentiels. « Ces tournées constituent un identifiant CFDT, insiste Pierre. Nous sommes connus, reconnus et surtout attendus. »

En matière de communication, la section s’appuie sur sa gazette trimestrielle, Le Zeste d’orange, dans laquelle elle relaye ses actions, ses actualités et précise utilement ses coordonnées sur les tracts et les comptes rendus d’instances. Des publications qu’elle adresse d’abord aux adhérents avant de les communiquer au reste des agents. « On doit toutefois encore s’améliorer sur notre com, concède l’équipe. On peut sûrement progresser. On a tendance à être tourné vers la suite plutôt que de valoriser ce que l’on obtient. »

… Et maintien du contact avec les adhérents

L’équipe CFDT entretient le collectif et multiplie les actions auprès de ses adhérents. La journée des adhérents, une fois par an, et la dégustation de la galette sont des évènements importants dans la vie de la section. « La CFDT est une communauté qu’il faut faire vivre », insiste Véronique. Elle s’assure avec Christelle d’avoir au minimum un contact téléphonique annuel avec chaque adhérent de la section et d’organiser des temps collectifs. « Nous avons également mis en place des choses pour les nouveaux agents, précise Pierre. On va systématiquement à leur rencontre, on remet des livrets d’accueil avec tous les renseignements utiles, on fait savoir que nous sommes disponibles. »

Voilà donc autant d’occasions de convaincre les collègues de rejoindre l’organisation ou, à tout le moins, de voter et faire voter CFDT à la fin de cette année. « Lorsque des collègues nous remercient pour un coup de main, on leur demande de nous apporter leur voix… et plus si affinités », développe Fabienne. L’équipe est prête pour les élections dans la fonction publique, en décembre. Les listes sont presque complètes, et l’objectif affiché est clair : la CFDT veut conserver sa première place et améliorer son score de 2018. « On est à fond ! », lâche Pierre, enthousiaste et déterminé. Son leitmotiv : que chaque militant fasse voter CFDT dix de ses collègues, et qu’un adhérent en fasse voter au moins un. Pour passer un nouveau cap et envoyer ses concurrents dans les cordes, la section peut incontestablement s’appuyer sur son riche bilan.