Lever le tabou de l’adhésion

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iconeExtrait de l’hebdo n°3841

À Quimper, la section de l’établissement public de santé mentale (EPSM) du Finistère Sud a le vent en poupe. Alors que l’équipe se prépare aux élections du 8 décembre, elle multiplie les actions de proximité et engrange les adhésions.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 20/09/2022 à 12h00

De gauche à droite : Yves, Véronique, Laurie et Élodie.
De gauche à droite : Yves, Véronique, Laurie et Élodie.© Syndheb

« On travaille en rigolant, on est sérieux sur nos sujets, on veille les uns sur les autres », résume Élodie Bosser, 36 ans, infirmière et secrétaire adjointe de la section CFDT de l’EPSM. Un triptyque qui explique en partie le succès que remportent les membres de l’équipe auprès de leurs 950 collègues, répartis au sein de 67 unités sur l’ensemble du territoire du Finistère Sud (Quimper, Douarnenez, Pont-l’Abbé, Concarneau…). « La convivialité est également essentielle chez nous, ajoute Véronique Le Graciet, éducatrice spécialisée et secrétaire de section. On y tient, c’est ce qui crée un effet boule de neige. »

Présente depuis 1956 au sein de l’institution, la CFDT, avec 44 % des suffrages, a décroché une fois encore la première place lors des élections de 2018, devant Solidaires (32 %) et la CGT (23 %) Une vraie fierté pour une équipe qui ne ménage pas ses efforts. Et en plus de ce bon score aux dernières élections professionnelles, elle a vu son nombre d’adhérents progresser, passant en quelques mois de 96 à 111 personnes (+ 17 %). Une telle croissance permet d’ailleurs à la CFDT d’être présente dans tous les services. « On n’a pas forcément toujours le même point de vue sur tel ou tel sujet, que l’on soit ouvrier ou soignant, mais cela nous permet d’échanger, de débattre pour essayer d’aller ensemble dans le même sens », explique Yves Quéré, ouvrier métallier, agent des services techniques et élu au comité technique d’établissement (CTE). « C’est ce qui fait notre force. Nous sommes présents sur les différents terrains et pouvons réagir et agir rapidement », rebondit Élodie.

Les retombées positives du “Grand Boost”

Cette progression est le résultat, entre autres, du challenge « Le Grand Boost » 2021, relevé haut la main. « Ça a motivé les militants, tout le monde s’est pris au jeu », explique Laurie Le Moan, 33 ans, infirmière et également secrétaire adjointe de la section. L’équipe donne les informations aux adhérents, les incite à diffuser ces informations dans les services et à faire adhérer. Lors des assemblées générales, l’équipe sollicite les adhérents pour que chacun fasse adhérer au moins une personne. « Lors des bureaux de section, pendant “Le Grand Boost”, nous informions de l’avancée du challenge. À ce jour, nous pouvons mettre l’adhésion à l’ordre du jour du bureau de section et nous interroger sur nos pratiques. Ça crée une dynamique. » Et ça rompt avec les habitudes, cela étant favorisé par le recours à la formation « Convaincre pour faire adhérer ». « Nous avons ainsi appris à oser et comprendre que proposer l’adhésion, ce n’était pas tabou. »

Lorsque l’équipe CFDT propose, elle n’arrive jamais les mains vides. Elle remet systématiquement le livret d’accueil « La CFDT et moi », un outil conçu par le Syndicat Santé-Sociaux du Finistère et bien adapté à la réalité de l’établissement. Chacun y trouvera les coordonnées de la section, les missions des élus, une présentation des outils de la Cnas1. Le tout enrichi d’informations en lien avec le comité de gestion des œuvres sociales (CGOS), d’un calendrier ou de quelques crayons CFDT. « Ça marche toujours bien », sourit Élodie. La section veille également à l’intégration des nouveaux adhérents. « On propose rapidement une formation pour leur faire comprendre où ils mettent les pieds », précise Véronique Le Graciet.

Une équipe facilement joignable

Et puis l’équipe est facilement joignable : outre le téléphone portable de la section, dont le numéro est connu de tout un chacun, les agents peuvent passer par Messenger. Elle s’appuie aussi sur sa page Facebook pour communiquer et faire circuler les informations locales et nationales utiles à tous. Lancée en 2021, elle compte aujourd’hui plus de 850 followers – ce qui est tout à fait honorable pour un établissement qui, rappelons-le, compte 950 personnes.

Au-delà de la communication, la section a fait de l’échange l’un de ses mantras, à tous les niveaux. « Nous faisons pleinement vivre le “d” de démocratie présent dans notre sigle », s’exclament les deux jeunes militantes. Pour preuve, un conseil de section se tient tous les mois et, avant chacune des instances, l’équipe va à la rencontre des adhérents et des agents concernés ; au sortir de celles-ci, elle rédige systématiquement un compte rendu précisant la nature des discussions. Ces derniers mois, la section a dû gérer les suites du Ségur de la santé et ses conséquences. Si les gains ne sont plus à démontrer, il a fallu que la section assure le « service après-vente » et fasse preuve de pédagogie, notamment auprès de ceux qui au début de l’été étaient appelés « les oubliés ».

Autre victoire, locale celle-ci : la section a récemment obtenu que l’embauche des infirmiers contractuels se fasse au même niveau que les titulaires, soit pour ces derniers un gain de 32 points depuis le 1er juin 2022. Un gain de pouvoir d’achat non négligeable et un outil supplémentaire permettant de lutter contre la précarité des agents. Cette proposition, l’équipe CFDT l’a portée et défendu seule au sein d’un groupe « attractivité » dédié de l’établissement…

Des animateurs territoriaux

L’action de la CFDT ne se cantonne pas à l’établissement puisque, sous l’impulsion de l’ancien secrétaire de section Daniel Cognard (dit « saint Ségur »), des animateurs territoriaux (AT) ont été mis en place au Syndicat Santé-Sociaux du Finistère, dont deux animatrices à l’EPSM. La mission de ces AT est de venir en soutien aux adhérents, militants, élus et sections, en proximité sur le territoire. « En ce moment, nous soutenons cinq Ehpad publics, explique Élodie. L’objectif est de créer du lien avec les autres établissements, notamment ceux de moins de 200, qui ont donc moins de moyens que nous et qui font face à des problématiques identiques. » Une expérience qui séduit les deux animatrices. « Ce sont autant de belles rencontres et de partages d’expériences », ajoute Laurie. Ces belles rencontres ne restent pas sans lendemain puisque des adhésions, des sections, des listes ont vu le jour dans certains des établissements visités et accompagnés.

Actuellement, les problématiques sont souvent liées aux difficultés de recrutement et à la perte d’attractivité du secteur. L’EPSM n’est d’ailleurs malheureusement pas épargné par le manque de personnels, avec un taux d’absentéisme qui frôle les 9 % « Il n’a jamais été aussi élevé », alerte Laurie. Avec des conséquences directes pour les usagers et le personnel présent. Comme d’autres établissements du département, l’EPSM a participé à l’opération « Camping au travail » organisée en Bretagne. À Quimper, des services ont été fermés, et des personnels redéployés cet été. « Cela s’ajoute à la vacance de nombreux postes. Tous les corps de métier sont concernés », ajoute Laurie. Face à ce redéploiement, la section veille. « On érige des garde-fous pour que ce qui doit être temporaire reste temporaire », prévient Élodie.

S’impliquer sur le développement durable

Autre combat de la section : le développement durable. Cet engagement passe par la mise en place de bacs de tri au self-service. Après plusieurs années passées à revendiquer ce dispositif, elle a obtenu gain de cause ; trois bacs ont enfin été installés le 1er juillet dernier. « De manière générale, on est connu pour notre pugnacité, plaisante Véronique. C’est un enjeu environnemental majeur. Il était anormal que rien ne soit fait à ce niveau-là. La présence de ces bacs témoigne de notre détermination. Nous sommes les seuls à s’intéresser à ces questions. » Évidemment, la section ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Il faut réfléchir à la façon de réduire notre utilisation de plastique dans les services, développer des alternatives. »

Les militantes ont aussi fait de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes une priorité, que ce soit dans la prévention ou l’accompagnement. L’équipe a apporté le sujet aux instances afin de mettre en place une dynamique de prévention et d’accompagnement des agents victimes. La CFDT de l’EPSM a obtenu, comme dans le secteur privé, des référents salariés. Une procédure d’accompagnement, de recueil et de signalement des actes de violence, discrimination, harcèlement et des agissements sexistes a été élaborée lors des groupes de travail. À travers le dispositif (composé du référent employeur et des référents salariés) est prévue l’organisation d’événements sur cette thématique avec des intervenants extérieurs pour la mettre en lumière. « Le but, c’est que chacun s’interroge sur ses propres stéréotypes », détaille Laurie.

”Action crêpes”

Et les élections, alors ? « Nous sommes en campagne depuis déjà quatre ans. Les listes sont bouclées ! » Reste à faire voter. Le vendredi 16 septembre, la section a organisé une réunion d’information conviviale en extérieur, l’« action crêpes ». Chaque agent a été invité à participer à l’évènement, organisé à proximité du self afin d’assurer la meilleure visibilité possible. Au menu, outre les crêpes, il y a eu des jeux à la fois ludiques et informatifs qui ont permis d’informer les agents au sujet de leurs droits (CPF, CGOS, formation) et des cadeaux. Enfin, parce qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir, la section tiendra une assemblée générale le 8 novembre – un grand raout exactement un mois avant la date du scrutin – et y délivrera ce message on ne peut plus simple et clair : votez et faites voter CFDT !