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Mal-logement, la bombe à retardement

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iconeExtrait de l’hebdo n°3764

Alors que la crise sanitaire perdure, le mal-logement s’accroît et concerne des publics jusque-là inconnus des services sociaux. Dans son 26e rapport, publié le 2 février, la Fondation Abbé Pierre alerte sur le risque d’explosion des expulsions en 2021 du fait de la détérioration des conditions économiques.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 03/02/2021 à 15h34

« 4,1 millions de personnes souffrent de mal-logement ou d’absence de logement personnel et 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. »
« 4,1 millions de personnes souffrent de mal-logement ou d’absence de logement personnel et 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. »© Simon Lambert/Haytham-RÉA

« C’est une bombe à retardement, prévient la Fondation Abbé Pierre (FAP). Avec la crise sanitaire, la crise du logement est devenue plus grave et plus profonde. » La FAP vient de publier son rapport annuel sur le mal-logement en France et pointe la triste réalité des faits : « 4,1 millions de personnes souffrent de mal-logement ou d’absence de logement personnel et 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. »

Avec des conséquences sur le paiement des loyers ou les conditions de vie au quotidien (surpeuplement de l’habitation, réduction des dépenses énergétiques…). Ce sont 12 millions de personnes qui ont froid chez elles ou qui dépensent trop d’argent pour se chauffer. D’après les données disponibles, les rapporteurs rappellent que le renoncement des plus précaires à se chauffer progresse. « En 2013, les Français étaient 44 % de plus qu’en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût. »

De nouveaux profils

Et ces difficultés risquent de s’accentuer lorsque toutes les conséquences de la crise sanitaire se feront sentir. Beaucoup d’étudiants n’ont pas eu l’opportunité de travailler hors du temps qu’ils consacrent à leurs études, des intérimaires et salariés en CDD n’ont pas vu leurs contrats renouvelés et de nombreux ménages ont vu leurs ressources baisser…

« Des gens qui étaient jusque-là sur le fil ont basculé dans la précarité. On voit arriver de nouvelles populations, des artisans, des autoentrepreneurs, des travailleurs de l’ubérisation… »

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre

Si des aides ponctuelles ou les allocations chômage partiel ont pu partiellement amortir le choc, elles ne compensent pas forcément la baisse de revenus, avec des conséquences immédiates. « Des gens qui étaient jusque-là sur le fil ont basculé dans la précarité. On voit arriver de nouvelles populations, des artisans, des autoentrepreneurs, des travailleurs de l’ubérisation… », s’inquiète Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

Les traces durables laissées par la crise

« À l’évidence, la parenthèse de la crise sanitaire et sociale n’est pas près de se refermer, alerte le rapport. La crise sanitaire va laisser des traces durables : des entreprises et des emplois disparaissent, des compétences sont perdues, des jeunes voient leurs formations perturbées et restent aux portes de l’emploi. Il convient donc de prêter attention aux premiers signaux d’une déstabilisation durable. »

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

La Fondation Abbé Pierre appelle à faire de la politique du logement à long terme un enjeu de l’élection présidentielle de 2022 et fait deux propositions concrètes : la mise en place d’un revenu minimum garanti afin de combattre la grande pauvreté et l’éradication des passoires thermiques d’ici à dix ans. Des mesures parallèlement portées par le Pacte du pouvoir de vivre, dont la Fondation Abbé Pierre et la CFDT sont toutes deux membres fondateurs.