Le sauvetage réussi de Stein Energy

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iconeExtrait de l’hebdo n°3840

Le Syndicat CFDT de la Métallurgie d’Alsace aura employé toutes ses forces pour sauver l’entreprise de Cernay (Haut-Rhin), mise en redressement judiciaire en mai dernier. Avec succès, donc ! Sous l’influence de la CFDT, le repreneur, Galilé, un groupe industriel français, a même amélioré son offre initiale.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 13/09/2022 à 12h00

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© Syndheb

Dernier fabricant de chaudières industrielles sur le sol français, l’usine de Stein Energy aurait pu connaître le même sort que nombre d’entreprises mises en redressement judiciaire : la liquidation. Mais dans ce site industriel du Haut-Rhin, la CFDT s’est battue bec et ongles pour « sauver la boîte », résume sobrement Olivier Delacourt, l’énergique secrétaire de la CFDT-Métallurgie d’Alsace. Le 7 juillet dernier, le tribunal judiciaire de Nanterre a annoncé que le site était repris par le groupe industriel français Galilé. Ainsi, 84 des 93 emplois ont été préservés.

Trois années de lutte

Lors de la venue de Syndicalisme Hebdo à Cernay, trois jours après l’annonce de la reprise, les visages des militants étaient encore marqués. « Cela fait trois ans qu’on lutte. Là, on sent un peu la pression retomber », témoignait Olivier, aux côtés de Nathalie Luttringer, secrétaire CFDT du CSE du site, et de Frédéric Noble, le délégué syndical. Car la course contre la montre afin de trouver un repreneur depuis la mise en redressement judiciaire n’est que l’épilogue d’un long combat, les difficultés financières de l’entreprise remontant à plusieurs années. Trésorerie à sec, difficultés à payer les fournisseurs… Fin 2020, déjà, les élus du comité économique et social, inquiets, avaient mandaté le cabinet Syndex pour un diagnostic. « On sentait que quelque chose n’allait pas », explique Nathalie. Trois mois plus tard, les élus CFDT lancent même un droit d’alerte. Le commissaire aux comptes leur emboîtera le pas, en déclenchant lui aussi une alerte.

À la gestion plus que hasardeuse des anciens dirigeants (laquelle a conduit à de mauvais investissements et à des commandes industrielles que l’entreprise ne pouvait pas honorer) viennent s’ajouter la crise Covid, qui désorganise la production, et un long conflit avec un donneur d’ordre, qui plombe un peu plus les comptes. « Certains acheteurs n’osaient plus répondre au téléphone de peur de se faire engueuler par les fournisseurs », ajoute la militante. Dans l’entreprise, la situation est devenue intenable, et les dégâts psychologiques sont apparus. Des salariés craquent, et une quarantaine d’entre eux quittent l’entreprise de manière volontaire, « parce qu’ils n’en pouvaient plus de travailler dans ces conditions ».

“Brigade d’intervention”

En juillet 2021, la situation se tend davantage. « La direction ne voulait plus donner d’infos en CSE. On a appris incidemment que l’entreprise était en procédure de sauvegarde et qu’un administrateur avait été nommé », rappelle Olivier. L’équipe CFDT du site, soutenue par le Syndicat CFDT de la métallurgie d’Alsace, décide de mobiliser au-delà du périmètre de l’entreprise et d’alerter les pouvoirs publics, les habitants… Comme à son habitude, Olivier s’appuie sur toutes les ressources du réseau CFDT : l’Union régionale interprofessionnelle du Grand Est, la Fédération générale des Mines et de la Métallurgie, la Confédération, et, plus largement, les experts avec lesquels il travaille régulièrement. Le cabinet Syndex mais aussi l’avocat Pierre Dulmet, du réseau Avec, forment, avec le secrétaire du syndicat, une véritable task force. Ce trio se connaît de longue date, ses membres savent travailler ensemble et connaissent parfaitement le dossier et la situation de l’entreprise. Ce travail en « brigade d’intervention », précise Pierre Dulmet, est d’ailleurs l’une des clés du succès de cette histoire : « On a l’habitude de travailler ensemble. C’est comme cela qu’on peut être le plus efficace. Au moins, quand on se met autour de la table, chacun sait ce qu’il doit faire », indique Damien Marichal, de Syndex.

Quarante-cinq jours pour trouver un repreneur

Aussi, lorsque l’annonce de la mise en redressement judiciaire tombe, le 4 mai 2022, tout le monde est déjà sur le pied de guerre – URI, fédération et Confédération comprises. « Nous avions préparé le terrain, notamment en repérant des groupes ou des entreprises qui pourraient “matcher” avec nous », souligne Olivier, dont la philosophie consiste toujours à « avoir un temps d’avance, savoir anticiper ». D’autant plus que, dans le cas du site de Stein Energy, « il fallait aller très vite pour trouver un repreneur car nous avions énormément de dettes ». L’action de la CFDT se déploie alors sur plusieurs fronts : communiquer sur les atouts de l’entreprise, ses compétences, ses marchés porteurs, « pour se donner toutes les chances de séduire un repreneur » ; activer tous les leviers et relais, y compris à Bercy, en vue de faire connaître la situation à un maximum de décideurs ; garder un collectif de salariés motivés, soudés, une tâche délicate tant le climat social au sein de l’entreprise s’est dégradé au cours des dernières années.

Dans l’entreprise, la CFDT tient aussi à se positionner comme un interlocuteur crédible et montrer le visage d’une organisation syndicale responsable, avec une implication sans faille dans le CSE. Après des semaines de tension et trois offres de reprise (dont deux ont finalement été retirées), le groupe Galilé est désigné repreneur, au grand soulagement de toute l’équipe CFDT et de ses experts1. Cependant, les militants n’ont pas lâché le morceau immédiatement : « Grâce aux demandes de la CFDT, le groupe Galilé a considérablement amélioré le volet social de son offre », indique Frédéric Noble. À Cernay, 84 postes ont été repris, alors que le projet initial n’en prévoyait que 69. En outre, Galilé abonde le reclassement des salariés non repris à hauteur de 2 000 euros par personne et consent à réembaucher prioritairement ces salariés pendant deux ans.

Veiller au respect des engagements pris

Lors des prochaines semaines, la CFDT veillera à ce que les engagements pris soient tenus. Pour l’instant, le dialogue avec la nouvelle direction semble bon. Les perspectives économiques s’annoncent également favorables. « Les projets développés actuellement visent à créer des chaudières de haute qualité qui répondent complètement aux problématiques énergétiques et environnementales actuelles », indique Olivier. Après ces « années marathon », c’est une sacrée satisfaction !