Le dialogue social d’entreprise, reconnu mais trop méconnu des salariés

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icone Extrait de l'hebdo n°4032

Selon le dernier baromètre de l’association Dialogues, 33 % des salariés jugent le dialogue social inefficace dans leur entreprise. Derrière ce chiffre, l’enquête révèle une profonde méconnaissance de ses règles et de son fonctionnement.

Par Sabine Izard — Publié le 20/10/2026 à 12h00

La soirée de présentation du Baromètre du dialogue social 2026 s’est tenue le 15 octobre au Philanthro-Lab (Paris 5e). À la tribune, de gauche à droite : Anne-Cécile Huprelle (animatrice), Marylise Léon (secrétaire générale de la CFDT), Frédéric Souillot (secrétaire général de Force ouvrière) et Sophie Thiéry (directrice générale de l’association Dialogues).
La soirée de présentation du Baromètre du dialogue social 2026 s’est tenue le 15 octobre au Philanthro-Lab (Paris 5e). À la tribune, de gauche à droite : Anne-Cécile Huprelle (animatrice), Marylise Léon (secrétaire générale de la CFDT), Frédéric Souillot (secrétaire général de Force ouvrière) et Sophie Thiéry (directrice générale de l’association Dialogues).© Syndheb

A-t-on perdu de vue à quoi sert le dialogue social ? Depuis les ordonnances travail de 2017, la place de ce dernier ne cesse d’interroger chercheurs et militants syndicaux. Le 15 octobre dernier, c’est l’association Dialogues, présidée par Sophie Thiéry, qui a présenté à ses adhérents les résultats du Baromètre du dialogue social 2026. Réalisé en partenariat avec le Cevipof et Ipsos bva1, il questionne, une fois de plus, les stigmates laissés par la dernière réforme. Pour l’association, un constat interroge : 84 % des salariés considèrent que le dialogue social existe dans leur entreprise, contre 80 % en 2024 et 70 % en 2018 – mais seuls 33 % estiment qu’il est efficace. Comment expliquer un tel décalage ?

Une méconnaissance de la part des salariés

Selon Martial Foucault, professeur à Sciences Po Paris venu commenter les résultats, c’est d’abord une question de complexité : 63 % des personnes interrogées estiment qu’il faut être spécialiste pour comprendre le dialogue social. « C’est le plus haut niveau depuis la création du baromètre (51 % en 2024) », souligne l’association sur son site internet. Cette complexité est également ressentie par les salariés syndiqués, dont 55 % partagent ce constat.

Cette difficulté de compréhension se traduit par une méconnaissance du fonctionnement du dialogue social, de ses règles, instances et enjeux. Ainsi, 53 % des répondants pensent, à tort, que la convention collective est négociée au niveau du comité social et économique (CSE) et non au niveau de la branche. En outre, 40 % ignorent que les salaires font l’objet d’une NAONégociation annuelle obligatoire. avec les syndicats. En revanche, 82 % savent que les élections professionnelles permettent d’élire les membres du CSE, précise Martial Foucault.

Plus on s’éloigne de l’entreprise, moins le dialogue social est identifié et plus son efficacité est mise en doute. « 54 % des salariés estiment qu’il fonctionne bien (ou plutôt bien) dans leur entreprise, mais ils ne sont que 24 % à le penser au niveau national », relève l’association. À ce niveau, les syndicats tirent davantage leur épingle du jeu que les employeurs et les pouvoirs publics : 49 % des personnes interrogées jugent que les syndicats se préoccupent des salariés, contre respectivement 37 % et 18 %.

L’entreprise reste donc l’échelon privilégié : 59 % des répondants souhaitent que la négociation ait d’abord lieu à ce niveau. Et parmi les thématiques plébiscitées, sans surprise, 67 % citent les conditions de travail comme sujet incontournable d’un dialogue social efficace, et 57 % les salaires. Le baromètre 2026 met également en lumière un manque de contact avec les représentants du personnel : 18 % des salariés font remonter leur dernière rencontre à moins d’un mois, tandis que 45 % n’ont jamais rencontré leurs élus.

Une préférence pour l’échange interprofessionnel

Conséquence, 78 % des salariés privilégient d’abord la coordination avec leurs collègues en vue de défendre leurs intérêts, devant la discussion individuelle avec la hiérarchie (64 %) et le recours aux élus ou représentants du personnel (63 %). Cela dit, le fait de se syndiquer progresse aussi comme moyen d’influence : 20 % des salariés le citent en 2026, contre 15 % en 2024.

Invitée à commenter ces résultats, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a pointé le besoin de stabilité. « Le dialogue social a connu de multiples réformes, ça n’a pas aidé à trouver des repères », a-t-elle lancé, rappelant au passage que la CFDT porte onze propositions d’évolution du cadre du dialogue social en entreprise. « On a perdu en qualité du dialogue social avec les ordonnances Macron. Il faut remettre de la proximité, des moyens, parler des conditions de travail ! » Interrogée également à propos du développement de la coordination entre collègues afin de peser dans les décisions, elle a rappelé que la CFDT propose à ses adhérents des collectifs de projets, par exemple en matière de violences sexistes au travail. « S’ils le font, c’est que l’on ne répond pas à leur demande. Ça veut dire qu’il faut que l’on s’organise autrement. Ça doit inspirer nos pratiques syndicales et les faire évoluer », a précisé Marylise Léon.

L’apport du paritarisme dans notre modèle social

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Ces résultats ont également fait réagir le président du Haut conseil du dialogue social, Gilles Gateau. D’après lui, l’enquête révèle un manque de connaissance de l’apport du paritarisme dans notre modèle social. C’est « un vrai enjeu pour les partenaires sociaux de mieux faire connaître aux salariés ces réalités ! », a-t-il déclaré sur le réseau social LinkedIn. Il affirme d’ailleurs que « le cadre juridique nouveau des ordonnances de 2017 n’a pas clarifié les choses, au contraire, il a fait perdre de la proximité : un pari perdu… et un chantier à [rouvrir] ! » Une revendication que la CFDT appelle également de ses vœux.