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“L’évaluation ne se développe pas sans notre complicité “

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Des clics et des claques

Bénédicte Vidaillet est psychanalyste, auteure de Évaluez-moi ! – Évaluation au travail : les ressorts d’une fascination. (Seuil, 220 pages, Decitre éditions).

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 23/12/2022 à 10h00

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Vous parlez d’une « dérive psychologique » de l’évaluation. De quoi s’agit-il ?

Ce qui était dans les années 1980 une pratique réservée aux professions commerciales et aux dirigeants des entreprises cotées en Bourse est aujourd’hui étendu à toutes les fonctions, dans tous les secteurs (santé, social, enseignement…) Tout le monde évalue tout, tout le temps et quelle que soit sa position.

Quelles conséquences a cette évaluation à outrance pour les salariés ?

On a vendu l’évaluation aux salariés en s’appuyant sur des valeurs de reconnaissance de l’effort individuel et de mérite. On lui a même attribué un rôle majeur dans la détermination des rémunérations. Or c’est tout l’inverse qui se produit. En passant à une quantification à outrance sans tenir compte de la dimension qualitative, on aboutit à des comportements déviants et contre-performants chez les salariés qui vont tricher pour rentrer dans la grille ou qui vont focaliser leur travail uniquement sur ce qui est évalué. Sans compter que l’individualisation de l’évaluation met les gens en compétition et finit par détruire toute notion de collectif de travail.

Et pourtant, on en redemande… Quels sont les ressorts psychiques qui nous poussent à vouloir être évalués ?

Effectivement, c’est un vrai paradoxe, car l’évaluation ne se développe pas sans notre complicité. Être évalué vient flatter notre narcissisme, nous pensons en avoir besoin pour être reconnus, voire pour nous poser en modèle par rapport à l’autre. Derrière, il y a la promesse de la reconnaissance. L’évaluation est toujours provisoire, remise en cause d’une mission à l’autre. Mais la vérité, c’est que notre soif de reconnaissance n’est jamais apaisée avec l’évaluation qui nous fragilise sans cesse.