Le management empêché

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icone Extrait de l'hebdo n°4017

À l’occasion de la Semaine pour la qualité de vie au travail et des conditions de travail, du 15 au 19 juin, l’Agence nationale pour les conditions de travail (Anact) et Malakoff Humanis ont interrogé plus d’un millier de manageurs à propos de leur métier. Tâches multiples, manque de temps et de ressources adaptées fragilisent la fonction managériale.

Par Claire NillusPublié le 24/06/2026 à 06h00

L’événement d’ouverture de l’Anact lors de la Semaine de la QVCT 2026 a eu lieu le 15 juin dernier au ministère du Travail ; ici lors d’une table ronde en présence de Carole Giet (la deuxième personne en partant de la droite), secrétaire confédérale de la CFDT chargée de la qualité de vie au travail et des conditions de travail.
L’événement d’ouverture de l’Anact lors de la Semaine de la QVCT 2026 a eu lieu le 15 juin dernier au ministère du Travail ; ici lors d’une table ronde en présence de Carole Giet (la deuxième personne en partant de la droite), secrétaire confédérale de la CFDT chargée de la qualité de vie au travail et des conditions de travail.© Syndheb

En 2025, 53 % des manageurs se sont vu prescrire un arrêt de travail. Malakoff Humanis avait déjà relevé cette spectaculaire hausse de l’absentéisme dans cette population de salariés depuis les années post-Covid, avec un bond de 10 points des arrêts prescrits entre 2021 et 2023. En 2026, le stress continue de ronger les manageurs puisqu’une très large majorité des personnes interrogées lors de cette nouvelle enquête disent qu’elles aimeraient être formées sur la prévention des risques psychosociaux, pour elles comme pour leurs équipes. Comment en est-on arrivé là ?

Le sondage « Manager, c’est tout un travail » – réalisé entre le 30 avril et le 12 mai dernier dans la perspective de la Semaine de la qualité de vie au travail et des conditions de travail – montre que le management n’est pas une activité en soi, dédiée à l’organisation de l’activité et l’animation des équipes, mais un rôle qui s’ajoute à une multiplicité de tâches quotidiennes. Les manageurs cumulent gestion des urgences, recrutement, suivi administratif, encadrement individuel de leurs collaborateurs… tout en participant souvent à la production de biens ou de services, au développement stratégique de leur structure ou encore à sa gestion financière.

Ni confort ni facilités

La première des difficultés exprimées par les répondants de l’enquête réside donc dans l’articulation de toutes ces missions de natures très diverses. Sur la dizaine d’activités quotidiennes citées, « aucune ne représente plus de 14 % du temps moyen déclaré », révèle l’étude. Ainsi, les réunions d’équipe et le partage des informations représentent 14 % du temps, tandis que l’encadrement de chacun des collaborateurs ou la gestion administrative et financière de la structure représentent 11 % du temps de travail.

Cumul d’activités, journée morcelée et manque de temps pèsent alors sur d’autres dimensions de leur fonction : 86 % des répondants voudraient avoir plus de moyens afin de reconnaître et d’accompagner le travail de leurs collaborateurs (rémunération, formation, parcours, etc.). Un tiers des manageurs disent aussi qu’ils ne sont pas évalués par leur hiérarchie sur des objectifs tels que la prise en compte des difficultés de leurs collaborateurs, alors qu’ils le sont plus fréquemment sur la gestion de la structure (79 %). On retrouve d’ailleurs dans le top 5 des difficultés exprimées la gestion des tensions au sein de leur équipe.

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© Anact & Malakoff Humanis

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

« L’enquête traduit le sentiment d’être constamment en porte-à-faux concernant les missions qui leur sont confiées et le besoin d’obtenir plus de soutien, de méthodes et d’outils pour assumer ce qui devrait être le cœur du métier : l’humain, souligne Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT. C’est pourquoi, au même titre que d’autres thèmes du travail, la ligne managériale doit se construire avec les organisations syndicales proches du terrain ; le management doit être un sujet légitime du dialogue social. »