L’égalité salariale en net recul

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iconeExtrait de l’hebdo n°3797

À partir du 3 novembre, à 9 h 22, les femmes travailleront “gratuitement”. Une date symbolique mais révélatrice des inégalités salariales entre les femmes et les hommes, qui s’accentuent depuis la crise Covid. Une journée de grève et d’action est prévue le 4 novembre à l’initiative de la Fédération Santé-Sociaux (#4nov2021 #Agissons avec la CFDT).

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 02/11/2021 à 12h54 et mis à jour le 02/11/2021 à 15h03

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© CFDT-Santé-Sociaux

Chaque année autour de la Toussaint, commence la longue période pendant laquelle les femmes travaillent gratuitement, selon un calcul effectué par le collectif féministe Les Glorieuses sur la base des dernières données fournies par Eurostat. Cette année, la CFDT-Santé-Sociaux ne peut que le déplorer, le couperet tombe le 3 novembre à 9 h 22 – au lieu du 4 novembre à 16 h 44 l’an dernier. Selon les dernières données de l’Insee, les femmes touchent 17 % de moins que les hommes, en équivalent temps plein, une situation qui s’est dégradée avec la crise Covid. Ce recul est confirmé par le cabinet Deloitte, selon lequel les écarts salariaux « redeviennent proches de ceux constatés en 2017, après deux années blanches ».

Les entreprises à la traîne

En entreprise, le dialogue autour de l’égalité salariale passe au second plan. « C’est la deuxième année d’affilée que les entreprises ne prévoient pas de rattrapage salarial pour les femmes, la Covid-19 a mis en danger toutes les politiques menées sur le sujet », constate Béatrice Lestic, secrétaire nationale chargée de l’égalité femmes-hommes.

Mais l’effet Covid n’explique pas à lui seul le peu d’appétence des employeurs quand il s’agit de rétablir l’équilibre entre les rémunérations des femmes et des hommes. « Sans doute y a-t-il un effet induit de la “bonne note” obtenue à l’index de l’égalité professionnelle, qui semble exonérer les entreprises de faire davantage d’efforts, ajoute Béatrice. Les équipes CFDT nous le disent, une fois que la note de 80 sur 100 est affichée, la direction estime que tout va bien ! Nous avions alerté le ministère sur ce point dès le début de 2020, et ce risque se confirme. Nous n’arrivons pas à obtenir une évaluation globale de l’index, or il est indispensable de nous remettre autour de la table sur cette question. » Actuellement, il suffit aux entreprises d’obtenir une note de 75 points sur 100 pour être considérées comme respectueuses de l’égalité salariale.

Débat sur la loi Rixain

Plus globalement, les tentatives d’avancées politiques sur l’égalité femmes-hommes rencontrent de nombreux freins, comme en témoigne le débat parlementaire autour de la proposition de loi Rixain, qui vise à accélérer l’égalité économique et professionnelle.

Le Sénat a récemment retoqué l’article 6 bis, un amendement pourtant voté à l’unanimité à l’Assemblée nationale. Le texte propose la remise par le gouvernement d’un rapport qui « précise l’échelle de rémunération moyenne des différents emplois regroupés par catégorie socio-professionnelle et répartis par sexe », analyse les écarts et formule des préconisations afin de les corriger.

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

« Cet outil permettrait d’éclairer le phénomène de ségrégation professionnelle, de cibler les métiers majoritairement occupés par des femmes et sous-payés et de mettre la pression sur les branches concernées », estime Béatrice Lestic, qui rappelle l’engagement de la CFDT auprès des travailleurs dits de la deuxième ligne (souvent des travailleuses) et les améliorations obtenues dans le cadre du Ségur de la santé et de l’aide à domicile.