Les jours de carence payés augmentent-ils vraiment l’absentéisme ?

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icone Extrait de l'hebdo n°4029

Deux tiers des salariés voient leurs jours de carence indemnisés en cas d’arrêt maladie. Une pratique très variable selon les secteurs professionnels, et dont les effets sur la progression de l’absentéisme sont difficilement mesurables.

Par Claire Nillus — Publié le 29/09/2026 à 12h00

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© Alexandra Bonnefoy/RÉA

En cas d’arrêt maladie, les salariés du secteur privé perçoivent des indemnités journalières à compter du quatrième jour d’arrêt, après un délai de carence de trois jours. En 2024, les deux tiers des salariés ont été indemnisés par leur employeur pendant tout ou partie des jours de carence non pris en charge par la Sécurité sociale. Très souvent, ils bénéficient de cette indemnisation dans le cadre d’un accord collectif ou de branche, constate la Dares dans une étude publiée le 17 septembre dernier. Il s’agit donc majoritairement de salariés de grandes entreprises où sont présentes des instances représentatives du personnel.

Des différences selon les champs professionnels

L’étude relève des différences selon les champs professionnels : les entreprises de dix salariés ou plus qui indemnisent le mieux sont les branches professionnelles de la métallurgie et la sidérurgie, celles des bureaux d’études et prestations de services aux entreprises, des services de l’automobile et des matériels roulants, ou encore des banques, établissements financiers et assurances. Inversement, les salariés des branches « hôtellerie, restauration et tourisme », celles du « commerce principalement alimentaire » et du « nettoyage, manutention, récupération et sécurité » ne sont pas du tout indemnisés.

Quelle est l’incidence de ces jours non payés sur le niveau d’absentéisme ? Autrement dit, les jours indemnisés favorisent-ils la prise de congés maladie de courte durée, comme le prétend le Medef ? Pas si simple. Lors de son intervention sur France 2, le 22 septembre dernier, Patrick Martin plaidait pour que les jours de carence ne soient plus du tout indemnisés – ni par les employeurs ni par la prévoyance – afin de limiter la progression des arrêts de courte durée. Le président du Medef justifiait alors sa proposition par « l’effet comportemental » qu’elle provoquerait sur les congés courts. Selon lui, il y a moins d’abus dès lors que le fait de s’arrêter a un coût pour le salarié.

Mais une précision s’impose. Dans le régime général, les données de l’Assurance maladie concernant les arrêts indemnisés n’enregistrent pas les arrêts de trois jours ou moins, donc soumis au délai de carence, ce qui complique l’analyse de l’effet des trois jours de carence sur les arrêts courts.

Deux autres études livrant des résultats différents

En vue de comprendre les conséquences du délai de carence non payé sur le comportement des salariés, il convient de s’intéresser à ce qu’en disent deux autres études sur le sujet. En 2015, la Drees1 avait évalué l’effet incitatif de la couverture par l’employeur du délai de carence sur le recours aux arrêts maladie des salariés du secteur privé et conclu que « les salariés couverts durant le délai de carence n’ont pas de probabilité plus élevée d’avoir un arrêt dans l’année, mais ont des durées totales d’arrêt maladie significativement plus courtes ».

Plus récemment, une étude du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) a mesuré les conséquences de l’introduction d’un jour de carence non indemnisé dans la fonction publique. Elle a permis de mesurer un phénomène intéressant, en constatant moins d’épisodes d’absence mais des arrêts plus longs.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Pas plus d’arrêts mais des durées plus courtes selon la Drees, moins d’arrêts mais des durées plus longues selon le CEET : les conséquences sur l’absentéisme restent donc difficiles à évaluer, sachant que l’effet « jours non payés » n’est pas le même selon l’état de santé de la personne et le poste qu’elle occupe. En tout cas, pour l’heure, aucune étude ne permet de valider l’affirmation du président du Medef.