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Extrait de l'hebdo n°4024
Une dizaine de salariées de la coopérative Les Maîtres Laitiers du Cotentin (Normandie) ont saisi le conseil de prud’hommes pour harcèlement moral. Elles dénoncent des discriminations liées à la maternité, au handicap, et des pratiques managériales archaïques.

L’explosion des risques psychosociaux a déjà fait l’objet de maintes interpellations de la part de la CFDT, l’organisation syndicale majoritaire chez Les Maîtres Laitiers du Cotentin. En 2023, la section a même fait réaliser une expertise « dont tous les indicateurs étaient dans le rouge, précise Julien Destienne, le délégué syndical. Mais la direction n’en a rien fait, malgré plusieurs interventions de l’inspection du travail et les droits d’alerte que nous avons multipliés. Il y a près de 90 démissions par an, ce n’est pas normal, sachant que Les Maîtres Laitiers sont un des gros employeurs de la région ». Répartie sur trois sites de production, dans les communes de Sottevast, Valognes et Méautis, la coopérative emploie près de 1 100 personnes et assure à la fois la collecte du lait, sa transformation et sa distribution.
“Trop de femmes en pleurs”
« Parmi les plaignantes se trouvent plusieurs cadres et agentes de maîtrise, des personnes non syndiquées et très investies dans leur travail. Aujourd’hui, elles craquent et nous les soutenons, explique Julien. Pourtant, à travers ses enjeux RSE1, l’entreprise communique sur dix-huit engagements – dont le premier se réfère à la santé et la sécurité de ses collaborateurs. « On ne peut pas laisser faire. Ces derniers mois, j’ai vu trop de souffrance au travail et beaucoup de femmes en pleurs. »
Depuis sa création, en 2016, la section CFDT n’a cessé de dénoncer des pratiques managériales aberrantes, comme le paiement d’une prime aux salariés qui acceptaient de ne pas prendre leur pause journalière. Récemment, une salariée est revenue de congé maternité : plus de bureau, plus de fonction. Elle a rejoint le groupe des plaignantes. « Le dialogue social ici ? Ce n’est qu’une posture. La direction cherche constamment les moyens de nous affaiblir. En 2021, le directeur de l’usine a écrit à Laurent Berger et au ministère du Travail pour leur demander de me priver de mes mandats ! Un peu plus tard, on m’a proposé un chèque pour partir. Une autre fois, ce fut une promotion en contrepartie de la fin de mes mandats… promotion que j’ai refusée, bien sûr ! »
La section continue de se battre mais la fatigue militante se fait sentir. Le délégué syndical « espère qu’il ne se passera rien » pendant ses congés. Dans un article de la presse locale relatant les faits, la direction s’est montrée « profondément choquée des accusations de harcèlement, de discrimination et de dégradation des conditions de travail à l’encontre de l’entreprise ». Julien reste sur le qui-vive.