“Les chômeurs sont des personnes comme vous et moi”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3784

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Le chômage n’est pas un choix

Depuis plus de trente-cinq ans, Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) accompagne les demandeurs d’emploi, les écoute et fait entendre leur voix dans le débat public. Vincent Godebout, le délégué général de l’association, insiste sur la nécessité de casser les stéréotypes encore présents à propos des chômeurs.

Par Nicolas Ballot— Publié le 29/06/2021 à 12h00 et mis à jour le 30/06/2021 à 10h19

Vincent Godebout est délégué général de SNC (Solidarités nouvelles face au chômage) depuis 2013.
Vincent Godebout est délégué général de SNC (Solidarités nouvelles face au chômage) depuis 2013.© SNC-DR

Quelle est votre première réaction à la suite de la suspension de la réforme de l’assurance chômage par le Conseil d’État ?

Nous sommes évidemment très satisfaits ! Jamais, de toute son existence, SNC n’avait saisi le Conseil d’État. Mais face à la gravité de la situation, nous avons décidé d’une intervention volontaire en soutien des recours portés par les organisations syndicales, dont la CFDT. Le fait que cette intervention ait été considérée comme légitime par le juge est essentiel pour nous.

Cependant, si la décision du Conseil d’État constitue une étape positive, nous devons rester vigilants quant à la protection des personnes les plus fragiles de notre société, en particulier des chercheurs d’emploi : un certain nombre d’entre eux semblent avoir renoncé à leur recherche d’emploi à cause du climat généré par l’apparition de la Covid-19. Aussi, SNC reste mobilisée en attendant la future décision sur le fond.

Justement, SNC s’est mobilisée contre cette réforme depuis son annonce. Par quels biais ?

En effet, cette réforme injuste nous avait déjà obligés à descendre dans la rue avec les syndicats, à manifester devant le ministère du Travail à l’été 2019 et à demander que soit prise en compte la parole des demandeurs d’emploi. Là aussi, c’était une première pour SNC ! Au même moment, nous mettions en place la plateforme « Expressions » [en partenariat, notamment, avec la CFDT] afin de permettre aux demandeurs d’emploi – souvent inaudibles sur un sujet qui les concerne pourtant directement – de s’exprimer sur la réforme.

Depuis, nous avons lancé avec treize organisations et associations le collectif « Pour la parole de chômeurs » afin de comprendre leurs attentes, leurs besoins et leurs aspirations. Et, sans surprise, les témoignages qui nous remontent sont éloquents sur cette réforme exclusivement économique qui risque d’entraîner des personnes déjà en situation de précarité dans la pauvreté. Ces témoignages alimenteront un livre blanc qui rassemblera les propositions émergeant de cette consultation. Nous voulons mettre cette parole des demandeurs d’emploi, trop souvent oubliée de nos décideurs, au cœur du débat de la présidentielle et des législatives de 2022.

Au-delà de cette réforme de l’assurance chômage, en quoi est-ce important de donner la parole aux demandeurs d’emploi ?

Parce que ceux qui vivent le chômage et ses conséquences sont ceux qui en parlent le mieux et parce qu’ils ont souvent des propositions pragmatiques, de bon sens, pour lutter contre ce fléau. Or, on leur donne trop peu souvent l’occasion de s’exprimer, tant sur leur vécu qu’en ce qui concerne leurs propositions.

Enfin, leur donner la parole permet de changer le regard de la société sur les chômeurs en cassant certaines représentations assez nauséabondes : non, tous les chômeurs ne sont pas feignants ! Ce sont des personnes comme vous et moi qui se retrouvent confrontées involontairement au chômage… Cela arrive ou arrivera, au cours de leur vie professionnelle, à plus de six Français sur dix !