Les champs au pied des tours

Bêcher, biner ou ratisser, le vocabulaire du jardinier va bientôt croître dans le quotidien des habitants de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise). Avec le projet de parc agro-urbain du programme « Quartiers fertiles », la ville veut s’inscrire dans une démarche d’agriculture urbaine.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 02/07/2021 à 08h00

Les terres agricoles en milieu urbain fleurissent.
Les terres agricoles en milieu urbain fleurissent.© RÉA

Renforcement de la dimension environnementale dans les quartiers de la ville, promotion des productions locales et des circuits courts, enrichissement de la vie des quartiers, lutte contre la précarité alimentaire… : les motivations à faire de Villiers-le-Bel un acteur des « Quartiers fertiles » ne manquent pas. « Nous voulons faire de notre ville une ville d’avenir, durable et solidaire. Une ville à la pointe du combat pour l’environnement », insiste Jean-Louis Marsac, le maire de cette ville de banlieue parisienne de quelque 28 000 habitants, qui pâtit encore trop souvent de son image. Depuis 2007, elle est associée aux émeutes urbaines qui ont secoué le pays durant plusieurs semaines.

Concrètement, d’ici à 2024, grâce au programme de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), un parc agro-urbain (lire ci-dessous) viendra transformer le paysage urbain. Sur 80 hectares, une production locale de maraîchage et d’arboriculture sortira de terre tandis que cohabiteront une microferme, des ruches, des vergers cultivés par une association et accessibles aux habitants. « Avec ce parc, les habitants pourront être fiers de consommer des produits made in Villiers-le-Bel, qu’ils auront cultivés ou récoltés. »

Alimenter les cantines scolaires

« Les productions issues de nos terrains viendront alimenter nos cantines scolaires tout en réduisant la facture des parents. » Un impératif pour les Beauvillésois dont nombreux sont confrontés à de graves difficultés financières (en 2018, le taux de pauvreté atteignait 35 % et le taux de chômage est de 35 % parmi les moins de 25 ans). « Pour les habitants des quartiers du Puits-la-Marlière et de Derrière-les-Murs, l’accès à ce circuit très court, à coûts réduits, permettra d’augmenter le reste à vivre », insiste-t-on du côté de la municipalité. « Cela sera également créateur d’emplois au niveau local, puisque nous voulons réinternaliser la fabrication de nos repas, poursuit Jean-Louis Marsac. Nous souhaitons pouvoir former nos futurs cuisiniers en offrant à des personnes éloignées de l’emploi des formations, avec des programmes d’insertion professionnelle. Des projets pédagogiques seront aussi mis en place en lien avec les écoles de la ville. C’est un cercle vertueux. Ce parc agro-urbain sera notre bien commun. » 

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Entretien avec Nicolas Grivel, directeur général de l’Anru.

“ Les circuits courts représentent des bénéfices sociaux ”

Nicolas Grivel, directeur général de l’Anru.
Nicolas Grivel, directeur général de l’Anru.©Anru

L’agriculture urbaine est au cœur du programme « Quartiers fertiles ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Loin des clichés traditionnels véhiculés sur les quartiers, l’agriculture urbaine renvoie un message positif et participe à leur évolution. Beaucoup de villes regorgent d’espaces verts vacants, en jachère ou de bâtiments désaffectés. Ce sont autant de terrains propices à la création de zones pour la culture ou l’élevage. Si la rencontre entre l’Anru et l’agriculture urbaine n’a pas été intuitive, elle va de soi aujourd’hui parce que les gains à la clé sont nombreux.

L’agriculture urbaine est une chance pour les villes ?

Oui, à tous les niveaux, et à condition d’impliquer les habitants. Les circuits courts représentent des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux importants. Cela permet de créer des emplois, d’améliorer le cadre et la qualité de vie, de décloisonner et d’augmenter les interactions entre les habitants, la mise en place de projets pédagogiques en lien avec les écoles et les associations. Le fait de faire évoluer les habitudes alimentaires aura aussi un impact sur la santé des habitants.

Ce modèle est-il durable ?

La crise sanitaire est venue rappeler l’importance des circuits courts et l’urgence de renforcer l’accès à la nature, à la végétation et aux espaces verts. Ce modèle, s’il ne résout pas tout, loin de là, s’inscrit dans une logique de transition écologique. Par ailleurs, et c’est aussi très important, il réduit les inégalités entre les citoyens. Il rend enfin accessible une alimentation locale, de qualité et à bas coût aux personnes issues des catégories les plus populaires.

Propos recueillis par Guillaume Lefèvre