Les partenaires sociaux reçus à l’Élysée

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iconeExtrait de l’hebdo n°3786

Le chef de l’État recevait le 6 juillet les numéros un des organisations syndicales et patronales représentatives pour un tour d’horizon des sujets mis sous le feu des projecteurs par la crise. L’idée d’une réforme des retraites à la rentrée est, sans surprise, rejetée par la quasi-totalité des partenaires sociaux.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 07/07/2021 à 13h42

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© Syndheb

Relancer, rassembler et accompagner les personnes le plus en difficulté. Les priorités des mois à venir, détaillées par les partenaires sociaux lors d’une réunion à l’Élysée, pourraient s’articuler autour de ce triptyque. « Une concertation attendue et jugée indispensable alors que va se jouer à la rentrée un moment décisif pour l’avenir du pays, avec des attentes sociales fortes, » estime la CFDT. Trois sujets étaient inscrits à l’ordre du jour : la situation économique et sanitaire, la vaccination et la réforme des retraites.

“Sur la reprise, la vision macroéconomique n’épuise pas le sujet de ceux qui restent au bord de la route : les jeunes, les précaires et les travailleurs de la deuxième ligne, qui ont le sentiment que la reconnaissance qui leur était promise n’est pas arrivée.”

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

« Sur la reprise, la vision macroéconomique n’épuise pas le sujet de ceux qui restent au bord de la route : les jeunes, les précaires et les travailleurs de la deuxième ligne, qui ont le sentiment que la reconnaissance qui leur était promise n’est pas arrivée », a estimé Laurent Berger à la sortie de l’Élysée. Certes, la reprise économique semble se confirmer. « Mais une moyenne, même positive, ne suffit jamais à rendre compte de la réalité. La reprise ne sera pas la même pour tous. »

Une relance sur-mesure et encadrée

Pour que la reprise embarque le plus grand nombre, la CFDT appelle à faire du sur-mesure. Ce qui signifie, en creux, poursuivre le travail de suivi et d’évaluation du plan de relance afin d’identifier les ajustements nécessaires et rendre compte de ce qu’il produit. « Les aides aux entreprises doivent désormais être davantage ciblées, avec un contrôle social. »

Cela suppose, de la même manière, « des éléments forts en direction de notre jeunesse, notamment les plus éloignés de l’emploi avec la généralisation de la Garantie jeunes », poursuit le secrétaire général de la CFDT. Sans apporter de réponse à ce stade, le président de la République s’est engagé devant les partenaires sociaux à « travailler sur le sujet des compétences, nous y sommes tous favorables, et le suivi du plan de relance, avec sans doute une prise de parole dans les jours à venir », rapporte Laurent Berger.

Parmi les sujets des semaines à venir, figure également la question, sensible, de la vaccination. À ce sujet, « il faut une politique d’impulsion très forte tout en prenant garde à se méfier des tensions à venir entre des visions différentes, y compris dans le monde du travail », dit Laurent Berger. Pas question de stigmatiser quelque champ professionnel que ce soit de la part des partenaires sociaux. Mais la CFDT, FO et la CFE-CGC rappellent les règles déjà applicables aux personnels de santé pour un certain nombre de maladies, en fonction de leur contagiosité et de leur dangerosité. De son côté, le gouvernement poursuit la concertation avec les professionnels des soins et dit réfléchir à l’évolution du pass sanitaire et à l’isolement des malades, avant un conseil de défense prévu le lundi 12 juillet et de possibles annonces.

Une “folie” et un risque démocratique

Depuis qu’il a remis le sujet dans le champ politique, au début juin, évoquant à l’occasion d’un déplacement dans le Lot de possibles décisions « difficiles », le chef de l’État voit enfler le débat autour d’une réforme des retraites. C’est peu de dire que la réaction des partenaires sociaux était attendue sur ce sujet à l’issue de la conférence sociale. Quel que soit le mode de réforme retenu (paramétrique ou systémique), « il y a une quasi-unanimité pour dire que prévoir une réforme des retraites à l’automne serait une folie », résumait Laurent Berger à sa sortie de l’Élysée.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Pour faire face aux défis démographiques, l’âge moyen de départ à la retraite a été régulièrement augmenté – la loi Touraine de 2014 programme une hausse de la durée de cotisations jusqu’à quarante-trois ans (172 trimestres) pour les générations nées en 1973 ou après. « Il n’y a pas de voie de passage à l’automne pour quelque mesure que ce soit d’augmentation de la durée du travail sur l’ensemble de la carrière. Prendre des décisions aujourd’hui est plus que prématuré, c’est hors de propos dans la période que nous sommes en train de vivre, avec, je le dis, un réel risque social et démocratique. » Sur ce point comme sur les autres sujets, le chef de l’État devrait clarifier sa position dans le courant de la semaine prochaine.