Les prévisions de l’OIT de reprise de l’emploi mondial revues à la baisse

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iconeExtrait de l’hebdo n°3808

L’emploi mondial reste très affecté par la pandémie, selon le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail. Le retour à une situation antérieure à 2019 est lent et incertain dans de nombreuses régions du monde.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 25/01/2022 à 13h00

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© Marcel Crozet/ILO - Flickr OIT

La lumière au bout du tunnel n’est pas encore d’actualité sur le marché du travail mondial. Dans son rapport publié le 17 janvier, l’OIT revoit même à la baisse ses prévisions par rapport à ses précédentes projections. Elle prévoit un niveau d’emploi pour 2022 inférieur de 2 % à celui de 2019, soit un déficit de 52 millions d’emplois à temps plein (calculé sur la base de 48 heures par semaine). Autrement dit, le chômage mondial devrait toucher 207 millions de personnes en 2022, dépassant de 21 millions son niveau de 2019… Et devrait rester au-dessus de ce niveau jusqu’à 2023 au moins.

Une reprise “asymétrique”

La reprise de l’activité économique dépend en grande partie de la façon dont le coronavirus est contenu, et « chaque nouvelle flambée épidémique entraîne des reculs », note l’OIT. Cette reprise, « asymétrique », reste très inégale selon les pays. « Pour toutes les régions, les projections jusqu’en 2023 indiquent qu’une reprise complète restera difficile à atteindre », précise le rapport. Un horizon plus proche pour l’Europe et le Pacifique, plus lointain pour l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Asie du Sud-Est, aux perspectives moins favorables.

De fait, le marché du travail peine à se relever dans les pays les plus pauvres, aux économies structurellement fragiles et bénéficiant d’un faible taux de vaccination. « Les répercussions ont été particulièrement graves pour les nations en développement qui connaissaient des niveaux d’inégalités plus élevées, des conditions de travail plus divergentes et des systèmes de protection sociale plus faibles même avant la pandémie », explique l’OIT.

Effets en cascade

Les pertes d’emplois ont entraîné une baisse globale des revenus des ménages, plus marquée dans les pays où la protection sociale est inexistante ou insuffisante, avec des effets en cascade sur la précarité, la nutrition et la santé.

“30 millions d’adultes sans travail rémunéré sont tombés en 2020 dans l’extrême pauvreté.”

Rapport phare du BIT, “Emploi et questions sociales dans le monde – Tendances 2022”

« La pandémie a fait basculer des millions d’enfants dans la pauvreté, et de nouvelles estimations indiquent que 30 millions d’adultes sans travail rémunéré sont tombés en 2020 dans l’extrême pauvreté », insiste l’OIT.

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

À l’intérieur même des pays, des inégalités sont relevées. Les femmes et les jeunes sont les premiers frappés et les derniers à retrouver leur place sur le marché du travail, y compris dans les pays où la reprise de l’emploi est plus rapide. L’OIT s’interroge sur les évolutions économiques générées par la pandémie – à savoir si la moindre participation au marché du travail et la baisse des emplois disponibles sont temporaires ou si elles pourraient, à terme, devenir structurelles. De ce diagnostic dépendront les politiques à mener.