Les salariés du Louvre en grève pour leurs conditions de travail

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icone Extrait de l'hebdo n°3995

Depuis le 15 décembre, les salariés du Louvre dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, les problèmes récurrents de gouvernance et la baisse de leur pouvoir d’achat. Une action portée par la CFDT, en intersyndicale avec la CGT et Sud.

Par Sabine IzardPublié le 27/01/2026 à 13h00

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Pour la quatrième fois depuis la mi-décembre, le plus grand musée du monde et le plus visité est resté portes closes. Rassemblées le 26 janvier en assemblée générale dans la salle de l’auditorium, plusieurs centaines de salariés du Louvre ont voté la reconduction du préavis de grève déposé le 8 décembre dernier par la CFDT, la CGT et Sud.

« Tout est parti d’un mouvement spontané d’agents non syndiqués, en juin 2025, qui ont refusé d’aller travailler et ont écrit un cahier de doléances. La direction a traîné sur le sujet. Puis il y a eu le vol des bijoux. Le corps social a été meurtri. C’était un vrai choc pour le personnel du musée », raconte Valérie Baud, déléguée syndicale de la CFDT-Culture au Louvre. « Depuis, l’intersyndicale a repris le mouvement. Nous nous réunissons tous les lundis pour informer les salariés concernant l’avancée du conflit et leur demander s’ils souhaitent ou non reconduire la grève. Aujourd’hui, c’est historique car des agents de l’aile Denon [elle accueille la Joconde] se sont déclarés grévistes, ce qui oblige la direction à fermer complètement le musée. »

Visiter le Louvre, un parcours du combattant

Parmi les revendications, l’intersyndicale dénonce notamment des conditions de travail de plus en plus dégradées et une rupture totale de confiance avec la présidente du musée. « Les salariés ne sont plus écoutés », déplore Valérie Baud. « Chaque jour, les espaces muséographiques sont fermés bien au-delà des prévisions du plan d’ouverture garantie faute d’effectifs suffisants ainsi qu’en raison des défaillances techniques et de la vétusté du bâtiment constatées. Le public n’a plus qu’un accès limité aux œuvres et se trouve entravé dans les circulations. Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant. En parallèle, les personnels souffrent d’une charge de travail sans cesse accrue, d’une gestion RH de plus en plus brutale et d’injonctions contradictoires ne permettant pas une activité de service public sereine », alerte ainsi le préavis de grève adressé le 8 décembre 2025 à la ministre de la Culture, dont dépendent les agents du musée. Il y a « un problème de gouvernance » à la tête du Louvre, a reconnu Rachida Dati le 13 janvier sur Europe 1. « Nous allons prendre nos responsabilités très prochainement », a-t-elle ajouté, sans plus de précisions.

Mais pour les agents, la coupe est pleine. Dans l’hémicycle, le 26 janvier, tous dénoncent la vétusté du bâtiment. « L’autre jour, un morceau de plâtre m’est tombé sur la tête alors que je travaillais », explique, consternée, une agente. D’autres racontent qu’ils ne partent plus en vacances car leur pouvoir d’achat a trop baissé ces dernières années et qu’ils sont obligés de travailler en nocturne au Louvre ou pendant les jours chômés afin d’augmenter leur salaire. Et d’autres encore dénoncent la jauge d’accueil du public, actuellement fixée à 30 000 visiteurs par jour. « Macron nous demande d’accueillir jusqu’à 12 millions de visiteurs par an. Ce qui monte la jauge à une moyenne de 38 000 visiteurs par jour. Sans effectifs supplémentaires, c’est intenable ! D’autant que ces chiffres ne tiennent pas compte des diverses gratuités (amis du Louvre, personnes en situation de handicap, jeunes de moins de 18 ans, journalistes, etc.), qui représentent de 30 % à 40 % de nos visiteurs », précise un agent. « Dans mon atelier, beaucoup partent car c’est devenu trop difficile », explique une agente.

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L'effondrement du modèle social culturel français

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

« On pense que le modèle économique et social n’est pas le bon. Aujourd’hui, 70 % du budget du Louvre repose sur des fonds propres. L’État se désengage totalement. Ce qui crée des tensions avec la direction, qui doit faire entrer plus de monde… Le budget public est léthargique et, dans le même temps, les frais du musée augmentent. En conséquence, la direction laisse l’établissement se dégrader et les personnels souffrir », explique Alexis Fritche, secrétaire général de la CFDT-Culture. Selon lui, ce que raconte cette mobilisation, « c’est l’effondrement du modèle social d’État, notamment culturel. Pour le dénoncer, fermer le Louvre est un symbole politique très fort… ». Le seul moyen, peut-être, de se faire entendre.