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La victoire du collectif à l’Ehpad de Rabastens

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iconeExtrait de l’hebdo n°3836

La section CFDT de l’Ehpad de Rabastens (Tarn) a fait preuve d’une détermination à toute épreuve. Pendant quatre ans, elle s’est mobilisée pour que la direction rende 12 000 heures “volées” aux agents. Elle a obtenu gain de cause. Tel est le résultat d’un travail long et méticuleux… dont elle espère récolter les fruits lors des élections dans la fonction publique, le 8 décembre.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 12/07/2022 à 12h00

De gauche à droite : Christine Fromont, Dominique Deryckx, Anne-Marie Teulet et Antoine Farasin.
De gauche à droite : Christine Fromont, Dominique Deryckx, Anne-Marie Teulet et Antoine Farasin.© Syndheb

Dans cette ville de 5 700 habitants située à 35 kilomètres de Toulouse et d’Albi, les militants de l’établissement public Les Terrasses du Tarn veillent sur le bien-être des 78 agents de l’établissement. Si vingt et un d’entre eux sont adhérents et si l’équipe a recueilli 65 % des suffrages lors des dernières élections professionnelles, elle le doit à sa ténacité et à son abnégation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’activité syndicale de ses dernières années n’a pas été un long fleuve tranquille. Des milliers d’heures ont été volées aux agents, et il a fallu batailler pour les récupérer – tout cela dans le cadre d’un dialogue social réduit à la peau de chagrin.

Menaces et pressions

Entre 2014 et 2020, les instances – lorsqu’elles se tenaient – se déroulaient de manière irrégulière. Les militants syndicaux recevaient régulièrement des lettres recommandées, menaces et pressions de la part de leur hiérarchie. Un calvaire qui a pris fin en 2020. « Je me sens enfin légère, clame Dominique Deryckx, aide-soignante et secrétaire de la section depuis quatre ans… et en première ligne. C’est une page qui se tourne. On peut enfin passer à autre chose et se concentrer sur d’autres sujets. » « C’était épuisant mais, aujourd’hui, nous avons un fort sentiment de fierté », complètent Anne-Marie Teulet, agent des services hospitaliers, adhérente depuis dix ans, titulaire au comité technique d’établissement (CTE), et Sylvie Gélis, agent des services hospitaliers, secrétaire générale adjointe de la section CFDT.

“Les horaires effectués par les agents étaient systématiquement revus à la baisse.”

Pour comprendre le soulagement exprimé par les deux militantes, il faut reculer dans le temps de cinq années. À l’époque, une réorganisation des services était en cours. Les agents multipliaient les heures, mais celles-ci ne correspondaient pas à ce qui était enregistré dans le logiciel de gestion des plannings. Il est rapidement apparu que des heures travaillées n’étaient pas comptabilisées. « Concrètement, les horaires effectués par les agents étaient systématiquement revus à la baisse », témoigne Antoine Farasin, cadre de santé, adhérent de la section de l’Ehpad et secrétaire du Syndicat Santé-Sociaux du Tarn, qui du fait de sa fonction au sein de la structure avait accès au planning. Face à ce constat, la direction est aussitôt interpellée par la section, en vain. Rapidement, l’accès au logiciel est refusé à celles et ceux qui avaient jusque-là la main dessus, à l’instar d’Antoine. Heureusement, l’équipe a édité des copies des documents. Ainsi commence un long combat et un fastidieux travail.

Un travail de fourmi

Face à l’inertie de la direction, la section s’organise. En plus des documents en sa possession, elle s’appuie sur les plannings qui avaient été remis et conservés par les agents. L’équipe étudie les emplois du temps de vingt collègues, lesquels s’étalent sur plusieurs années – un travail de fourmi mais une étape indispensable afin de confronter l’employeur à ses responsabilités. « Au fur et à mesure de nos calculs, on hallucinait. On se disait que l’on devait se tromper, poursuit Antoine. Ce sont par exemple l’équivalent de 1 800 heures travaillées par une infirmière qui ont disparu ! On s’est aussi appuyé sur l’interpro, notamment les camarades du Syndicat Interco 81, pour vérifier nos calculs. D’ailleurs, nous les remercions de leur aide et du temps qu’ils y ont passé. »

Chiffres à l’appui – en l’occurrence, 12 000 heures qui, en quelque sorte, se sont volatilisées –, l’équipe ne relâche pas la pression, s’adresse à la direction et multiplie les alertes dans chacune des instances qui se tiennent. Elle alerte l’Agence régionale de santé et le conseil départemental du Tarn, financeur et membre du conseil d’administration de l’établissement. Ce dernier fait le choix d’entendre les revendications, et les militants trouvent là une oreille attentive. « Quand on est arrivé avec tous nos classeurs et tous nos papiers, ils n’en revenaient pas », se souvient Dominique.

Ne pas mettre l’établissement en péril

Si cette confirmation légitime la pugnacité de l’équipe, elle ne résout pas tout. « Malheureusement, à ce moment-là, l’établissement était dans une situation financière très fragile », précise Christine Fromont, trésorière du Syndicat Santé-Sociaux du Tarn, qui a soutenu les militantes de la section tout au long de leur combat, leur rendant visite au moins une fois tous les quinze jours. La section se trouve face à un dilemme : il faut veiller à faire valoir les droits des salariés, certes, mais révéler cette situation, c’est risquer de condamner l’établissement à la fermeture. Elle fait donc le choix de temporiser. « Moins on fait de bruit, plus on avance », insiste Christine. D’autant plus que l’équipe CFDT ne veut pas que l’organisation concurrente (et minoritaire) présente sur le site tarnais se saisisse du sujet et sabote tout le travail effectué.

Révision des compteurs

« Ça a été un travail de titan », résume Dominique. Et lorsque l’on demande à l’équipe le nombre d’heures passées sur le dossier, la réponse est unanime : « Des mois et des mois de travail, avec des hauts et des bas, mais autant de moments où nous savions pouvoir compter les uns sur les autres. » Une belle victoire pour Dominique, Sylvie et Anne-Marie, qui constatent tout le chemin parcouru. « Ça n’a pas été facile mais cela nous a fait progresser individuellement et collectivement ; ça nous a donné plus de confiance en nous », explique Dominique. « Maintenant que je suis dans cette équipe, j’y reste ! », rebondit Anne-Marie, qui salue la complémentarité des membres du collectif. Et Antoine Farasin de conclure : « Je suis fier d’elles. Ça a été dur, il a fallu tenir le cap tout en restant dans les valeurs CFDT, parce que ça aurait pu aller au clash. Nous avons choisi de garder la boussole de la négociation. » Cela a payé. Les heures effectuées par tous les agents ont été recalculées grâce à la détermination de la section.

C’est à l’occasion d’un changement de direction et de l’entrée de l’Ehpad dans le giron du groupe hospitalier Albi-Gaillac-Graulhet que la donne va changer. La structure a les reins solides. Elle peut à la fois garantir la réparation aux agents et assurer la pérennité du site de Rabastens. Le 9 septembre 2021, c’est donc avec soulagement que les militants annoncent dans un tract la bonne nouvelle à leurs collègues. « Nous avons enfin été entendus. La nouvelle direction, avec une volonté affirmée de transparence, a pris en compte la problématique des compteurs qui lésaient une bonne partie d’entre nous depuis 2017. » Entre février et avril 2022, plusieurs réunions ont lieu afin que les acteurs se mettent d’accord sur le montant total des heures à compenser et les modalités de compensation. Dans un premier temps, la CFDT obtient la révision des compteurs de l’ensemble des agents pour la période 2017-2019, avant de finalement parvenir à négocier son extension pour la période 2020-2021. Un soulagement et une fierté.

Et de nouveaux combats à mener

La CFDT de Rabastens est dorénavant tournée vers l’avenir. Un autre chantier est à l’ordre du jour : les carrières des agents n’ont pas progressé ou comportent des anomalies dans un établissement où les commissions paritaires locales ne se sont pas tenues depuis plusieurs années. De quoi pérenniser la devise de la section : seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin.